L’Américain Monsanto lance une offre d’achat à 45 milliards de dollars sur le groupe suisse Syngenta

Crédit-Agricole-Sa – Service Agriculture et Agroalimentaire

L’Américain Monsanto lance une offre d’achat à 45 milliards de dollars sur le groupe suisse Syngenta

Les actionnaires de Syngenta, issu de la fusion des activités agrochimiques de Novartis et AstraZeneca, ont rejeté la proposition de Monsanto en arguant d’un prix inadéquat, et en mettant en avant le risque de voir cette opération bloquée par les autorités de la concurrence. Monsanto, pour essayer de l’emporter, propose le versement de 2 Mds $ d’indemnités en cas d’échec de l’opération qui serait dû aux autorités de la concurrence. Syngenta annonce qu’il ne cédera pas à moins d’une indemnité de 10 % du prix d’achat, soit près de 4,5 Mds $.

Commentaire

Monsanto (CA : 15,9 Mds $) s’intéresse de longue date à son rival Syngenta (CA : 15,1 Mds $). En effet, le groupe américain, premier producteur mondial de semences (25 % du marché mondial), en opérant un regroupement avec Syngenta, premier fabricant mondial d’herbicides, d’insecticides et de fongicides et troisième producteur mondial de semences (8 % du marché mondial), créerait un leader mondial des semences et phytosanitaires. Ce rapprochement lui permettrait également de se renforcer en Europe et de procéder à une « taxe inversion ». Cette opération consiste pour une société américaine à transférer son siège dans un pays moins taxé (il serait question en l’occurrence du Royaume-Uni), ce que le Trésor étasunien cherche désormais à limiter. Dans des domaines où la recherche est fondamentale, mais coûteuse, le regroupement de deux géants du secteur permet de substantielles économies d’échelle. Ainsi, s’il voyait le jour, ce nouveau groupe pèserait 31 Mds $ de CA. Cependant, Syngenta oppose une forte résistance afin de conserver son indépendance, et sa spécificité. De fait, le rapprochement ne pourrait se faire sans accepter d’importantes concessions. Dans cette perspective, Monsanto se dit prêt à toiletter le portefeuille des deux entreprises pour obtenir le feu vert de la concurrence, en privilégiant les pesticides, principale activité de Syngenta, alors que la chimie représente actuellement moins d’un tiers de celles de Monsanto. Il s’est ainsi engagé à :

❙ céder toute l’activité semencière de Syngenta et ses traits OGM, une branche qui représente près de 21 % des ventes, soit 3 milliards de dollars. Les investisseurs estiment son prix à 8 Mds $, et citent BASF comme potentiel acheteur.

❙ céder certaines activités herbicides redondantes entre les deux entreprises. Monsanto, qui vend un désherbant très connu, le glyphosate, sous la marque Roundup, serait prêt à vendre le produit similaire dans la gamme de Syngenta. Si elle se concrétise, la fusion de Monsanto et Syngenta serait la plus importante jamais réalisée par un groupe américain sur une société européenne. Mais elle pourrait aussi se heurter à une opposition forte de l’opinion publique. Après de nombreuses autres actions ces dernières années, une marche contre Monsanto vient encore d’être organisée dans le monde entier en mai 2015, pour dénoncer la mainmise de l’Américain sur l’agriculture mondiale. Le glyphosate a pour sa part été classé en mars dernier cancérigène « probable chez l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer. Monsanto vient de lancer une opération de promotion de son image en France. Celle-ci est son marché le plus important dans la zone Europe, Moyen Orient, Afrique, qui ne représente toutefois que 13 % de son activité globale. Sa filiale française principale est Dekalb. D’un côté comme de l’autre, après des années de convoitises, la partie reste ouverte, avec un pronostic de l’ordre de 50 % pour le succès ou l’échec de l’opération.

 

Source : Prisme -  note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire – n° 09 – Juin 2015

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires