Grippe aviaire : déjouer la fatalité

Raphaël Lecocq

Grippe aviaire : déjouer la fatalité

Les épidémies de 2015/2016 et de 2016/ 2017 ne doivent pas laisser à penser que l’influenza aviaire est une fatalité. L’expérience passée doit au contraire faire progresser la gestion de la lutte contre la maladie, autour de trois axes : prévention, surveillance et lutte.

La biosécurité et les élevages fermiers

Productions continues, plein air, bâtiments légers et épars : la mise en œuvre des mesures de biosécurité par les élevages fermiers peut rapidement buter sur des problèmes techniques ou économiques. Des éléments objectifs relativisent leur exposition au risque d’influenza : faible densité d’animaux, conduite autarcique (poussin 1 jour jusqu’au prêt à cuire), autonomie alimentaire réduisant les entrées extérieures. Pour autant, les petits élevages ne sont pas exonérés de leurs obligations en la matière. Preuve qu’il est possible de concilier impératifs sanitaires, techniques et économiques, la Confédération paysanne s’apprêter à éditer un guide des bonnes pratiques de biosécurité pour les petits élevages de volailles, validé par les autorités et l’Itavi.

Jamais deux sans trois ? Non. Il est possible de faire mentir le dicton. Mais les incantations ne suffiront pas. En effet, le contexte virologique n’est pas des plus enthousiasmants. Les épizooties des deux années passées laissent à penser que le virus rode. La France a néanmoins recouvré, le 27 octobre dernier, son statut de pays indemne d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). C’est de bon augure à la veille de la saison migratoire et donc critique qui s’annonce, ainsi que pour les exportations vers les pays tiers. Mais pour combien de temps ? Là est la question. L’épizootie de 2015/2016 (H5N1, H5N2 et H5N9) a été déclenchée par une mutation de souches faiblement pathogènes circulant à bas bruit dans la population aviaire, les palmipèdes étant globalement assez résistants, en forme hautement pathogène (HP). L’épizootie de 2016/2017 est quant à elle attribuée une contamination par des oiseaux migrateurs affectés du H5N8 HP. L’un ou l’autre de ces scénarios, sinon les deux, sont à même de se reproduire cette année. Des oiseaux sauvages porteurs d’H5N8 HP ont été identifiés en Allemagne. En Italie du Nord, ce sont des élevages qui sont affectés depuis le début de l’automne.

Grippe aviaire : déjouer la fatalité

Fiches biosécurité

Ni la fréquence et la virulence des attaques, ni les menaces a priori imparables dont est porteuse l’avifaune ne doivent conduire à la passivité. C’est en tout cas le message porté par les autorités (ministère, Anses) et par l’Itavi, l’Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole, message formalisé dans un Pacte de lutte contre l’influenza aviaire, établi 17 avril dernier. (voir pièce pointe). La biosécurité est au centre du dispositif. Elle vise à prévenir l’introduction, le maintien et la diffusion du virus. L’Itavi publie sur son site ( ici) 50 fiches visant à répondre à tous les cas de figure. Elles intègrent des dispositions relatives aux petits élevages, aux élevages en circuits courts et en autarcie. Mais pour mieux identifier ces dernières, un guide spécifique des bonnes pratiques est en cours de finalisation, à l’initiative de la Confédération paysanne (voir encadré). Il est de la responsabilité de l’éleveur de définir les moyens à mettre en œuvre pour établir un plan de biosécurité répondant aux exigences légales. Autrement dit, l’obligation de résultat prime sur l’obligation de moyens, ce qui a l’avantage de réserver une certaine latitude aux éleveurs et de ne pas les astreindre à un cadre rigide et inapproprié aux situations particulières, forcément multiples. Autant que faire se peut, c’est à dire sans risquer d’oblitérer l’efficacité des mesures, l’Etat a ménagé des dérogations et des adaptations pour les élevages autarciques, en circuits courts et productions continues. Le sas unique, quel que soit le nombre d’unités de productions (cabanes...) en est un exemple. Mais le sas unique ne doit pas s’affranchir de la mise au point d’un plan de circulation des véhicules et des personnes, distinguant trois zones : une zone d’élevage, une zone professionnelle et une zone publique.

Prévenir, surveiller et lutter

Les virus de l’influenza aviaire, qui a une capacité de survie dans le milieu comprise entre 4 et 7 semaines, est susceptible de voyager via de multiples vecteurs : hommes (vêtement, chaussures...), animaux d’élevage et domestiques, rongeurs et autres animaux sauvages, visiteurs, intervenants, équipements, matériels, véhicules divers et variés (transport des animaux, des aliments, des effluents, des cadavres d’animaux…). Bref, pas grand chose ne l’arrête, pas même la froidure hivernale bien au contraire. Eviter l’introduction, le maintien et la diffusion du virus via l’observation stricte des mesures de biosécurité, tout au long de la chaine, de l’amont à l’aval, des élevages reproducteurs aux abattoirs en passant par intervenants et les transporteurs en tout genre, doit permettre de réduire à la partie congrue le risque d’apparition de la maladie. Avec la prévention, les mesures de surveillance et de dépistage visent à identifier précocement tout cas suspect afin de circonscrire au maximum la maladie. Les éleveurs sont invités à renforcer leur vigilance clinique, notamment pendant les périodes à risque. Nouveauté 2017 : des tests PCR sont instaurés avant tout mouvement de palmipèdes vers un autre site d’élevage entre le 15 décembre et le 15 janvier ou en situation de risque modéré à élevé. Pas de changement en ce qui concerne les méthodes de lutte après diagnostic : abattage des animaux de l’élevage suspect ou affecté, abattage préventif et circonstancié des élevages situés autour. Et pour cause. Zoonotique, c’est à dire potentiellement transmissible à l’homme après mutation de certaines souches virales, l’influenza aviaire, concentre des enjeux de santé publique, de bien-être et santé animale, de performance économique, sanitaire et environnementale des filières avicoles, tous modes de production confondus.

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