Gérard Grivotet, John Deere : "La réforme de la DPI risque de retarder les achats, mais les agriculteurs réinvestiront par nécessité"

Propos recueillis par Sophie Caron

Gérard Grivotet, John Deere : "La réforme de la DPI risque de retarder les achats, mais les agriculteurs réinvestiront par nécessité"
En 2012, le chiffre d'affaires de John Deere a atteint le record de 36 milliards de dollars (photo John Deere)

2012 a été une excellente année pour le machinisme agricole mais la profession est plus prudente pour l’année à venir. La fin du volet financement du machinisme dans la DPI risque-t-il de freiner les investissements des agriculteurs ? L'avis de Gérard Grivotet, directeur général de John Deere Financial*.

SIMA Innovation Awards : L'Or et l'Argent pour John Deere

Créé il y a 150 ans aux USA, Deere & Company est l’une des entreprises les plus anciennes et la seule à être restée indépendante dans le domaine de la fabrication de machines agricoles. « Nous avons gardé les valeurs clés de notre fondateur qui sont l'intégrité, la qualité, l'engagement et l'innovation », précise Gérard Grivotet. Preuve de cette innovation constante, John Deere vient de récolter deux médailles, une d’or et une d’argent dans le cadre des SIMA Innovation Awards 2013.

John Deere emploie en France plus de 1.500 personnes et possède trois unités sur le territoire national. L’une à Saran, près d’Orléans, qui fabrique des moteurs diesel, l’autre à Arc-lès-Gray en Franche-Comté pour les presses et les chargeurs, et la division marketing qui gère le réseau de concessionnaires.

  • Quel bilan faites-vous de l’année 2012 ?

Gérard Grivotet : L’activité 2012 de John Deere est excellente au niveau mondial, portée par des marchés agricoles qui se tiennent partout. Certes, les États-Unis ont été touchés par la sécheresse, mais la plupart des céréaliers américains ont des assurances récoltes contre ces risques et les investissements n’ont donc pas été trop impactés. Cette année (de nov. 2011 à oct. 2012, Ndlr), notre chiffre d’affaires a atteint le record de 36 milliards de dollars avec un résultat net, lui aussi record, de plus de 3 milliards de dollars. 

Ces résultats sont aussi le fruit de notre nouvelle organisation  « Global Operating Model », mise en place il y quelques années, et qui consiste à amener les produits correspondants aux différents marchés dans le monde. Un tracteur qui tourne en Inde ou en Chine ne sera pas forcément adapté à l’Iowa... Cette organisation a aussi été pensée pour répondre à l’enjeu mondial de demain : nourrir 9 milliards de personnes sur la planète en 2050.

En Europe, et en France en particulier, l’activité générale du machinisme est également bonne, celle de John Deere est excellente puisque nous restons la marque leader en termes de ventes de tracteurs et nous renforçons notre part de marché avec 22% des tracteurs vendus en France (contre 4% en 1976).

En Amérique du Nord, Deere possède près de 70% de part de marché. Depuis quelques années, nous sommes allés chercher notre croissance ailleurs. D’abord en Europe et en France, qui a longtemps été notre deuxième marché, mais aussi en Amérique du Sud et dans les pays émergents comme la Chine ou l’Inde où l’on réalise non seulement des ventes mais aussi des investissements extrêmement importants.

  • Comment envisagez-vous  l’année 2013 ?

Pour 2013, les prévisions font état d’un marché toujours actif en début d’année mais la profession est beaucoup plus prudente ensuite, avec de gros points d’interrogation sur les décisions liées à la politique agricole commune, la politique fiscale, ainsi que les prix des productions agricoles.

Globalement, on voit une année 2013 légèrement inférieure à 2012, sauf gros problèmes.

  • La remise en cause du volet financement du machinisme dans la DPI, ne risque-t-elle pas d’être préjudiciable aux investissements ? On parle d’une baisse de 30% des achats de matériels, est-ce crédible ?

La fin de l’utilisation de la DPI pour l’achat de matériels agricoles aura un impact mais il est difficile de donner un chiffre. Une baisse de 30% sur l’année ne me semble pas crédible, mais sur plusieurs années, c’est possible. Mais nous restons confiants, car si la fin de l’utilisation de la DPI va peut-être retarder les achats, les agriculteurs réinvestiront ensuite par nécessité technologique et de productivité. Nous ne sommes pas, comme dans le marché de l’automobile, sur un marché de biens de consommation mais bien sur un marché de  produits d’équipements, indispensables à la performance de l’agriculteur.

Nous avons déjà connu, dans le passé, des baisses abruptes des investissements suite à des décisions européennes ou d’ordre fiscal, mais à chaque fois, la profession a réussi à s’adapter.  Les réseaux de distribution eux-mêmes ont réussi à absorber les chutes de leurs ventes notamment en 1992 ou en 2007-2008. Globalement, ils ont une capacité à répondre aux cycles du marché qui est étonnante.

  • N’est-ce pas le mode de financement lui-même des machines qui risque de changer ?

L’évolution des modes de financement a déjà commencé, la fin de la DPI va peut-être accélérer ce mouvement. En effet, même si l’on reste en grande majorité sur du crédit classique, le crédit-bail prend de plus en plus de place d’année en année. Chez nous, le crédit-bail représente désormais 10% du total du financement de nos machines, nous n’étions qu’à 3% en 2005. Je crois aussi que le marché de la location a un potentiel de progression important sur certains types de matériels.

* John Deere Financial est la société de financement des matériels agricoles John Deere. Elle résulte d'un partenariat entre John Deere et le Crédit Agricole.

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