L’économie rurale est une “diva nombriliste”

Renaud Saint-André

L’économie rurale est une “diva nombriliste”
Pour Jean-Marie Séronie, ingénieur agronome, les territoires ruraux comme le Cantal, doivent miser sur la silver-économie. - R.Saint-André

Jean-Marie Séronie, consultant de CER France Cantal, invite les acteurs économiques ruraux à “être moins égocentrés”.

Invité de l’assemblée générale du CER France Cantal le 25 mars, Jean-Marie Séronie (1) n’a pas hésité à réveiller les consciences. À l’image de son dernier livre au titre un rien provoquant - “L’agriculture française : une diva à réveiller ?” - l’ingénieur agronome qui est aussi expert comptable(1), souligne combien le monde rural en général, et agricole en particulier, est “inquiet, alors même que des perspectives qui s’ouvrent sont très favorables”. “Comme une diva, il est brillant, se regarde le nombril sans se soucier de son environnement et finit par être décalé, voire disparaître”, lance le consultant. “Pourtant, la demande mondiale ne cesse de croître. Et c’est dans ce contexte qu’il faut s’inscrire, d’autant que nos filières agroalimentaires ont d’énormes atouts en termes de performances. Et même si c’est moins vrai dans un axe transversal qui traverse le Cantal, les territoires ruraux n’ont jamais été autant peuplés ! D’ailleurs, si on parle tant de circuits courts, c’est précisément parce qu’il y a de plus en plus de consommateurs à proximité de nos lieux de production.” 

Changer de modèles 

“Votre département est attractif, mais il est pénalisé par l’âge moyen. Il faut retourner cette situation en atout, en misant sur la silver-économie(2), d’autant que les jeunes retraités qui s’installent sont des consommateurs plutôt aisés. Et puis, la révolution numérique, dans laquelle vos territoires sont bien engagés, fait qu’on peut envisager la même activité dans un village rural que dans le XVIIe arrondissement de Paris”, analyse-t-il. Quant à sa démonstration dans le domaine purement agricole, elle s’appuie sur les deux principales filières agroalimentaires du Cantal : la viande bovine et le lait. “Les éleveurs cantaliens s’accrochent à un modèle révolu : l’export de maigre vers l’Italie, qui se fournit par ailleurs ; il faut arrêter d’attendre. Il vaudrait mieux ouvrir le dialogue avec les grandes enseignes de distribution, qui sont demandeuses de viande finie !”, remarque Jean-Marie Séronie, en approuvant une démarche comme celle des salers primeurs.

Il est tout aussi sévère avec la production laitière et sa transformation fromagère. “L’AOP ne fait pas tout... Il faut aussi penser en termes de marques, d’organisation, etc. C’est le modèle du comté ou du beaufort qui marche, contrairement au cantal”, constate le spécialiste de l’économie. Et de livrer un conseil simple aux adhérents du CER France Cantal : “Il fait regarder le monde tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit.”

(1) Ancien salarié du CER France, il dirige depuis 20 ans un organisme de conseil à Bayeux.

(2) Économie transversale, basée sur l’accueil de personnes âgées, génératrice d’emplois pour les jeunes et prônée par le président de Région, René Souchon.

 

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