Haute-Marne : Ca gaze à Breuvannes en Bassigny

E. DAUPHIN

L'unité de méthanisation basée à Breuvannes en Bassigny est en cours d'achèvement. Alors que le méthaniseur monte progressivement en température, les associés bouclent les derniers contrats d'approvisionnement.

L'objectif des associés du GAEC de Grivée, Jérôme et Philippe Collin, était de valoriser entièrement les effluents d'élevage produits par l'exploitation, et de proposer aux collectivités locales une solution alternative à l'enfouissement et à l'incinération des déchets fermentescibles, que ce soit pour les déchets verts, les restes de repas ou encore les graisses de flottation des stations d'épuration, tout en produisant une énergie renouvelable. Une logique d'intégration territoriale à laquelle ils se sont tenus tout au long du projet en franchissant le pas d'investir dans un hygiéniseur afin d'être en mesure de répondre à la législation sur les déchets d'origine animale. De plus, afin de valoriser au mieux la chaleur générée par l'installation, ils investissent également dans un séchoir pour transformer la partie solide du digestat en granulés destinés à des chaufferies.
La création de la zone d'activité de Damblain sur un ancien camp militaire à quelques centaines de mètres, est une opportunité d'approvisionnement en déchets verts.
La création de la SARL EUREK'ALIAS destinée à la gestion de l'installation permettra d'intégrer un nouvel associé et de créer un emploi à temps plein, en symbiose avec l'activité agricole du GAEC :
- valorisation de la totalité des effluents d'élevage : lisier de bovin à travers les caillebotis et fumier produit par les 80 VL et la suite
- utilisation de l'ancienne étable entravée pour l'installation du local technique et arrêt de l'atelier d'engraissement des vaches de réformes qui était en place
- économies d'intrants minéraux liés à l'épandage de l'éluat (digestat liquide) et à la récupération du sulfate d'ammonium
- co-travail entre la sarl et le GAEC durant les pics d'activité de chacune des structures

Les acteurs du projet

Les acteurs qui ont collaboré à l'aboutissement ont été nombreux :
Une pré-étude a été réalisée par Christelle Boiget de la mission Bio-énergies à la Chambre d'Agriculture. Ce travail a été repris par le cabinet Domaix qui a réalisé une étude de faisabilité aux cotés du constructeur allemand Weltec biopower, et assure un suivi d'un an pour la mise en route du méthaniseur.
Le service Système de la Chambre d'Agriculture a ensuite déposé le dossier ICPE et s'est occupé des démarches d'obtention du permis de construire. Citons également la Préfecture qui a organisé une réunion de tous les services sous l'impulsion du secrétaire général, afin de présenter la méthanisation et de faciliter les relations tout au long de l'instruction du dossier.

Les matières entrantes

La matière entrante issue de l'exploitation est constituée du lisier de bovin (1620 tonnes) stocké dans une préfosse couverte, du fumier (100 tonnes), ainsi que 100 tonnes d'ensilage de maïs en interculture sur 5 ha. Ce dernier apport devrait rapidement être substitué par les tontes de pelouses massives (1800 tonnes) en provenance principalement de la zone de Damblain. L'industrie alimentaire sera également pourvoyeuse de déchets fermentescibles à haut pouvoir méthanogène : 470 tonnes de pâte à tarte, 10 tonnes de déchets de fromagerie, et la négociation en cours d'une partie des déchets de l'abattoir.

Les produits sortants

Les produits issus de l'unité de méthanisation sont :
827 000 m3/an de biogaz transformé en électricité et en chaleur par un cogénérateur de 250 kW électriques, soit une production de 1836 Mwh d'électricité
2166 Mwh de chaleur produite par le moteur et valorisée dans le fonctionnement de l'installation et le séchage de la fraction solide du digestat
355 tonnes de granulés de digestat : utilisable comme combustible (PCI de 3750 kWh/tonne proche du PCI granulé de bois qui s'élève à 4600kWh/tonne)
l'azote ammoniacal par le récupérateur d'air (plusieurs tonnes de sulfates d'amonium)
Eluat : fraction liquide du digestat riche en azote, épandable

Le compte à rebours est lancé

La montée en température du digesteur a commencé, à l'allure d'un degré par jour pour atteindre progressivement 38 degrés. La chaleur est générée par le containergie de la société Champ Rouget Bois Energie géré par la famille Nicard, une unité de chaufferie mobile à bois déchiqueté. «On pourrait aller plus vite, explique Philippe Collin, mais par précaution pour les dalles en béton, il est préférable de monter progressivement en température». Seul le lisier est incorporé au départ afin d'apporter les bactéries nécessaires à la méthanisation. Il est à une température de 16 degrés. Le gaz généré n'est pas exploitable pour l'instant car pas assez riche en méthane. Il est donc provisoirement rejeté dans l'atmosphère.
«Quand la température de 38 degrés sera atteinte, on va commencer à nourrir en incorporant de l'herbe, de la pâte à tarte, etc.» explique encore Philippe Collin.

Rentabilité économique

L'étude de rentabilité du projet s'est basée sur un tarif de rachat d'électricité à 11 cents + une prime de 3 cents pour un rendement énergétique supérieur à 70 %, ce qui est le cas pour la SARL EUREK'ALIAS, ainsi que sur les aides de l'Etat accordées dans le cadre du Plan de Performance Energétique des exploitations agricoles et des aides de l'ADEME, de la Région et de l'Europe.
En l'absence de subventions spécifiques, la granulation ne permet pas de dégager de bénéfices. En revanche, elle donne accès à la prime d'efficacité de 3 cents sur le rachat d'électricité par le stockage et l'exportation de chaleur.
Le chiffre d'affaire est estimé à 350 000 euros /an avec un investissement de départ de 1 820 000 euros, soit un retour sur investissement de 6 à 8 ans en fonction des subventions.

Freins aux approvisionnements

Le tri reste un frein à la collecte des déchets en GMS et dans les collectivités. «la machine à soupe», un procédé allemand qui n'a pas d'équivalent en France, permet le broyage et le stockage des déchets humides chez le producteur de déchet et le transport en camion-citerne de façon à éviter tout contact avec l'air.
Les issues de céréales en provenance de silos portuaires sont également des déchets intéressants sur le plan méthanogène, mais les associés constatent la présence de corps étrangers tels que du plastique, du bois, des cordes... qui compliquent sa valorisation.
Autre difficulté en matière d'approvisionnement, les contraintes de traçabilité de l'Industrie Agro-Alimentaire qui ne peut conclure que des contrats exclusifs. (exemple un lot de 1000 tonnes de graisse de cacao en provenance du sud de la France). Enfin, le digesteur nécessite d'être alimenté au quotidien, ce qui sous entend des approvisionnements réguliers et/ou un dispositif de stockage important.

Source AVENIR AGRICOLE

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