Gaspillage alimentaire : les grandes surfaces à l'index

Gaspillage alimentaire : les grandes surfaces à l'index
Chaque Français jette en moyenne 20 à 30 kilos de nourriture par an (DR)

La chasse au gaspillage alimentaire sonne la mobilisation de toute la chaîne, des agriculteurs au consommateur. Mais les grandes surfaces aussi pourraient se voir imposer une "interdiction de jeter".

Lutter contre le gaspillage alimentaire, "c'est un vrai choix de société" estime Guillaume Garot, député PS de la Mayenne et ancien ministre chargé de l'agroalimentaire, qui a remis mardi un rapport sur le sujet aux ministres de l'Écologie et de l'Agriculture.

"L'alimentation n'est pas une marchandise comme les autres. Il faut tout faire pour ne plus jeter. C'est un scandale éthique et aussi une question de pouvoir d'achat". Dans son rapport, l'ancien ministre met en avant "la responsabilité" de chacun et affirme que "le gaspillage concerne tous les acteurs de la chaîne alimentaire, chacun peut agir", insiste-t-il.

Chaque Français jette en moyenne 20 à 30 kilos de nourriture par an, ce qui représente une somme de 12 à 20 milliards d'euros sur une année, rappelle-t-il dans son rapport. Face à ce phénomène "inconscient et irrationnel", il faut commencer par faire oeuvre de pédagogie auprès du grand public, en l'éclairant notamment sur les dates de consommation.

Grandes surfaces : une stricte "interdiction de jeter"

 Les mesures les plus fortes visent cependant la grande distribution pour qui le rapport réclame une stricte "interdiction de jeter", en critiquant notamment l'habitude de "javelliser" les denrées jetées pour les rendre impropres à la consommation, régulièrement dénoncée par les ONG.

"Nous considérons que la grande distribution doit mettre en oeuvre différents leviers pour ne plus avoir à jeter", indique M. Garot. Il suggère notamment une meilleure gestion des stocks et "des rayons anti-gaspillage, proposant des produits qui approchent de la date de péremption, vendus moins cher". Mais, également, "donner au consommateur les bonnes informations accessibles et lisibles" sur l'état du produit, poursuit-il.

Les grandes surfaces devront aller plus loin en passant des "conventions" avec des associations pour donner plutôt que jeter.   Et si les denrées ne peuvent plus être consommées par les humains, le rapport préconise de créer de nouveaux circuits, vers l'alimentation animale ou la valorisation énergétique à travers la méthanisation.

Du côté des producteurs, le rapport reconnaît que la part des agriculteurs dans le gaspillage alimentaire en France est "faible".  Mais ils doivent disposer de solutions en cas de surproduction ou d'aléas économiques.   Guillaume Garot propose ainsi d'élargir à tous les produits agricoles le mécanisme déjà appliqué au lait, "qui permet aux producteurs agricoles de bénéficier de la défiscalisation dans le cadre de l'aide alimentaire", y compris quand le produit est transformé ou conditionné.

Une agence antigaspillage

Une mesure attendue par la profession, souligne Angélique Delahaye, présidente de l'association Solaal qui facilite le don alimentaire agricole en gérant la logistique, le maillon faible du point de vue de l'agriculteur désireux de bien faire.

Cette défiscalisation agit comme "une incitation": ce ne sont pas les avoirs fiscaux qui pousseront les agriculteurs à faire des dons, mais le fait "d'être reconnus". "Cela aura peu d'impact au niveau budgétaire mais beaucoup  au niveau psychologique", assure-t-elle.  

Guillaume Garot propose des outils de politique publique pour encourager ce changement de pratiques, dont la création d'une agence nationale contre le gaspillage alimentaire qui aiderait à "lever les verrous et les blocages administratifs".

La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) a réagi à ces propositions en rappelant que la grande distribution représentait une "très faible part du gaspillage", soit 5% selon les chiffres de la Commission européenne.  Dans un communiqué, elle souligne que "le système actuel de don alimentaire fonctionne bien" et que la grande distribution est le "premier donateur à l'aide alimentaire avec plus de 31% des dons".  "Un cadre législatif contraignant sera nécessairement préjudiciable au travail de terrain pratiqué par nos magasins avec les associations", regrette-t-elle.

Le groupe Carrefour a indiqué pour sa part avoir distribué l'an dernier "l'équivalent de 77 millions de repas".  Michel-Edouard Leclerc a estimé de son côté sur RTL que "moralement, économiquement, c'est une bonne idée" tout en rappelant que 95% des 600 magasins du groupe ont déjà "une association caritative qui passe, qui ramasse". "C'est bien d'interdire mais il faut organiser la collecte de l'autre côté (...) Je suis pour que la loi organise la collecte et la rende efficace", a-t-il ajouté.

 

Source AFP

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