Ils ont marché sur Paris

Jean-Philippe Arnaud

Aux côtés de Dominique Barrau, Alain Bernier, président de la FNSEA 44, fait entendre la voix des éleveurs de Loire-Atlantique dans le long cortège qui mène aux Invalides.
Aux côtés de Dominique Barrau, Alain Bernier, président de la FNSEA 44, fait entendre la voix des éleveurs de Loire-Atlantique dans le long cortège qui mène aux Invalides.

 Convergeant de toute la France, les éleveurs ont manifesté à Paris en ce dimanche 23 juin. Ils étaient 11 000 à défiler dans les rues de la capitale pour faire de l’élevage une cause nationale.

Comme pour conjurer le mauvais sort, les éleveurs de France se sont retrouvés aux Invalides, à l’appel de la FNSEA et de Jeunes Agriculteurs. Un vrai symbole que l’on peut interpréter sous deux prismes. C’est en effet dans ce lieu chargé d’histoire que les armées françaises décimées lors de guerres laborieuses se faisaient soigner. Même si l’avenir des soldats mutilés était compromis avant même leur arrivée. Et puis les Invalides constituent aussi un des plus vastes monuments de Paris et sont intimement liés
à l’Histoire de France. Tout comme l’agriculture qui, par sa richesse et sa diversité, est une composante de l’identité française. Après avoir débuté leur défilé le matin devant la Tour Montparnasse, en compagnie de vaches, moutons, chevaux,…, les éleveurs se sont donc installés sur l’esplanade des Invalides.

Vivre de son métier

Se présentant comme une chance pour la nation, les éleveurs ont réussi leur pari d’attirer l’attention de leurs concitoyens. Vivre de son métier paraît pourtant comme une évidence. « La passion ne suffit pas », rappelle un slogan installé sur un des tracteurs circulant dans les rues de Paris. Leur message a servi de fil conducteur à l’intervention de François Thabuis, président de JA, et de Xavier Beulin, président de la FNSEA, qui ont pris la parole après les présidents des associations spécialisées qui s’étaient exprimés le matin avant le début du défilé. « Ce n’est pas un mouvement d’humeur », annonce le premier. « Dans quel métier accepte-t-on un système qui fait travailler à perte » ? Les années de crise s’enchaînent dans la plupart des productions et les arbitrages à venir sur la Politique Agricole Commune pourraient permettre de trouver des solutions. Quant à son aîné, vêtu pour l’occasion d’une marinière verte et blanche pour rappeler que l’agriculture fait aussi partie du redressement productif cher au gouvernement, il met en exergue la nécessaire transparence pour les consommateurs. En conséquence, il réclame la généralisation d’un étiquetage « Viande de France » dans les rayons pour contrer les importations déloyales. « Comparé à l’Espagne ou l’Allemagne, le différentiel de prix est de 4 à 6 € par heure travaillée : c’est insupportable à l’heure européenne ». Autre sujet mis en évidence par le responsable syndical : la pression subie par l’ensemble des agriculteurs à cause de la surenchère réglementaire, de la fiscalité ou encore de la protection accordée aux prédateurs et aux nuisibles (loups, sangliers,…). « On attend du ministre de l’Agriculture qu’il s’investisse un peu plus », a souligné le président du premier syndicat agricole de France. Exprimant le souhait d’être entendus à la fois par les pouvoirs publics et par les partenaires dans les filières, Xavier Beulin sera finalement reçu par le président François Hollande début juillet.

À la rencontre des citadins

Après les discours destinés aux décideurs politiques, est venu le temps de la rencontre. Si ce n’était pas le Salon de l’agriculture, cela y ressemblait fortement, tant les Parisiens se sont précipités au milieu du village agricole installé pour l’occasion. La promotion des produits laitiers, de la viande bovine, ovine,… était donc au menu des réjouissances, grâce aux nombreuses dégustations et animations proposées durant l’après-midi. La tonne de viande grillée par la FDSEA et JA de Vendée et distribuée à des citadins ravis a été une véritable attraction. Tout comme le bœuf et le veau à la broche dont avait la charge la région Midi-Pyrénées. La pluie aurait pu perturber l’ambiance bon enfant qui régnait sur l’esplanade durant toute la journée mais elle n’a eu que pour conséquence d’éteindre les grillades allumées ici et là. En espérant qu’elle n’ait pas douché les espoirs que fondent les éleveurs dans leur quête d’un juste prix.

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