L’innovation et la technologie sont dans les gènes…

Conseil National CERFRANCE POSTEC

L’innovation et la technologie sont dans les gènes…

De l’invention de la charrue aux systèmes d’aides à la fertilisation, le monde agricole a toujours aimé être à la pointe de l’innovation. Pourtant, ces technologies ne doivent pas faire oublier qu’il reste des espaces d’innovation souvent moins visibles mais plus efficaces sur la performance économique

L’innovation et la technologie sont dans les gènes…

Le secteur agricole est caractérisé par une forte intensité en innovation technologique, notamment depuis la fin des années soixante, que ce soit sur le machinisme, la génétique animale ou végétale... Mais le métier d’agriculteur a toujours été un métier d’amélioration en continu et d’adaptation des outils et des savoir-faire. La charrue a été inventée vers l’an mille, les grands agronomes ont diffuse les premiers traites d’agriculture aux 18eme et 19eme siècles. Les agriculteurs en biologie se réfèrent aujourd’hui aux travaux d’Howard ou de Steiner au début du 20eme. Les innovations ont été souvent des incrémentations d’améliorations culturales ou de génétique animale, elles conduisaient aussi à des ruptures dans les choix techniques, ce qui entrainait souvent une querelle entre anciens et modernes, entre père et fils. Leurs acceptations étaient liées au processus de diffusions. C’est en cela que les 50 dernières années sont déterminantes. Les institutions politiques et professionnelles ont organise l’essaimage des innovations par la vulgarisation, à travers le conseil technique ou l’émergence de groupe d’agriculteurs (GDA). On vit actuellement une accélération de la diffusion des innovations, qui touche tous les axes du fonctionnement de l’exploitation agricole.

L’innovation et la technologie sont dans les gènes…

Un état d’esprit moderniste

Les agriculteurs sont d’excellents récepteurs à la nouveauté. Contrairement ce que l’opinion extérieure au milieu agricole peut penser, c’est certainement dans ce métier que la résistance aux changements technologiques est la plus faible. Nombre de professions s’arc-boutent sur leurs habitudes en affichant une vraie opposition aux évolutions et considèrent les avancées technologiques comme une remise en cause de leurs compétences. En agriculture, investir dans le dernier tracteur ou la salle de traite performante est vu non seulement comme une amélioration des performances productives, mais aussi comme une reconnaissance pour les agriculteurs de leurs compétences.   On peut même penser que le regard extérieur des collègues ou des voisins encourage parfois les décisions d’investissements, avec les dérives que l’on observe. Certains choix ne sont pas en concordance avec les besoins réels de l’exploitation, ou bien le désir d’acquérir un matériel dernier cri n’est pas économiquement rentabilisable. Il n’en demeure pas moins que l’état d’esprit des agriculteurs est moderniste.

L’innovation et la technologie sont dans les gènes…

La campagne est devenue high-tech

Rappelons-nous la gourmandise avec laquelle les agriculteurs ont intègre les outils informatiques dans leurs fermes, notamment la comptabilité ou le suivi des troupeaux. En 1990-91 par exemple, plus de la moitié des adhérents des CERFRANCE du Poitou-Charentes saisissaient leurs pièces comptables informatiquement, grâce à la mise à disposition d’ordinateurs.

En 2013, la totalité des fermes sont équipées, connectées à internet. L’informatique est embarquée dans les tracteurs, au cou des vaches, bref, la campagne est devenue high tech et reliée au monde entier. La généralisation du téléphone portable et aujourd’hui des outils ultra communicants comme les smartphones complètent la panoplie de l’ère de la communication globale. Ces technologies accompagnent les agriculteurs dans le pilotage de leurs entreprises, accélèrent la transmission de l’information, gardent le contact avec les associes, la famille, les partenaires. La diminution du nombre d’agriculteurs dans la campagne modifie les modes de communication. La relation directe, a vue d’oeil, est remplacée par une relation à distance, mais le contact oral reste ; on se parle, sans se voir.

Moins d’agriculteurs sur la ferme, c’est moins d’observation. Les innovations sont souvent des outils d’aide à la décision, qui permettent aux exploitants d’obtenir, de mémoriser, d’enregistrer le comportement des animaux dans les bâtiments, leur ration alimentaire, la détection des dysfonctionnements dans l’élevage, ou l’ensemble des interventions sur les cultures, du semis a la récolte.

Le futur de l’agriculture va se nicher dans la sélection génomique en élevage, dans la régulation biologique en grandes cultures, avec des interventions basées sur la télédétection et la prévention.

Pour une innovation dans les performances économiques

Pourtant, ces technologies ne doivent pas faire oublier qu’il reste des espaces d’innovation souvent moins visibles mais plus efficaces sur la performance économique. La première innovation est celle qui touche à la productivité du travail, que l’on appelle innovation organisationnelle. Dans ce milieu très indépendant, la codification des taches, l’efficience du temps travaille, le rapport entre temps de travail et performance économique ont été peu étudies. En clair, les innovations ont plus porte sur les moyens de production que sur l’acte de production réalise par le producteur. 

Les analyses des derniers travaux des CERFRANCE sur les résultats économiques par système de production en témoignent. Jusqu’au milieu des années 1990, les écarts de revenu par unité de main d’œuvre s’expliquaient par des moyens de production supérieurs (plus de vaches, plus de lait, plus d’hectares de céréales…) et des conditions agronomiques plus favorables.

Vingt ans plus tard, le revenu par travailleur dans les exploitations céréalières du Poitou-Charentes va de 5 734 € à 50 605 €, alors que les surfaces cultivées par travailleur évoluent dans le même temps de 96 ha à 135 ha. Les inégalités de revenu se creusent alors que les moyens de production sont plus homogènes.

L’innovation et la technologie sont dans les gènes…

Des outils au service d’un projet

C’est donc la compétence, le métier, l’efficience et l’organisation qui font toute la différence. Un sujet brulant pour la profession agricole ! Et pour les chercheurs, les conseillers techniques, de gestion et tous ceux qui sont en charge de la transmission des savoir-faire en agriculture. La plus grande distorsion entre agriculteurs aujourd’hui est d’abord dans l’acquisition de nouveaux savoir-faire et l’accès à l’innovation organisationnelle. Les innovations du futur seront des atouts pour les néo-agriculteurs, à condition qu’elles restent des outils au service d’un projet, et non un projet pilote par la technologie. 

Source CERFRANCE : Jacques Mathé, économiste - GERER POUR GAGNER - n° 39 Octobre 2015

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires