Interview : Portrait d'un homme de dessein

Estelle DAUPHIN

A l'heure des derniers préparatifs, alors que les répétitions battent leur plein à Colombey-les-Deux Eglise, le village en pleine effervescence s'apprête à revivre, au cours de quatre représentations, l'époque durant laquelle le Général y a résidé. Entretien avec le charismatique président de l'Association, Michel Sarrey.

Les Amis de Buxières, une aventure qui ne date pas d'hier ?

Oui, en effet, j'en suis le Président fondateur depuis 31 ans. L'association compte actuellement 23 membres actifs.
La présidence aurait pu tourner il y a une dizaine d'années, mais depuis mon départ en retraite, les spectacles ont pris une ampleur considérable. Je travaille l'équivalent d'un temps plein durant dix mois de l'année.
Les finances de l'association sont saines et peu d'investissements ont été réalisés. Elle est néanmoins détentrice d'une très belle collection de 1500 costumes confectionnée au fil des ans par les bénévoles, couvrant 14 époques. Cette année nous y avons ajouté l'époque contemporaine en faisant appel à la population. (dons, achats, prêts…).
Depuis quelques années, nous sommes maîtres d'ouvrage des spectacles et non plus prestataire, aucun porteur de projet n'étant prêt à en supporter le risque financier de tels projets. C'est un risque que je prends, le plus gros accident étant lié à la météo. On a annulé deux représentations en trente et un an.
Cette année, le spectacle prend une dimension inédite avec une tribune de mille places. On a mis l'accent sur la communication et activé tous nos réseaux, en collaboration avec le Conseil Général, le Mémorial et la fondation Charles De Gaulle, qui ont co-signé les textes.

Comment le village a-t-il accueilli le projet ?

La commune nous a aimablement prêté le terrain près du gymnase, le relief n'ayant pas permis d'installer le spectacle près de la croix.
Les colombéens étaient sceptiques malgré quatre réunions publiques, mais à mesure qu'ils voient les choses se mettre en place, ils se joignent à l'équipe de bénévoles. Nous sommes encore en cours de recrutement de figurants. Grâce à leur hospitalité, nous avons pu loger sur place et la quarantaine de chevaux, et ceux malgré le manque de fourrages cette année ainsi que la quinzaine de professionnels avec laquelle nous travaillons habituellement.
Parmi eux, citons le scénariste, âgé de 84 ans qui a vécu la guerre et travaille presque bénévolement depuis vingt ans aux côtés des Amis de Buxières, le régisseur général, le metteur en scène de Cote d'or qui a travaillé sur le spectacle de Bernard de Clairvaux, un ingénieur aux lumières. Cette année, nous avons sous-traité le son à une entreprise afin d'obtenir une qualité stéréo.

Le spectacle sera-t-il une biographie du Général ?

Ce ne sera pas une biographie à proprement parler ; on ne souhaitait pas refaire le travail du mémorial. Une longue réflexion a été nécessaire pour définir ce qu'on était ; une bande de ruraux qui s'adressent à des ruraux. Ce qui nous intéresse, c'est l'avenir agricole et rural dans notre spectacle : durant la guerre, la population a été éprouvée. On évoque les tickets de restriction, le travail des femmes les champs pas labourés, mais aussi des sujets épineux comme les enfants cachés et la collaboration. On a donc pris le parti de décrire Charles De Gaulle à travers les gens du village, de 1934 à 1970. Certains participants l'ont d'ailleurs réellement côtoyé.
L'élaboration du script a donné lieu à des échanges avec la communauté scientifique du mémorial et de la fondation. Durant la Deuxième Guerre mondiale, par exemple, ils souhaitaient insister sur le rôle du Général à l'étranger notamment en Afrique et avec les Etats-Unis. Par un effet théâtral, grâce à une tournette, nous retraçons les grands évènements nationaux et internationaux (le bureau de Londres, etc.)

Comment voyez-vous le personnage de De Gaulle ?

Après avoir lu vingt-trois ouvrages le concernant, il m'est devenu presque familier, avec ses multiples visages : le militaire, l'écrivain, le chef d'état et enfin l'homme…
Cultivé
Pour élaborer sa stratégie, il s'est imprégné dès son plus jeune âge du parcours de ceux qui ont marqué l'Histoire, de la Gaulle à la révolution industrielle : Clovis, Charlemagne, Napoléon 1er, Napoléon 3, Gambetta... Ainsi, il portait toutes les valeurs de la France en lui. Elles ont préfiguré l'indépendance des colonies française ; sa conviction était qu'on ne peut laisser un peuple sous le joug d'un envahisseur bien longtemps, ainsi que l'a montré le déclin de l'Empire Romain.


Visionnaire
Quand il applique à la société des années trente les valeurs de la France, il est en décalage complet avec ses contemporains, mais il a la hauteur nécessaire pour les mener là où il le souhaite.
Il avait compris énormément de choses sur la guerre moderne suite à la première guerre mondiale. Il a formé Pétain, mais malheureusement aussi les allemands qui se sont inspirés de ses écrits et qui ont mis ses théories en pratique.
Enfin, le côté sympathique du Général de Gaulle, c'est évidemment l'appel du 18 juin. Affirmer en 1940 qu'on avait perdu une bataille mais pas la guerre, alors que la majeure partie de la France était occupée, qu'on allait compter sur le reste du monde et notamment sur le renfort des colonies, nécessitait une conviction de fer.

La ruralité, est-elle encore

Ma conviction est pleine et entière en faveur du monde rural, c'est mon élément, et le secret de la réussite de notre association.
Arrivé à la Maison Familiale et Rurale de Buxières les Villiers en 1968, j'y ai effectué toute ma carrière professionnelle et j'ai été maire de la commune pendant trente ans. En 1970, on formait 100% d'agriculteurs. On drainait alors huit départements en Lorraine et en Champagne-Ardenne. Un jour mon Directeur est revenu d'une réunion à Paris et m'a annoncé qu'à la rentrée suivante on ouvrait une section sous l'égide du ministère du travail, afin de former les jeunes ruraux qui ne resteraient pas sur la ferme, afin d'endiguer l'hémorragie de l'exode rural qui sévissait déjà depuis 1955. J'ai pris la direction de l'établissement en 1972 et je n'ai eu de cesse de défendre le monde rural plutôt que l'agriculture strictosensus, celle-ci devant s

Des idées pour le prochain spectacle ?

J'ai des projets plein la tête mais n'en aurez aucun ! Même mes amis les plus proches ne sont pas au parfum. Jacques Ecosse, qui fait partie de la troupe depuis le début, a d'ailleurs coutume de me demander à la fin de chaque dernière représentation, «Alors, Michel, on va où l'année prochaine ?»
Réponse peut être à Colombey-les-Deux Eglises, les 12 13 14 et 15 août prochain…

Source AAR

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