L’élevage, c’est maintenant

Jean-Philippe Arnaud

Le torchon brûle entre éleveurs et grande distribution, les panneaux et chariots aussi…
Le torchon brûle entre éleveurs et grande distribution, les panneaux et chariots aussi…

250 agriculteurs et trente tracteurs étaient présents devant les grilles de la préfecture le 11 avril dernier, pour manifester leur mécontentement face à l’immobilisme de l’État et au comportement de la grande distribution qui refuse de répercuter la hausse des prix à la production.

La pailleuse entre en action : en quelques secondes, la préfecture est recouverte de plumes.

Affluant de tous les coins du département, une majorité d’éleveurs, toutes productions confondues, et quelques producteurs de grandes cultures, venus témoigner leur soutien, ont pris leurs quartiers devant les grilles de la préfecture le 11 avril dernier, vers 20 h 30, à l’appel de la FNSEA 44 et de JA 44. 250 agriculteurs accompagnés de trente tracteurs dans le cœur de Nantes un jeudi soir, cela ne passe pas inaperçu. Leurs cibles : un État désespérément figé et une grande distribution toute puissante. Leur message : reconnaître l’élevage à sa juste valeur, en tant que cause nationale pour le redressement productif de la France.

Dernier recours

Des chariots et des panneaux publicitaires de grandes surfaces ont ainsi été disposés devant la préfecture, tapissant les grilles et l’entrée du bâtiment. Un feu de palettes et de branchages a aussi éclairé la rue toute la soirée, servant surtout d’exutoire à des producteurs excédés. « Une manifestation est toujours décidée en dernier recours », explique aux manifestants, Alain Bernier, président de la FNSEA 44, juché sur le marchepied d’un tracteur. « Depuis plusieurs mois, nous négocions avec la grande distribution pour obtenir des hausses de prix dans toutes les productions, nécessaires au regard des charges de nos élevages qui ne cessent d’augmenter. Mais quand nos interlocuteurs ne daignent pas nous écouter, il faut taper du poing sur la table ». Autant dire que la table a tremblé, vue l’importance de la mobilisation, en Loire-Atlantique mais aussi sur tout le territoire national. L’État et les enseignes de distribution ne peuvent plus ignorer les quelque 15 000 éleveurs qui ont conduit ces actions les 11 et 12 avril. « Et pendant ce temps, notre ministre nous rabâche qu’il faut produire autrement, en proposant un système basé sur l’agro-écologie. Nous en avons assez de ces réflexions et de ces décisions qui naissent dans l’esprit déconnecté de bureaux parisiens. Nous ne voulons pas de cette "agro-ESCROlogie" : nous, nous voulons vendre autrement ».

Des revendications dans toutes les productions

Les responsables syndicaux des différentes productions ont par ailleurs pris la parole, pour expliquer la situation dans chacune des filières. Pour le porc, Frédéric Bossard, en charge du dossier à la FNSEA 44, rappelle que « les discussions interprofessionnelles porcines font actuellement face à un blocage sur la question d’étiquetage de l’origine des produits issus du porc ». Aussi, les éleveurs, sous l’égide de la Fédération nationale porcine (FNP), veulent continuer à « maintenir la pression syndicale envers la FICT (Fédération française des industriels charcutiers traiteurs, NDLR) qui reste opposée à la mention d’origine nationale des produits ». En lapin aussi, la situation est toujours tendue, d’autant plus que la non-répercussion des hausses de charges sur les prix de vente est aggravée par une consommation en berne. « Mangez du lapin », exhorte Benoît Bigeard, responsable du dossier pour la FNSEA 44. « La production laitière n’est pas encore intégrée dans les indicateurs relatifs à l’accord du 3 mai 2011 », s’emporte quant à lui Christophe Sablé, président de la FDPL 44. « Nous ne pouvons donc pas prétendre à une ouverture de négociations encadrées, comme le prévoit l’accord. Il faut pourtant savoir que la répercussion sur le prix à la consommation des 30 euros par 1 000 litres de charges supplémentaires supportées sur l’année 2012, que nous demandons, se traduirait par 2 centimes d’euros en plus pour un litre de lait UHT ou 6 centimes pour 200 g d’emmental râpé ». Ce calcul prouve à lui seul l’innocuité pour le panier de la ménagère, ce qui serait pourtant de nature à rassurer les Pouvoirs publics ou les défenseurs du pouvoir d’achat, comme aime à se définir la grande distribution.

Non aux mesurettes

De retour de la rencontre avec le préfet (voir encadré), François Guyot, président de JA 44, rappelle qu’il faut « donner aux éleveurs des raisons de ne pas baisser les bras. L’installation dans le secteur de l’élevage est perturbée par une conjoncture sans cesse changeante : pour continuer à avoir des jeunes éleveurs présents sur le territoire, il est urgent d’agir ». Les mesurettes de soutien aux éleveurs annoncées fièrement par le ministre de l’Agriculture sont dans le collimateur. « Ne donnez pas des enveloppes de saupoudrage alors que, dans le même temps, vous mettez en place une taxe sur le transport routier qui nous sera répercutée » !

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