L’agriculture de conservation, un bouleversement culturel et cultural

Avenir agricole et rural de la Haute Marne 52

L’agriculture de conservation, un bouleversement culturel et cultural

Présentation d’une méthode alternative de culture qui permet d’augmenter le rendement et de réduire les traitements chimiques.

Fertilité et autonomie

Les agriculteurs se sont déplacés en nombre pour assister à l’exposé de Jean-Luc Forrler de la chambre d’agriculture de Moselle. Il a expliqué les avantages de l’agriculture de conservation, mais qui entraîne une organisation complètement différente. Cette méthode vise à restaurer la fertilité naturelle des sols et à recréer une biodiversité fonctionnelle. 

Il faut recréer de nouveaux schémas de production qui s’inscrivent dans un système de production durable car le système actuel atteint ses limites. L’agriculture a subi de grandes modifications et la culture intensive entraîne des problèmes d’érosion et de stabilité structurale du sol. Une monoculture de maïs labourée, irriguée et avec une fertilisation azotée réduit considérablement la matière organique présente dans la terre. Les sols sont morts à cause de la monoculture et amènent des problèmes d’infiltration d’eau. Il convient de refaire des rotations et de supprimer tout ce travail en profondeur. Après l’arrêt du labour, on gagne vite de la matière organique. La concentration de nitrates dans l’eau est deux fois plus importante à l’endroit où c’est labouré car il n’y a plus d’obstacle. Dès la deuxième année en agriculture de conservation, les racines sont plus profondes et les galeries des vers de terre plus présentes, l’eau s’écoule plus rapidement. La stabilité des sols a sérieusement baissé ces dernières années : ils sont appauvris, le système structural le plus stable est celui avec des couverts végétaux. Il y a de moins en moins d’herbicides homologués, l’efficacité diminue le désherbage devient de plus en plus difficile. « Il faut produire plus avec moins de surface, la chimie ne fonctionne plus efficacement, il va falloir mettre en place la rotation et le travail du sol » explique Jean-Luc Forrler. En remettant en route la vie du sol, on dépend moins de l’engrais. La biodiversité revient, chaque parasite à plus de dix auxiliaires qui régulent la population d’insectes, on utilise moins d’insecticides et de fongicides, on gagne en autonomie. On assiste au phénomène de fatigue des sols, il y a moins de fertilité et de rendement et l’azote est de plus en plus cher, il faut donc restaurer la fertilité biologique.

Régénérer les sols

Un nouveau système de production est à mettre en place, il ne faut jamais laisser un sol nu, il doit être couvert avec du trèfle par exemple, mais il faut le détruire avant la culture de printemps. La porosité biologique va se mettre en route au bout de trois ans (si on arrête le labour): à partir de la quatrième année, il n’y aura plus besoin de faire du resemis de cultures intermédiaires. Des couverts permanents pourront prendre le relais. « Il faut créer une biodiversité fonctionnelle, on ne désherbe plus les colzas et la mycotoxine n’existe plus en agriculture de conservation » explique Jean-Luc Forrler. Il faut plus de fleurs pour ramener les auxiliaires dans les champs. Un sol met trois ans pour se reconstruire, donc si on laboure, on repart de zéro. Le semis direct est à privilégier, il préserve les biotopes. La quantité de vers de terre est en relation avec la qualité de leur habitat et la quantité de nourriture. Le travail de la terre (charrue, décompacteur) et les sols nus réduisent de 80 % les populations de lombrics en trois ans. Pourtant ces dernièrs remplacent la charrue, ils font office d’herbicide et fertilisent le sol. Pour réussir l’agriculture de conservation, il faut faire revenir également les champignons et les bactéries car ils font remonter les matières minérales (potasse, phosphore) vers les racines des plantes. Le labour détruit l’habitat des vers de terre en sectionnant leurs galeries. Pour les nourrir, ils ont besoin de 5 tonnes de matières sèches par hectare chaque année. Les résidus de récolte couvrent déjà 3 tonnes, il est préférable de rajouter de la paille car elle rejette beaucoup de carbone (favorisant l’humus). Pour atteindre les 5 tonnes la présence de couverts à l’interculture est indispensable.

Mettre en place des intercultures.

Il est conseillé de supprimer les cultures à récoltes difficiles les premières années, on peut travailler ponctuellement à 3 ou 4 centimètres de profondeur. 

Il ne faut pas oublier de détruire le couvert pour les cultures de printemps et de mettre une couverture à chaque fois que c’est possible. Pendant la période de transition, il est préférable de semer deux fois par campagne la culture principale et le couvert pour l’interculture. L’objectif est de bâtir des rotations pour pouvoir faire des intercultures. Introduire des plantes compagnes est très important, la féverole possède deux gros avantages. Elle injecte trente fois plus de carbone dans le sol et c’est la seule plante qui produit du nectar sans avoir de fleurs. Elle attire ainsi les auxiliaires qui vont détruire les pucerons. La rotation et les couverts efficaces (les légumineuses, les plantes étouffantes, le lin qui limite le développement racinaire des adventices) permettent une stabilité structurale des terres. Un couvert doit être bien semé pour éviter les trous, sinon le sol devient trop acide. « L’objectif est de régulariser la récolte, la simplicité marche, il faut prendre des espèces qui poussent dans nos sols » affirme Jean-Luc Forrler. La présence de champignons est importante, ils décomposent la lignine des plantes (nécessaire au cycle de l’humus) et ils régulent les populations nuisibles aux cultures. Les crucifères et les chénopodiacées sont à bannir, ils détruisent le potentiel de mycorhization (symbiose champignon-racine). Il est important de bien réussir la période de transition et de limiter les cultures salissantes. Avant de commencer l’agriculture de conservation, il faut être attentif au pH du sol et le corriger si nécessaire, ensuite il ne changera plus. Puis il faut se débarrasser des adventices difficiles, ne pas semer d’orge d’hiver ou de maïs les premières années et surtout bien respecter les principes de fonctionnement de l’agriculture de conservation.

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