Fourrage : On va taper dans les trésoreries pour financer des stocks et passer l'hiver

Thierry Guillemot

Fourrage : On va taper dans les trésoreries pour financer des stocks et passer l'hiver

Eleveur à La Ferté-Macé, Dominique Bresteaux fait le constat d'un déficit fourrager 2010 qui l'a obligé et l'obligera encore à racheter du stock pour passer l'hiver.Pour d'autres, ce sera vente d'animaux ou réformes par anticipation.

Si 35 mm de pluie en juin dernier ont sauvé céréales et maïs pour la campagne 2010, le déficit en herbe du côté de La Ferté-Macé s'est payé au prix fort ce printemps, cet été et encore cet hiver. Les stocks fondent comme neige au soleil. Pour les producteurs de viande, plus particulièrement en système herbe et extensif, l'addition risque d'être salée.

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- 70 % d'herbe

“Nous avons subi un printemps froid et les prairies n'ont pas décollé. Après, le manque d'eau a fortement pénalisé la production d'herbe. Le petit rattrapage à l'automne n'a pas pas permis de compenser les pertes. Et pour finir, l'hiver est précoce et rude”. Pas besoin de couper l'herbe sous le pied de Dominique Bresteaux, il n'y en a quasiment plus. “Jusqu'à 70 % d'herbe en moins par rapport à une année normale”, calcule-t-il. Sur cette exploitation de 250 ha (4 UTH) où l'herbe compte quasiment pour moitié (170 ha), le bilan fourrager est largement déficitaire. 15 à 20 ha d'ensilage d'herbe en moins, même constat du côté du foin, et 25 boules d'enrubannage contre 200 d'habitude.
Il a donc fallu adapter la voilure. Pour garder le potentiel élevage, Dominique et ses associés ont acheté 30 t de foin au printemps “sinon, on n'avait plus rien au 25 juin”.

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Achat de fourrage dès cet été

Durant l'été, le GAEC a puisé dans les stocks hivernaux (foin et paille) et, aujourd'hui, 130 animaux sont encore dehors. “Ces petites journées ensoleillées nous font faire de petites économies”. Le compte n'y sera cependant pas. “On va taper dans la trésorerie pour financer du stock. Ceux qui sont en allaitant vont être très mal”, craint le responsable FDSEA cantonal. Et d'ajouter : “c'est le système politiquement correct qui est le plus pénalisé. C'est décourageant”.Car effectivement, ce sont les systèmes herbe et extensif les premières victimes d'une météo 2010 capricieuse. Dominique Bresteaux pense particulièrement à ses collègues bio.
Le dispositif “calamités agricoles” n'a pas permis derectifier le tir. C'est ce que dénonce la FDSEA qui ne veut pas lâcher le morceau sur ce dossier (lire ci-contre et en page 4). Le syndicalisme agricole a d'ailleurs reçu le soutien du Préfet de l'Orne.
Répondant à Olivier Borel lors de la dernière session de la Chambre d'Agriculture, Bertrand Maréchaux a indiqué qu'il avait refait une note récente au ministère pour souligner le risque d'incohérence entre les modalités de calcul du dispositif “calamités agricoles” et la politique de l'herbe. Les agriculteurs ornais sont donc dans l'attente de mesures complémentaires d'autant plus qu'une majorité ne dispose pas d'une capacité financière pour acheter du fourrage. Sans un coup de pouce de l'Etat, il leur faudra décapitaliser, vendre des animaux, accélérer les réformes... L'hiver sera rude pour les producteurs de viande. Pour les producteurs de lait aussi. La Ferme départementale a obtenu des références laitières supplémentaires. Mais comment produire plus avec un râtelier vide ? La réponse est dans l'exonération de certaines charges.

La FDSEA ne lâche pas le morceau

Lors de la session de la Chambre d'Agriculture, Olivier Borel (président de la FDSEA) a dénoncé “l'exclusion du dispositif des calamités agricoles de nombreux cantons, la méthodologie de calcul utilisée par l'Etat qui limite la consommation des animaux à 3 000 UF alors que dans notre département, elle avoisine les 4 500 UF. Au moment où la société et les pouvoirs publics demandent le maintien des surfaces en herbe, il est incompréhensible que ces systèmes soient moins bien soutenus que les autres”.

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Source Réussir l'Agriculteur Normand

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