L’heure du choix

Jean-Philippe Arnaud

Les responsables JA et FNSEA 44 ont remis un message clair aux représentants de l’État : « Il est impératif de stopper le rythme de consommation des espaces agricoles ».
Les responsables JA et FNSEA 44 ont remis un message clair aux représentants de l’État : « Il est impératif de stopper le rythme de consommation des espaces agricoles ».

À l’occasion de la semaine du foncier organisée par Jeunes Agriculteurs à l’échelle nationale, JA 44, qui s’est adjoint le soutien de la FNSEA 44, a organisé une action symbolique mercredi 16 novembre.

82 000 ha de terres agricoles sont perdus cha­que année, en France. En réduisant l’échelle de temps, cela équivaut à 26 m² par seconde. Et pour être encore plus parlant, cela représente, en culture de blé, l'équivalent de 59 baguettes de pain. Perdre du foncier, c’est tirer un trait sur l’alimentation, mission première de l’agriculture. Le 16 novembre, JA 44 et la FNSEA 44 ont matérialisé ce constat alarmant en étalant 26 m² de terres Cour des 50 otages à Nantes et en se munissant de baguettes de pain. Grâce aux tracts et affiches distribués aux passants, le message était clair : manger ou construire, il faut choisir.

À la croisée des chemins

« Il est impératif de stopper le rythme de consommation des espaces agricoles ». C’est l’avertissement qu’a porté François Guyot, président de JA 44, accompagné de Christophe Labour, secrétaire général de la FNSEA 44, et de Mickaël Mary, responsable foncier de JA 44, lors d’une entrevue avec Patrick Lapouze, directeur de cabinet du Préfet, et Pierre Papadopoulos, directeur ad­joint de la DDTM. « Nous, agriculteurs, sommes fiers de nourrir la population et nous le faisons par vocation », souligne le président du syndicat jeune. « Si les choses n’évoluent pas, nous ne serons plus que des citoyens atypiques, s’obstinant à vivre de seulement quelques hectares. Comme pour le reste de la population, nous serons condamnés à consommer des produits venus de l’autre bout de la planète, dont les normes sanitaires seront bien loin des attentes sociétales. En revanche, nous serons pourvus de beaux aéroports et de grandes zones arborées. Nous sommes à la croisée des chemins : manger ou construire, il faut choisir ».

Les espaces agricoles : un vivier sans fond

En Loire-Atlantique, 6 250 hectares ont disparu, soit 1 250 ha par an, entre 1999 et 2004, sachant que le rythme s’accélère ces dernières années, en raison d’une démographie galopante. C'est l'équivalent d’une vingtaine d’exploitations agricoles par an. « Le plus souvent, cette disparition se fait en silence », constate Mickaël Mary. « Les projets de grande envergure qui monopolisent parfois l’attention du grand public, comme l’aéroport de Notre Dame des Landes, sont la face émergée de l’iceberg. À chaque fois qu’il y a de nouveaux aménagements, on pioche dans le foncier agricole, c’est un vivier sans fond. Les agriculteurs n’entrent pas dans le bureau des élus locaux ou des représentants de l’État pour prendre une feuille de papier ou un crayon. Pourquoi vient-on prélever le principal outil de travail des agriculteurs ? Prélever du foncier agricole, c'est comme enlever son véhicule à un chauffeur de taxi ou son bateau à un marin pêcheur. Comment résoudre l’équation entre besoins alimentaires, attentes sociétales et préservation des surfaces agricoles ? ».

Quelles solutions ?

Souvent, ce sont les bonnes terres qui sont prises par les projets d’aménagement. « Une exploitation agricole est un outil économique qui doit être sécurisé, on ne peut pas y prélever des composantes au prétexte d’un besoin urgent de surface », renchérissent les représentants de JA 44 et de la FNSEA 44. « Il faut faire valoir les intérêts agronomiques et économiques avant d’envisager des mesures de consommation du foncier ou des mesures de compensation. Privilégier les friches industrielles et les friches existantes en les réhabilitant est une alternative évidente ».
Les trois responsables syndicaux ont par ailleurs insisté sur l’importance de la charte sur la prise en compte de l'agriculture dans l'aménagement du territoire, actuellement en phase de finalisation. Elle rassemblera l'État, le conseil général, l'Association des mai­res et la chambre d'agriculture de Loire-Atlantique autour d'engagements communs, notamment pour la préservation du foncier.
Dernier point de revendication : les compensations environnementales, une composante de la doctrine « Éviter, réduire, compenser » (ERC) qui s'applique en cas de projets ayant des effets négatifs notables sur l'environnement. Il s'agit dans un premier temps d'éviter le préjudice écologique, de ré­duire le préjudice puis, pour ce qui ne peut être réduit, de compenser les impacts résiduels par la création de zones humides ou d’habitats pour la faune et la flore. « Il y a un véritable gaspillage à cause de ces mesures compensatoires », dénonce Christophe Labour. « C’est une double-peine pour l’agriculture », complète le président de JA 44. « Le gain écologique doit être systématiquement recherché dans les mesures de compensation : pourquoi ne recherche-t-on jamais un gain agricole ? Le risque est de se retrouver dans une situation d’extensification excessive et, par conséquent, de course au foncier, avec ce que cela implique en termes de perte de compétitivité et de disparition de l’activité ». Nul doute que la problématique foncière sera au cœur des enjeux de société à très courte échéance. Cons­truire, on peut le gérer. Manger, on ne peut s’en passer.

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