Jean-Yves Heurtin (président de la FDSEA14) : “L'amateurisme du Ministère de l'Agriculture”

V. MOTIN

Jean-Yves Heurtin (président de la FDSEA14) : “L'amateurisme du Ministère de l'Agriculture”
- © VM

Lors de la dernière session de la Chambre d'agriculture du Calvados, Jean-Yves Heurtin a longuement fustigé l'amateurisme de l'administration parisienne. Des propos qu'il confirme après les différentes réunions d'information PAC qui se sont tenues ces derniers jours.

Lors de la session de la Chambre d'agriculture, vous avez employé des termes forts pour qualifier l'action de l'administration. Vous avez répété plusieurs fois le mot amateurisme. Avec le recul, modérez-vous vos propos ?
J'assume. Ces propos sont adaptés à la situation vécue par les agriculteurs. Avec la mise en place de la PAC, l'amateurisme des services du ministère est avéré. Le problème se situe plus au niveau national. Au plan départemental, les agents subissent la situation. On sent du désarroi chez eux.
Par exemple, les haies sont complètement figées. On nous dit aussi que nous devons justifier de l'équivalent de 5 % de notre exploitation en SIE (Surface d'Intérêt Ecologique). D'autres textes disent que les haies seront classées d'office en SIE. C'est aberrant, car un agriculteur peut considérer qu'il remplira son obligation SIE avec des protéagineux. Depuis 10 ans, on nous bassine avec la simplification. C'est juste un terme médiatique.
Quand l'administration vous parle de “simplification”, vous répondez : “foutaise”...
Oui. Je me souviens que Dominique Bussereau, ministre de l'Agriculture, parlait déjà de simplification. De droite ou de gauche, les services de l'État n'en font qu'à leur tête. Nous avons ensuite des différends avec l'Europe, car on va tellement loin qu'il n'est pas facile de réaliser ce qui est écrit. C'est vrai pour la PAC ou la directive nitrate. 
Vous dîtes aussi que l'administration peut mettre 15 à 18 mois pour ouvrir un dossier sur un projet d'une exploitation porcine. Dans ce cas, le problème est-il local ou européen ?
Là c'est local. L'Europe n'est qu'un cadre. L'instruction du dossier est réalisée localement. L'administration est longue pour ouvrir un dossier et indiquer les pièces manquantes. N'oublions pas que les projets des exploitations porcines sont souvent des mises aux normes subies. Ensuite, il ne faudra pas s'étonner que des outils industriels manquent de matières premières.
Dans le cas d'AIM, les pouvoirs publics semblent cependant se mobiliser ?
Stéphane Le Foll est plus porte-parole du gouvernement que ministre de l'Agriculture. C'est bien de jouer les pompiers avec AIM. Il faudrait sans doute réfléchir la filière à long terme. Certains mettent des bâtons dans les roues de la production locale avec le risque de voir des outils de transformation disparaitre par manque de matière.
Localement, la campagne de prophylaxie de la tuberculose vous interpelle également. Que reprochez-vous à la DDTM et à la DDPP ?
Un éleveur laitier a eu une vache en lactation qui a réagi positivement au test. Dans le doute, l'administration propose de refaire une injection dans 45 jours. La laiterie n'a pas collecté, mais a heureusement payé le lait. Il existe pourtant une méthode simple : faire abattre la vache, réaliser un examen clinique et 6 jours après le résultat tombe. L'éleveur préférait cette méthode. La DDTM peut indemniser l'éleveur. Cependant, elle a un budget à respecter et n'a pas souhaité abattre l'animal. En attendant, les éleveurs travaillent, la peur au ventre, avec un cheptel potentiellement contaminé. Nous sommes montés au créneau et la bête a finalement été abattue. 
Redoutez-vous les contrôles liés à la nouvelle PAC ?
Les contrôles ne doivent pas aboutir sur des sanctions si les règles n'étaient pas connues avant l'emblavement. Cela parait logique, mais c'est loin d'être acquis. C'est une revendication portée par la FDSEA et les JA.
En réponse à vos propos lors de la session de la Chambre d'agriculture, le représentant de l'administration a indiqué qu'il acceptait “les remarques, pas les menaces”. S'agissait-il de menaces ?
Il n'y a aucune menace. Je veux éviter que certaines situations dégénèrent sur les exploitations lors de contrôles. Je ne menace absolument pas, je préviens ! Je condamne toute violence.

Source l'Agriculteur Normand

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 1

eleveur 61

Mr heurtin je partage votre position et je comprend votre crainte de voir le ministere mettre en place un génocide du monde agricole et il faudra attendre combien de décenies pour que les responsables politiques reconnaissent le désastre un politique ou fonctionnaire peut-etre coupable d'incompétence mais jamais responsable de son incompétence c'est la définition de la démocratie version française.

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier