L’UE donne des moyens à la montagne

Propos Recueillis par Patricia Olivieri

Si c’est d’abord la déception qui prime, la FDSEA place ses espoirs dans la porte ouverte par l’UE d’un soutien majoré aux ICHN.

Êtes-vous satisfait de l’accord européen sur la Pac intervenu la semaine dernière ?
Patrick Bénézit, président de la FDSEA : “L’Europe n’a pas pris la mesure des difficultés de l’élevage. Nous demandions une solution simple pour favoriser l’élevage : la mise en place d’un “DPU fourrages” (NDLR : soutien découplé) spécifique et dinstinct des autres DPU, mais le règlement issu du compromis du 26 juin ne le permet pas. Le second problème porte sur les mécanismes de gestion des marchés : même s’il y a eu une bonne réflexion du Parlement européen avec des outils liés aux coûts de production, les évolutions actées la semaine dernière ne sont pas satisfaisantes, loin s’en faut, pour permettre un réel soutien au prix des productions. Enfin, ce qui n’est pas du tout favorable à nos régions, c’est le fait que le règlement prévoit que dans le cadre de la future Pac, c’est-à-dire de 2014 à 2020, nous allons devoir conserver 95 % de nos prairies naturelles. C’est une contrainte qui repose très spécifiquement sur nos zones difficiles de montagne et qui va handicaper les éleveurs cantaliens dans leur tentative d’adaptation au changement climatique, d’autonomie fourragère... Concrètement, c’est le Massif central et les autres massifs français qui vont servir de caution verte à la France et à l’Union européenne.”

L’accord du 26 juin permet un relèvement substantiel du plafond des ICHN.

Qu’est-ce qui peut encore évoluer dans le bon sens dans le cadre des négociations franco-françaises à venir ?

P. B. : “Les volumes financiers alloués au couplage des aides. Bien que ce couplage ait été reconnu officiellement par cet accord, les montants programmés ne sont pas suffisants et manquent d’ambition. C’est un poil de plus que ce qu’on connaissait mais il va falloir faire mieux, que ce soit pour augmenter le soutien à la production laitière de montagne, aux ovins, à la nouvelle PMTVA (prime à la vache allaitante) qui doit atteindre 250 € avec un maintien de la part nationale, ainsi que pour instaurer une aide à la production porcine en montagne. En l’état, cette dernière ne fait pas partie de la liste européenne éligible mais il semble possible, au travers d’une ligne du règlement, de la soutenir. Dans tous les cas, il faut maintenant que le ministre porte le volant de couplage à son maximum.”

Stéphane Le Foll s’est félicité d’une mesure forte en faveur des zones défavorisées, dont la montagne, qu’en est-il ?

P. B. : “C’est l’élément véritablement positif de cet accord : comme nous le demandions, Parlement, Conseil et Commission ont entériné la possibilité d’accroître fortement les compensations de handicaps naturels en relevant les plafonds des ICHN en zones de montagne et défavorisées à 450 €/ha. Pour mémoire, actuellement, nous sommes à 150 €/ha sur un plafond de 50 ha. C’est véritablement la seule voie pour orienter les soutiens de la future Pac vers l’élevage. Encore faut-il que le ministre et les pouvoirs publics appliquent en France ce qu’ils ont obtenu à Bruxelles. C’est notre revendication majeure dans le cadre des discussions franco-françaises qui vont s’ouvrir au second semestre. Cette revendication est pleinement légitime du fait d’une double peine que subissent nos zones : des coûts de production qui ont augmenté davantage encore ici, comme le prouvent d’ailleurs les chiffres des revenus agricoles, et une contrainte administrative qu’on vient nous imposer, celle de garder 95 % des prairies permanentes, contrainte qui vient s’ajouter à nos contraintes naturelles.”

(1) Indemnité compensatoire de handicaps naturels.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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