Imbroglio sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate

Imbroglio sur le renouvellement de l’autorisation du glyphosate

Alors que l’autorisation de mise en marché du glyphosate arrive à échéance fin juin, la Commission Européenne proposait de la renouveler jusqu’en 2031. Cette proposition se fondait sur un avis donné par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) jugeant improbable le caractère cancérigène du glyphosate pour l’homme. Cette prise de position suscite une controverse de la part d’ONG et d’écologistes, alors que l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer (IARC) de l’OMS a classé cette substance chimique comme carcinogène probable en 2015.

Les opposants affirment que le rapport d’évaluation du renouvellement (RÉR) du glyphosate a été influencé par le lobby industriel, pour permettre d’obtenir

la période de commercialisation la plus longue possible, soit 15 années. Dans ce contexte, la commission Santé du Parlement a recommandé de ne pas renouveler l’autorisation du glyphosate, de réaliser une étude indépendante et demandé la publication immédiate des preuves scientifiques utilisées par l’EFSA. Le Parlement européen doit désormais voter sur cette motion d’objection.

Le glyphosate est une molécule brevetée au début des années 1970 comme herbicide systémique total, par la firme Monsanto. Sa stratégie a alors été de développer des espèces transgéniques résistantes à l’herbicide. Aujourd’hui, plus des trois quarts des plantes OGM présentent cette caractéristique faisant du glyphosate, l’herbicide le plus utilisé. Sa prédominance commerciale fait qu’il existe peu d’alternatives de désherbage chimique aussi avantageuses économiquement, pour un certain nombre de productions agricoles.

Concomitamment, la Fondation Heinrich Hasard Böll révèle une étude montrant que le glyphosate, supposé se dégrader dans le sol, se retrouve dans l’urine de 99,6 % des 2000 allemands testés, parfois à des taux 42 fois supérieurs à la norme admissible dans l’eau potable.

Une opacité règne autour de l’avis rendu par l’EFSA, alimentée par des conclusions en partie fondées sur des études de l’industrie non rendues publiques, alors que 82 % des experts de l’Efsa n’ont pas souhaité que leur nom et leur déclaration d’intérêts soient rendus publics. Ce conflit intervient alors que la Cour de justice de l’UE a condamné récemment la Commission pour ne pas avoir défini des critères encadrant les perturbateurs endocriniens.

L’Agence américaine de protection de l’environnement réévalue actuellement les risques humains et écologiques du glyphosate et la Food and Drug Administration (FDA) va mesurer le glyphosate présent dans le soja, le maïs, le lait et les oeufs notamment. L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) doit conduire des investigations sur les effets plus larges sur la santé du glyphosate et elle n’aura achevé ses travaux qu’à la fin de 2017.

D’ici là il est bien délicat d’entrevoir de quel côté penchera la décision, qui pourrait finalement revenir à la Commission Européenne en l’absence de majorité qualifiée, entre principe de précaution et arguments économiques, avec ou sans restriction d’usage.

Voir tout le dossier :  http://etudes-economiques.credit-agricole.com/medias/Prisme13_avril2016.pdf

Source : PRISME - Agriculture et Agroalimentaire, une affaire d'experts - n° 13 - Avril 2016

 

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