FDSEA : “Des bonnets rouges, tout le monde peut en mettre...”

PATRICIA OLIVIERI

Lors d’un congrès marqué par les acquis sur la Pac et la solidarité avec les Hautes-Pyrénées, les responsables FDSEA ont alerté sur les freins à la compétitivité de l’élevage.

Solidarité, ténacité et performance syndicales : c’est  sous ce triptyque qu’était placée  vendredi 8 novembre la 68e assemblée générale de la FDSEA du Cantal organisée à Mauriac cette année. Solidarité tout d’abord avec le témoignage fort de Christian Fourcade, président de la fédération haute-pyrénéenne, venu remercier les éleveurs cantaliens de leur générosité qui s’est traduite par le don et l’acheminement de 250 tonnes de foin auprès de leurs homologues des vallées de Luz-Saint Sauveur, de la Neste et d’Argeles-Gazost frappés par des inondations torrentielles le 18 juin.  “L’effet de ces inondations, on l’a retrouvé en bas de ces vallées, sachant qu’on n’a pu y accéder que trois jours après”, a expliqué le syndicaliste pyrénéen. Un effet qui s’est traduit concrètement pour certaines exploitations par la disparition pure et simple de leur fonds, les crues ayant emporté terre et cultures.

Pas loin de 300 adhérents ont participé aux travaux de la fédération puis à la visite en avant-première du marché au cadran de Mauriac.

L’hommage des Pyrénéens

“Aujourd’hui notre travail, c’est de trouver de la terre en contrebas, de la remonter sur place pour reformer le couvert végétal”, a poursuivi Christian Fourcade, qui s’est félicité de l’élan de solidarité généralisé au sein du réseau FNSEA, ainsi que des collectivités territoriales. Ce sont ainsi plus de 3 500 tonnes de fourrages qui sont venues couvrir les besoins, sachant que 1 000 tonnes ont été stockées pour le printemps 2014. Reste l’aide de l’État promise par François Hollande lors de son déplacement auprès des sinistrés en juillet.  Quatre mois plus tard, habitants et éleveurs attendent toujours l’Armée et les moyens pour monter la terre... Et avant de recevoir un chèque des mains de Lucie Rousset, déléguée cantonale de Ruynes-en-Margeride, canton fortement touché en 2003 par la sécheresse et qui a tenu à s’associer à cette opération solidarité, Christian Fourcade a aussi précisé que “97 % des volumes récoltés viennent du réseau FNSEA-JA, nos concurrents, ils n’ont rien fait... Ça sert à ça aussi la cotisation FDSEA”.

Le lien était tout trouvé pour introduire le rapport d’orientations de la FDSEA du Cantal, qui  a réaffirmé l’importance de son échelon de proximité, le syndicat communal, et affiché l’ambition d’un taux d’adhésion dépassant dans toutes les communes 50 % d’ici 2019 (lire l’Union du 6 novembre). “Il y a une vraie reconnaissance de la FDSEA et des JA dans ce département comme en témoignent vos résultats aux élections Chambre d’agriculture, a réagi Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA qui a remplacé au pied levé Jérôme Despey retenu par des obligations familiales. Mais à un moment donné, on ne peut se limiter à des sympathisants, il faut aller à l’acte d’adhésion.” À l’acte d’adhésion mais aussi à une offre de services à l’adhérent : “C’est un sujet qui fait souvent débat. Mais inciter à l’adhésion uniquement en proposant d’aller manifester, ça a ses limites surtout que les acquis profitent à  tous, a plaidé le Vendéen. Par contre, quand la FDSEA avec les JA est en mesure d’apporter un service supplémentaire réservé à l’adhérent, ça peut permettre d’aller encore plus loin.”

Ne pas dévêtir la montagne pour habiller la Bretagne…

Et des acquis pour la ferme Cantal, la FDSEA peut se prévaloir de les enchaîner ces dernières années avec le coup double du bilan de santé et de la réforme de la Pac, dont Thierry Boulleau (Sidam) a présenté les grandes lignes annoncées par François Hollande à Cournon (lire notre dernière édition) et dont le préfet a souligné que ces aides renforcées viendraient s’ajouter aux 165 millions d’euros dont l’économie agricole locale est actuellement bénéficiaire. Un nouveau chapitre  de la Pac écrit pour l’élevage de montagne mais qui, pour être complet, nécessite une dernière page : une véritable reconnaissance des actifs, promise oralement par le chef de l’État mais pas encore inscrite dans les textes. Dans son intervention, Patrick Bénézit a aussi mis en garde sur l’affectation de l’aide laitière : “Veillons à ce que ça ne soit pas la même stratégie sur le lait que sur la production porcine où on nous a expliqué qu’ailleurs les gens étaient plus productifs.

Il faut que les pouvoirs publics aient le courage de dire qu’il faut orienter cette enveloppe vers la production laitière de montagne.” Le président de la FDSEA a aussi redit que cette nouvelle politique communautaire ne règlerait pas le problème de revenus des élevages cantaliens confrontés à des freins encore plus grands qu’ailleurs à leur compétitivité : “Les médias sont tournés vers nos amis bretons, mais les problèmes dans l’agroalimentaire, il y en a sur tout le territoire. Même si nous n’avons pas de portique dans le Cantal, nous sommes tout autant concernés par l’écotaxe. (...) Ce n’est pas parce qu’un incendie s’allume à un endroit, qu’il faut prendre des décisions appauvrissant d’autres régions. Des bonnets rouges, tout le monde peut en mettre...” Des propos confortés par le vice-président de la FNSEA : “C’est quelqu’un de l’Ouest qui vous le dit très clairement, l’écotaxe ce n’est pas que l’affaire de la Bretagne. L’écotaxe, ce n’est que la partie visible de l’iceberg et à la FNSEA, on se refuse d’avoir un pacte d’avenir pour la Bretagne seulement, l’ambition doit être plus globale.” D’où la récente demande explicite de la centrale syndicale d’une exonération totale de l’ensemble des filières agricoles, agroalimentaires et de l’agrofourniture. “Maintenant, il faut relancer la machine économique française”, a exhorté le Vendéen.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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