Grand angle : Une jeune agricultrice multi-cartes

Annie Dennequin

Grand angle : Une jeune agricultrice multi-cartes

Céréalière, prestataire de services, Nathalie Trubuil se tourne aujourd'hui vers la diversification pour « stabiliser son revenu ».

La famille Trubuil est exploitante sur le Plateau de Saclay depuis les années trente. Dans les années 70, le grand-père et le père de Nathalie consacrent la moitié de leurs surfaces céréalières – 60 ha - au maraîchage. La production de pommes de terre, de légumes et de fraises est vendue en circuits courts : à la ferme, aux Halles, aux collectivités locales, etc. En 1975, le Plateau de Saclay était déjà voué l'urbanisation, Le père de Nathalie émigre alors dans le Loiret et s'installe avec femme et enfants sur une ferme de polycultures- élevage (moutons et lapins). En 1987, retour de la famille sur la plateau. Le père de Nathalie reprend l'exploitation du grand-père après son départ en retraite. Il s'installe sur ses anciennes terres de maraîchage converties en grandes cultures et s'agrandit peu à peu. En 2005, il produit sur 280 ha de céréales, et réalise du travail à façon sur 200 autres.

« J'ai toujours voulu être agricultrice »

Pendant ce temps, Nathalie suit des études d'horticulture. Après ces six années, elle entreprend une formation commerciale. D'abord, employée dans une jardinerie, elle rentre chez Dim à Toulouse comme merchandiser puis est mutée à Paris. La jeune femme ne manque pas de revenir aussi souvent qu'elle peut sur l'exploitation familiale et participe aux travaux de la ferme car elle aime l'agriculture. Agricultrice, «C'est un métier que j'ai toujours voulu faire », déclare-t-elle. En 2008, elle s'installe sur 118 ha en reprenant une partie des baux des terres de son père. «Des bonnes terres, avec un bon parcellaire ». Sur ses parcelles, Nathalie cultive de blé du colza des féveroles et du maïs. Toute sa production ou presque est commercialiée le plus localement possible en circuits courts. Le blé est stocké dans un hangar de 2 200 m2 avant d'être vendu à des meuniers de la région. Seule la féverole est destinée à l'exportation. Pour augmenter son revenu, lajeune agricultrice investit dans des machines plus grosses lui permettant de réaliser du travail à façon sur 350ha du Plateau qui appartiennent à quatre exploitations voisines, dont celle de son père et de sa soeur. En mai et juin, en période creuse, elle travaille comme contrôleuse variétale chez Arvalis-Institut du végétal.

Une proximité urbaine à risques

L'exploitation de Nathalie Tribuil est située à une vingtaine de kilomètres de Paris, en plein champ. De son exploitation, on aperçoit la route départementale qui doit passer de deux voies à quatre pour devenir une voie réservée, prioritaire aux transports en commun, un “site propre“ qui s'inscrit dans le schéma directeur de la région Ile-de-France. Nathalie suit ce dossier de très près. Autre perspective plus inquiétante pour elle et ses voisins agriculteurs, le projet du Grand Paris, une Opération d'intérêt national (OIN) qui, s'il se concrétise, annexerait 180 ha de terres agricoles du Plateau de Saclay sur lesquelles elle est prestataire de services… Même inquiétude concernant l'implantation d'un pôle d'excellence scientifique et technologique, dont l'implantation amputerait le Plateau d'une partie du foncier agricole. Toutes ces perspectives, conjuguées à la baisse des prix des céréales ont incité la jeune agricultrice à se diversifier. Des pommes de terre, des oignons, de l'échalote et des oeufs provenant des poules de la ferme sont en vente sur l'exploitation. La première récolte de deux hectares de légumes destinés à la vente directe doit avoir lieu prochainement. « Nous sommes
obligés de nous tourner vers la diversification en circuits courts si nous voulons stabiliser notre revenu , affirme Nathalie. D'ailleurs, c'est une activité qui me convient, j'aime bien discuter avec les gens qui viennent acheter ici. » Malgré un emploi du temps chargé, cette jeune femme hyper-active a accepté d'héberger 3 800 palettes pour Nature capitale. « C'est un projet génial, déclare Nathalie, qui est persuadée qu'« une telle opération peut aider à changer les idées reçues sur l'agriculture et les agriculteurs. »

 

Source Ja Mag

Publié par Annie Dennequin

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