FDSEA : Le porc ornais plaide pour le MPB (Marché du Porc Breton)

Thierry Guillemot

Les producteurs de porcs ornais lorgnent désormais un peu plus du côté de Plérin (22) célèbre notamment pour son MPB (Marché du Porc Breton). Un outil de commercialisation qui ne s'use que si on ne s'en sert pas.

Les producteurs de porcs traversent une crise sans précédent du fait de sa durabilité. Si chacun travaille à réduire ses coûts de production, l'exercice a ses limites. L'augmentation des cours constitue un autre levier. Un levier à actionnner en jouant la carte du MPB (Marché du Porc Breton) ? Patrick Julien (éleveur à Banvou) et Dominique Jouandet (président de la section “Porc” de la FDSEA de l'Orne) avaient dans ces mêmes colonnes évoqué le sujet (voir Réussir l'Agriculteur Normand des 17 et 24 décembre derniers).Depuis, certains s'y sont essayés pendant que leurs collègues y réfléchissent. Pour éclairer le débat et apporter directement de l'information, la FDSEA a invité le 9 juin dernier Jean-Pierre Joly (directeur du MPB) en terres ornaises.

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0,08 % de porcs ornais au MPB

L'Orne ne pèse pas lourd dans la balance MPB : 0,08 % de son activité en 2009. “On pourrait y mettre un camion sur 4 ou 5”, proposait au terme d'un débat sans langue de bois (ni langue de cochon) Dominique Jouandet. “Par exemple départ dimanche soir. Les abattoirs en cherchent”, rebondit Jean-Pierre Joly en bon VRP. Car si un volume significatif et en progressiontransite par Plérin (61 700 porcs/semaine l'an passé et 65 300 porcs/semaine depuis le début de l'année), c'est un objectif de 90 000 qui est visé par les dirigeants de la structure.“Si nous voulons le garder, il est important que chaque producteur puisse apporter des porcs au MPB. Il s'agit d'un effort individuel au profit du collectif”, affirme Michel Bloc'h, président de l'UGPVB (Union des Groupements des Producteurs de Viande de Bretagne) dans les colonnes de Réussir Porcs de juin.Des propos appuyés par Jean-Jacques Riou (président du MPB). Il rappelle dans ce même article que tous les éleveurs, quel que soit leur groupement, sont tributaires des cours fixés au MPB et doivent, par conséquent, se sentir tous concernés. “Tous les porcs, porcs libres, engagés dans des filières, doivent être présents au catalogue”. L'explication est simple. Les éleveurs doivent faire face à un secteur d'abattage qui se concentre. En 2009, les trois principaux acheteurs (Bernard, Kermené et Gad) ont à eux seuls acheté 61 % des porcs présentés. En face, une offre de porcs provenant pour 62 % du Finistère. “Les vendeurs doivent en prendre conscience et modifier leurs pratiques de vente aux abattoirs, recommande Jean-Pierre Joly. Au lieu de rêver au grand soir, il convient de renforcer notre organisation dans son fonctionnement, de donner des moyens collectifs aux groupements pour orienter la gestion de marché quand la situation l'exige”.

Le jeu des groupements et des abattoirs

Mais groupements et abattoirs sont-ils prêts à jouer le jeu ? “Les abattoirs se sont assurés un niveau d'approvisionnement suffisant en porcs pour le fonctionnement de leurs chaînes d'abattage. Ainsi, un certain nombre de groupements, qui livrent des porcs en direct aux abattoirs, reçoivent en échange un financement variable qui contribue à prendre en charge, de façon opaque, une partie de leurs frais de fonctionnement”, dénonçaient collectivement dans un communiqué daté du 16 avril, la FNP (Fédération Nationale Porcine), les FRSEA de Bretagne, Pays de la Loire, Basse-Normandie et Jeunes Agriculteurs région Ouest. “Cette rétribution sur quelques milliers de porcs fait perdre, chaque semaine, plusieurs centimes sur chaque kg de carcasse à toute la production porcine française”. C'est pourquoi le syndicalisme agricole a demandé à chaque producteur de réclamer à son groupement de commercialiser ses porcs au MPB. Objectif : 100 000 porcs. AGRIAL s'inscrit dans cette démarche et s'est engagée à doubler son approvisionnement au cadran.

Simple dans ses modalités

Et si le passage par le groupement est obligatoire pour commercialiser à Plérin, les modalités de fonctionnement sont simples.Il suffit de confirmer le nombre de porcs au plus tard le mercredi matin pour figurer au catalogue élaboré le mercredi midi.“Si vous êtes excentrés, vous pouvez-vous regrouper pour constituer l'équivalent d'un camion”, recommande Jean-Pierre Joly.
Le MPB apporte par ailleurs des garanties comme celle de la certitude de vendre le jour même sauf si l'éleveur dit “non”.
Alors pour ou contre ? Tout est question de dosage. La contractualisation a ses vertus. Elle assure les débouchés aux producteurs, l'approvisionnement aux acheteurs. Le tout
avec une visibilité économique à moyen terme.“Mais vouloir tout contractualiser, ça s'appelle de
l'intégration”, fait remarquer un éleveur et ça fait plutôt peur. Comme pour les bovins avec la SICAMON, l'outil de commercialisation, qui est aussi un outil de cotations, du MPB est à préserver, voire à développer. A chacun de l'utiliser, peu ou prou, “mais de façon régulière”, invitent les Bretons.

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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