Hommage à Auguste Grit

Rédaction Vendée agricole

Texte rédigé et lu par Gilles Bély, ancien rédacteur en chef de la vendée agricole, samedi 9 juin dans l’église de Saint-André-d'Ornay lors de la sépulture d’Auguste Grit.

 Auguste,

    En revenant mercredi soir d'un hommage rendu à Venansault, à Louis Chaigne, ce grand écrivain vendéen, catholique et humaniste, je suis passé devant la Noue. Je ne savais pas encore que tu nous avais quittés. Et pourtant, passant devant ta maison, beaucoup d'images, fugitives mais ineffaçables, de ce que nous avons vécu ensemble, me sont tout à coup revenues. 

     Aujourd'hui, à l'heure où ta famille et tes amis te disent au-revoir, dans cette  Foi et cette Espérance que nous t'avons toujours connues, et quelquefois enviées, ce sont justement les mots de Louis Chaigne qui éclairent ce moment que tu ne redoutais pas. "Le but de la vie, écrivait-il, c'est encore la vie, mais une vie sans ombre et plénière... Un départ devrait faire éclater un jubilant Magnificat. Les meilleures tombes sont des âmes vivantes, des coeurs fidèles qui placent les disparus dans le coeur de Dieu, battant en eux-mêmes, et où ils résident à jamais, puisque l'âme est immortelle." 

     Je te retrouve, nous te retrouvons, Auguste, dans ces paroles. Vous étiez nourris aux mêmes sources de la démocratie chrétienne, celles qui surgissent, limpides, de l'encyclique de Léon XIII, "Rerum novarum", et dont tu enrageais qu'elles ne percent pas plus vite et plus fort. Aussi as-tu accueilli avec joie le renouveau de l'Eglise dans le Concile Vatican II et aimé ce souffle vivifiant qu'il a répandu sur le monde. 

     Tu t'es forgé, ainsi qu'Annie, ton épouse, au sein de la Jeunesse Agricole Catholique. Tu en as porté haut l'idéal, "Fiers, purs, joyeux et conquérants". Dans tous tes engagements, tu as mis en oeuvre sa prodigieuse intuition, "Voir, juger, agir". Celle qui te mena, avec d'autres, comme ton ami Michel Debatisse, vers la plus accomplie des révolutions, la "Révolution silencieuse". 

     C'est cet idéal, cette conviction profonde qui t'ont toujours guidé et mené vers des responsabilités auxquelles tu n'aspirais pas, mais qui te venaient naturellement, parce qu'il t'a été donné de pouvoir rassembler, de pouvoir dire et de pouvoir convaincre. 

     Tu as appris auprès de Félicien Pateau, ton prédécesseur à la FDSEA. Tu lui succèdes dès 1968. Jusqu'en 1984, tu vas mener les agriculteurs vendéens aux combats et aux victoires. Combats pour un revenu digne, pour que ce métier de la terre, encore méprisé, soit reconnu et respecté. Combats pour la justice dans la répartition des surfaces agricoles, pour l'installation des jeunes, pour la modernisation des exploitations. Victoires remportées sans haine, grâce à ta détermination, à tes talents de tribun, dans les grandes manifestations comme dans les négociations, rudes souvent, mais loyales, avec les différents pouvoirs.

      Tu as tout fait pour que les paysans restent unis, parce que tu pensais, qu'au-delà de leurs différences, ils avaient besoin d'un syndicalisme puissant, pour peser dans les débats et dans les décisions. Tu t'es battu pour qu'ils soient pleinement responsables dans leur ferme comme dans les organisations économiques, pour que personne, ni les politiques, ni les banques, ni les marchés ne parlent à leur place et ne décident pour eux. 

     Tu l'as fait en Vendée, tu l'as fait en France et tu l'as fait aussi en Europe, cette Europe commune dont tu parlais avec flamme, avec l'espoir qu'elle avance. Ce fut pendant près de quarante ans un combat permanent. Leader syndical à l'Ouest, tu l'as tout naturellement été au niveau  national, comme secrétaire général adjoint, puis secrétaire général de la FNSEA. 

     Les paysans de Vendée et de France te doivent beaucoup. Avec tes équipes, tu les as libérés de beaucoup de tutelles qui pesaient sur eux, le joug de l'argent, de la propriété, le joug d'une tradition paralysante. 

     Tu as convaincu les agriculteurs de ne pas s'isoler dans le carcan des routines, de dialoguer avec les autres. Qui ne se souvient de cette manifestation du 27 mars 1980, place Napoléon, réunissant 8 000 agriculteurs et artisans pour promouvoir les entreprises à taille humaine et à responsabilité personnelle? 

     Et puis, tu as été l'infatigable apôtre de la formation, tant au Centre d'études et d'action sociale que dans le réseau des écoles d'agriculture, des Maisons familiales, des centres d'adultes, avec toujours cette volonté de faire grandir les hommes.    

     Je sais aussi, Auguste, que tu as souffert, avec ta famille, des critiques, injustes, et parfois indignes, que tu as subies. Tu les accueillais avec sérénité, parce que tu savais où tu allais, sans dévier de la voie qu'avec d'autres, tu as tracée, et qui porte aujourd'hui tous ses fruits. 

     Il parait, Auguste, qu'en te voyant repartir, le vendredi soir, de Paris pour ta Vendée, tes amis de la FNSEA se disaient en regagnant, eux aussi, leurs provinces: "Regarde Auguste Grit et va-t'en rassuré". 

     Auguste, tu peux partir rassuré. Parce que tu sais où tu vas et parce que ce que tu as semé, sur cette terre que tu as tant aimée, ne cesse de croître et de fleurir. 

     Au revoir, Auguste, tu sais bien qu'on t'aime.

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