Investissement et rentabilité : un couple inséparable

Georges DOUGUET

Investissement et rentabilité : un couple inséparable

L’investissement est un moteur de l’économie. L’agriculture est directement concernée avec des niveaux d’investissement importants depuis quelques années. Mais il est difficile de dissocier rentabilité et investissement. L’un ne va pas sans l’autre. Le couple parfait ?

A SAVOIR

Investissement et rentabilité resteront indissociables dans un environnement économique de plus en plus instable. Aujourd’hui, la conjoncture des grandes productions n’est pas très encourageante et l’investissement décroche depuis quelques mois.  Une conjoncture mieux orientée dans les prochaines années serait donc plus favorable pour des agriculteurs toujours prêts à investir en profitant  notamment du nouveau plan pour la compétitivité dans un contexte de taux d’intérêt bas. La récente possibilité de « suramortissement » complète bien ce dispositif. Rappelons que agriculture et agro-alimentaire constitue un des secteurs d’activité qui investit le plus dans notre région. La Bretagne a besoin de garder un tel dynamisme.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’agriculture est un secteur d’avenir car l’investissement y est important. Les mises aux normes, l’agrandissement, la mécanisation, l’adaptation et l’automatisation…autant de facteurs qui poussent de plus en plus d’exploitations vers une forte hausse de leur capital.

Investissement et rentabilité : un couple inséparable

2012 à 2014 : Un cycle d’investissement élevé en agriculture

Entre les deux cycles 2007/2009 et 2012/2014, les investissements ont fortement progressé en agriculture. Toutes productions confondues, l’investissement moyen annuel est passé de 30 800 € par exploitation à 42 100 € soit une hausse de 37% sur des cycles de 3 ans (hors installation).
En production porcine, l’investissement moyen est de 70 000 €/exploitation/an ces trois dernières années. Il était de 36 000 € entre 2004 et 2006 !  Ramené au kg, on atteint un niveau de 15 ct d’€/kg depuis 3 ans. Il faut remonter à 2001/2002 pour retrouver des chiffres comparables. Les mises aux normes et les restructurations expliquent cette tendance. On reste néanmoins très loin des investissements du début des années 90 : 33 centimes/kg entre 1990 et 1992 en valeur actualisée soit plus du double au kg et des investissements à l’époque orientés en grande partie vers plus de capacités de production !  Les dernières mises aux normes ont relancé l’intérêt des producteurs à investir notamment à travers la réorganisation des bâtiments. Les producteurs se sont engagés pour l’avenir. La crise actuelle fait mal car les besoins d’investissement sont encore très importants. Le parc de bâtiment vieillit notamment en engraissement. Les technologies évoluent vite. Des techniciens n’hésitent pas à dire qu’un nouveau post-sevrage se finance tout seul !

La production laitière affiche aussi des chiffres très élevés.

Depuis 3 ans, l’investissement moyen est de 33 000 €/exploitation/an.  Il était de 16 000 € au début des années 2000. Ramené au 1000 litres, on atteint un niveau de 82 €/1000 l depuis 3 ans. L’agrandissement est très important depuis quelques années. De 2000 à 2014, la taille moyenne des exploitations a progressé de près de moitié en 7 ans ! L’agrandissement s’accompagne d’une hausse de la mécanisation et de l’automatisation. L’effort d’investissement au 1000 l était de 89 €/1000 l entre 2007 et 2009. A l’avenir, toutes les études confirment l’accélération de l’agrandissement et de l’investissement en production laitière (fin des quotas). Cela n’est pas sans conséquences notamment la hausse des coûts de production (quid des économies d’échelle ?) et une plus forte sensibilité à la volatilité accrue du prix du lait.

Forte hausse du capital d’exploitation

L’agrandissement et investissements provoquent une forte hausse du capital d’exploitation moyen en agriculture.  Il est passé  en moyenne de 338 000 € en 2008 à 464 000 € en 2014 (+37 % en 6 ans). En production porcine, on atteint en moyenne 800 000 € (+42%) et la production  laitière atteint 410 000 € (+48%). Près de 8% des exploitations sont à plus de 1 million d’€ de capital et cette part progresse. D’autres productions sont concernées (serristes, œufs de consommation). Dans un tel contexte, la transmission de ces outils sera probablement plus complexe. L’anticipation sera nécessaire et la recherche de financement s’oriente déjà vers des solutions en dehors des circuits classiques.

L’importance de la rentabilité

Le couple rentabilité/investissement est indissociable. Difficile d’investir sans attendre une rentabilité suffisante pour dégager un revenu et rembourser les emprunts. L’investissement doit donc être raisonné pour ne pas compromettre l’équilibre économique et limiter la prise de risque liée à tout projet. La conjoncture actuelle est de plus en plus imprévisible d’où l’intérêt de faire des calculs et des projections  avant de se lancer. De même, il devient de plus en plus difficile de se faire financer en cas de manque de rentabilité. C’est un cercle vicieux qui peut provoquer de graves difficultés alors que l’investissement serait nécessaire pour améliorer cette rentabilité (nouveaux bâtiments plus performants…).  La production porcine est très concernée depuis quelques années avec une baisse de rentabilité et des besoins d’investissement pour rester compétitif.
La liaison investissement/revenu est très forte en agriculture. Dès que le revenu baisse, l’investissement chute (tendance très nette en production laitière lors de la crise de 2009). Tout le monde attend la reprise, producteurs et banquiers alors que l’investissement est un projet sur quelques années.
Le couple rentabilité/investissement n’est donc pas parfait car les deux sont parfois trop liés entre-eux.
Enfin, l’investissement est nécessaire mais n’est pas une finalité. On le voit notamment en lait quand l’agrandissement a été mal préparé ou anticipé. La rentabilité se dégrade et l’exploitation peut se retrouver en difficultés. La gestion d’un projet important nécessite un bon pilote et une bonne préparation.
A l’image du degré d’exigence imposé aux JA, il devient nécessaire de proposer plus de formation ou d’accompagnement pour préparer un nouveau projet en agriculture.

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