Haute-Marne : Elever le prix aux éleveurs

JLB

La stagnation du prix de la viande dans un contexte de hausse de l'aliment et des charges diverses enfonce un peu plus les éleveurs dans la crise. La sortie de l'ornière passe obligatoirement par une meilleure valorisation des carcasses. Les circuits courts font partie des solutions à explorer.

Vincent COURTIER a réuni la commission élevage FDSEA-JA le 21 octobre avec à l'ordre du jour principal l'étude des circuits courts qui constituent une première piste crédible à explorer pour rémunérer plus équitablement les éleveurs.

Déverouiller le marché de la viande bovine

Depuis 1997 (mais probablement depuis plus longtemps encore !), le prix de la viande de boeuf est resté stable alors que dans le même temps les coûts de production ont augmenté de 30 % et le prix à la consommation de 40 %, ceci dans un contexte de maintien des aides à la production. L'élevage bovin est installé dans une crise durable alors que le marché ne semble pas particulièrement encombré. L'offre mondiale demeure en effet limitée et la production européenne est plutôt sur le déclin. La FNB dénonce un verrouillage du marché par les intermédiaires, à l'instar de ce qui ce produit sur la viande porcine. Les éleveurs doivent donc s'organiser pour reconquérir la valeur ajoutée, un challenge que les organismes économiques n'ont pas réussi à relever. ...
Le regroupement des abattoirs qui aboutit à une situation d'oligopole ne règle pas le problème mais semble au contraire l'aggraver car les quelques intervenants qui survivent, n'arrivent pas à faire passer les hausses qui seraient nécessaires auprès de la distribution, laquelle continue de conforter ses marges. (cf graphique).
La FNB a lancé l'opération «+ 20%» des prix de carcasses pour une valorisation honnête du travail de l'éleveur. Cette action monte en puissance dans les différents départements par des stickages et des manifestations auprès des abattoirs ou des lieux de cotation. Une légère tendance à la hausse est perceptible mais il n'y aura aucun résultat durable sans une meilleure coopération des différents acheteurs, et notamment de la grande distribution et de la restauration collective qui continuent de s'approvisionner au meilleur prix sur le marché de l'importation.

Les grandes surfaces brouillent les pistes

Le secteur de la viande bovine est très peu contractualisé contrairement à celui de l'aviculture ou encore du lait. La profession agricole commence à prendre conscience des conséquences dommageables de cette désorganisation dans laquelle elle est le maillon faible en bout d'une chaîne où chacun prend sa marge et où l'éleveur reste la variable d'ajustement. Dans le même temps le consommateur ne bénéficie pas des efforts de qualité et de traçabilité imposés aux éleveurs français. Cette rupture dans la traçabilité est cyniquement entretenue par les GMS qui pratiquent des promotions agressives uniquement basées sur le prix. C'est ainsi que l'enseigne CASINO a diffusé dans l'été une pub sur de la viande brésilienne «fraîche» ; celle-ci était de plus présentée dans un étale «produit du terroir !». Suite à une intervention de la FDSEA et des JA, l'enseigne a subi un contrôle et a été sanctionnée. Une nouvelle démarche vient d'être entreprise à propos de dépliants publicitaires ne mentionnant pas toutes les indications de traçabilité requises à l'étale (cf courrier ci-dessous). Ce problème ne concerne pas seulement la viande bovine mais aussi le «gigot» de Nouvelle Zélande lequel continue d'être vendu sous vide après avoir séjourné plusieurs mois dans l'emballage ! Rien n'empêche le consommateur d'acheter cette viande d'importation mais il doit connaître les conditions de production et de transformation. La Profession agricole a décidé d'assainir les circuits de commercialisation en marquant de près les GMS ainsi que la restauration hors foyer qui ignorent la traçabilité.

Plus 10 % immédiatement en circuit court

Vincent COURTIER et quelques agriculteurs du canton d'ANDELOT ont décidé de prendre le «taureau par les cornes» : ils ont proposé à l'INTERMARCHE d'ANDELOT un contrat d'approvisionnement permettant de valoriser la production locale par l'intermédiaire de l'abattoir de Haute-Marne et de Viande 52. Le contrat consiste en une garantie d'approvisionnement sur une catégorie de race à viande (en l'occurrence les génisses charolaises) et sur un prix prédéterminé jusqu'à la fin de l'année sur une base d'environ 10 % supérieure au marché. Cette initiative donne satisfaction et est appelée à être élargie à d'autres cantons et d'autres GMS. La restauration hors foyer, qui est en quête de circuits courts ainsi que l'impose désormais la Loi de Modernisation Agricole (LMA), doit aussi pouvoir entrer dans cette démarche. Pour le moment les débouchés sont limités mais le potentiel de développement est important. Le Préfet, les Collectivités Locales ainsi que les prestataires de restauration collective sont en effet intéressés par cette démarche et sont prêts à donner des instructions pour que les appels d'offres prennent en compte la proximité d'approvisionnement qui peut se marier aisément à la qualité, sans que le prix dérape. Car, tout en maintenant un prix à l'éleveur plus rémunérateur, lequel pourrait être dans un premier temps de 10 % pour tenir compte des contraintes d'approvisionnement, les acheteurs devraient pouvoir acquérir de la viande «piécée» dans de bonnes conditions. Nous avons la chance de pouvoir disposer, en Haute Marne, d'un abattoir et d'un atelier de première transformation permettant de fournir le marché local. Néanmoins pour la restauration collective, il semble nécessaire d'investir dans des moyens de découpe adaptés afin de répondre aux exigences de la réglementation diététique.

Un groupe de travail a été constitué au sein de la Commission pour approfondir ce sujet.
Des animations auront lieu par ailleurs cet hiver dans les cantons pour proposer une nouvelle organisation de l'offre «circuit court» par laquelle les éleveurs s'engageront individuellement, ou par l'intermédiaire de leurs acheteurs, à livrer des animaux d'une qualité prédéfinie et en conformité avec les prescriptions de cahier des charges des Eleveurs de Champagne Ardenne.

Diminuer les charges sanitaires

Tous les membres de la Commission souhaitent unanimement maintenir un bon niveau sanitaire du troupeau mais entendent maîtriser le coût. La vaccination FCO ne fait plus débat sur l'aspect volontaire ou obligatoire mis à part l'export des broutards sur l'Italie et des animaux de reproduction. L'inquiétude subsiste toutefois quant au coût des vaccins de l'acte vétérinaire lorsqu'il sera nécessaire. En effet, l'Etat se désengage financièrement et le cadre volontaire ne permet plus de prévoir de réunion bipartite pour fixer les tarifs vétérinaires. Néanmoins, la commission souhaite pouvoir encadrer les coûts. La majorité des membres de la commission envisage de vacciner en ciblant certaines catégories d'animaux. Les effets indésirables du vaccin ne sont pas non plus négligeables même s'ils ont été très largement sous-estimés jusque-là car les remontées d'information n'ont pas été faites systématiquement par les vétérinaires. Une information à la fois technique et tarifaire est vivement attendue par les éleveurs sur cette vaccination.
La commission souhaite que le GDS puisse poursuivre son travail dans de bonnes conditions tout en maintenant un coût acceptable grâce aux aides du Conseil Général qui s'élèvent actuellement à environ 100 000 €, lesquels sont redirigés ensuite vers le laboratoire départemental lui-même subventionné par la même collectivité … La question du coût des ASDA a aussi été abordée. La commission souhaite plus de transparence sur la facturation et surtout un meilleur accompagnement financier de l'Etat qui a trop tendance à se défausser sur les organismes professionnels en leur demandant d'assumer des missions de services publics sous rémunérées.

Source AVENIR AGRICOLE

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