Jean Turmel : Ce n'est pas le prix du lait qui fait le marché mais le marché qui fait le prix du lait !

Thierry Guillemot

Jean Turmel : Ce n'est pas le prix du lait qui fait le marché mais le marché qui fait le prix du lait !

Pas question pour la section lait de la FRSEA, que préside Jean Turmel, de laisser les pouvoirs publics détricoter la mécanique de recommandation sur le prix du lait qui fait ses preuves depuis 50 ans. Si la DGCCRF ne bat pas en retraite, la réaction syndicale serait à la mesure des enjeux.

Que vous inspire le courrier envoyé par la DGCCRF au CNIEL ?

En premier lieu, que nous n'avons pas la même approche sémantique. Au sein de l'interprofession laitière, nous ne parlons pas d'accord sur le prix du lait mais de recommandation.
Nous pensions ainsi être à l'abri des foudres de Bruxelles mais ce n'est apparemment pas le cas.
En second lieu, il ne s'agit jamais d'un prix mais d'une évolution de prix.

Ce courrier vous inquiète ?

Oui, parce qu'il ne s'agit pas d'une simple question du respect de la règlementation sur la libre concurrence par rapport à un texte issu du traité de Maastrich. Derrière tout cela, nous sommes victimes d'un camouflet, pensé en haut lieu, qui vise à faire baisser tous les prix. Politiquement, la défense du pouvoir d'achat est très à la mode.

Sur quels arguments repose la défense de ce système de recommandation ?

Il n'est pas du tout contraire au principe de l'économie libérale. Dans notre fonctionnement, l'évolution du prix du lait est la résultante de l'évolution du marché, d'une offre et d'une demande que l'on mesure par des indicateurs.On ne fixe aucunement de recommandations déconnectées du marché. Nous sommes bien dans une logique libérale et concurrentielle où on laisse le marché s'exprimer.

Un autre argument de défense plaidé par la FNPL (Fédération Nationale des Producteurs de Lait) est qu'il n'existe pas un prix unique du lait en France ?

Bien sûr que non. Les recommandations d'évolution sont basées sur des prix historiquement différents auquels il faut ajouter des valorisation de critères de qualité variables selon les régions. Le prix payé au producteur varie presque d'une exploitation à l'autre. Nous sommes donc très loin d'un prix unique.

Qu'allez-vous faire pour contrer cette menace ?

La section lait de la FRSEA de Basse-Normandie a demandé une audience auprès de Monsieur le Préfet de Région afin que nous puissions défendre notre cause. Les représentants locaux de l'Etat doivent faire remonter notre inquiétude en plus haut lieu. Toute la France laitière doit se mobiliser contre cette injonction de la DGCCRF que l'on ne doit sans doute pas à un administratif zélé mais plutôt à un responsable de tutelle de tout premier plan.

Vous vous sentez trahis ?

En quelque sorte. A travers l'interprofession, l'Etat nous a délégué une mission nationale et régionale pour 3 ans. Nous disposons donc d'une mission de défense de filière. Nos décisions ont quasiment ainsi force de loi. Nous assumons des responsabilités dont le pouvoir public a voulu se dégager. Ce courrier est d'autant plus surprenant qu'il arrive à un moment où, dans le cadre du bilan de santé de la PAC, Paris insiste sur le rôle qu'ont à jouer les interprofessions en cas de carence européenne ou mondiale.

Et si ça tourne au vinaigre, vous craignez l'amende pour entente illicite ?

J'ai tendance à croire qu'il n'y a pas les ingrédients mais on ne peut pas écarter cette hypothèse.Soyons clairs cependant : il n'y a que ça à faire pour soulever la campagne. Ce serait une bonne façon pour les pouvoirs publics de mesurer notre capacité de réaction. Si on nous cherche, on va nous trouver. Cela fait 50 ans que ce système a été mis en place et donne satisfaction aux producteurs , aux entreprises et aux consommateurs, donc à ceux qui sont concernés. Il est de notre responsabilité de syndicaliste de tout mettre en oeuvre pour le préserver.

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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