Femmes, mères, agricultrices et fières de l'être

Patricia Olivieri

Loin des clichés, des femmes s'affirment aujourd'hui en milieu rural mais le chemin est encore sinueux pour bousculer les mentalités et s'affranchir des derniers préjugés.

On peut toujours s'interroger sur la pertinence de consacrer chaque 8 mars aux femmes, quoique cela n'ait rien du grotesque des journées internationales très officielles “sans portable”, “de la gentillesse”, “du patrimoine canadien”... Mais comme l'explique Lætitia Guilbaud, déléguée départementale aux droits des femmes et à l'égalité, “même si le travail pour l'égalité se fait au quotidien, ce n'est pas forcément inutile d'avoir deux journées annuelles comme celle-ci”. (NDLR : le 25 novembre est dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes). Ne serait-ce que pour marteler certains chiffres : 19 % d'écart de rémunération entre les femmes salariées en France et leurs homologues masculins, un taux de chômage qui atteint 51,1 % dans la population féminine cantalienne, des retraites en moyenne inférieure de 52 % , 83 % des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes... et, pire, une femme décède tous les trois jours des suites de violences infligées par un conjoint ou ex-conjoint.

Elles arrivent à tout concilier

Cette journée est aussi l'occasion de se pencher sur l'évolution de la place et de la condition du sexe - jadis dit faible - en milieu rural et plus particulièrement dans le monde agricole. Et à écouter Brigitte Troucellier, exploitante en Gaec avec son compagnon et sa belle-mère à Saint-Cernin, les choses ont semble-t-il bien changé en quelques décennies. “Être femme et agricultrice est accepté aujourd'hui, alors que pour la génération de mes beaux-parents, cela reste un métier d'homme.” Elle est passée outre ce regard des plus anciens et s'épanouit pleinement dans cette vie professionnelle exigeante qui lui permet cependant de concilier soins aux animaux, gestion administrative et comptable de l'exploitation et son rôle de mère de trois jeunes enfants. “Je suis fière de dire autour de moi que je suis agricultrice parce que j'adore ce métier”, déclare enthousiaste la jeune trentenaire qui a quitté la région parisienne pour embrasser sa passion des vaches. Une fierté qu'affiche elle aussi Lucie Rousset, ancienne secrétaire médicale, “arrivée dans le monde agricole en 1981” avant de s'installer 16 ans plus tard avec le statut d'exploitante qu'elle assume aujourd'hui en EARL avec son mari : “C'est vrai que la reconnaissance de la femme en agriculture a pas mal progressé par rapport à il y a 15 ans seulement, notamment avec l'instauration du statut de conjoint collaborateur mais il reste encore beaucoup à faire”, estime L. Rousset. Autre grande victoire syndicale acquise en 2008, seulement : l'égalité de traitement entre salariées et non salariées agricoles pour le congé maternité.

“Du chemin à faire”

Membre du bureau de la FDSEA et de la Chambre d'agriculture, elle met notamment en avant les avancées obtenues dans le cadre du dernier projet agricole départemental, tout en insistant sur une étape encore essentielle à franchir à ses yeux : l'obtention des mêmes droits pour les EARL que pour les Gaec. “Il faudrait aussi trouver le moyen pour que les femmes s'impliquent davantage pour défendre leur vision du métier dans les syndicats, les organisations de race, et tout ce qui gravite autour de l'agriculture”, avance Lucie. Pour elle, il n'y a pas de doute, si elles sont moins représentées, c'est “qu'on ne leur laisse pas encore complètement la place. C'est vrai qu'il manque de la disponibilité, on a de plus en plus de travail sur l'exploitation, mais on ne peut occulter le fait que le monde agricole cantalien et le Massif central en général sont restés machos”. Autre facteur invoqué par Élise Reyt, 59 ans, agricultrice en individuel sur Prunet et présidente de la commission des agricultrices à la FDSEA : une certaine émancipation des jeunes femmes en milieu rural qui quittent les exploitations pour un travail à l'extérieur : “Il faut dire qu'économiquement cela devient de plus en plus dur de faire vivre une famille avec le seul revenu de la ferme”. Un constat que Lucie Rousset formule autrement : “J'essaie de faire mon métier le mieux possible mais j'ai beaucoup de doutes sur l'avenir économique de cette profession”. Bien dans leurs bottes, toutes trois veulent aussi promouvoir les côtés positifs de leur choix pleinement assumé d'une vie en milieu rural : une grande disponibilité l'été en système allaitant, une vie de famille beaucoup plus riche... Sans vouloir brosser un tableau idyllique de la situation, ces agricultrices-là n'ont, à l'évidence, pas attendu le législateur pour se faire reconnaître.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du cantal

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