La coordination agro-cynégétique comme parade au blaireau

Patricia Olivieri

Un protocole départemental signé le 10 juillet entre représentants des agriculteurs, chasseurs, piégeurs, préfecture pour améliorer la régulation du blaireau.

 Chasseurs, agriculteurs, piégeurs, équipages de vénerie et lieutenants de louveterie associés à ce protocole aux côtés du préfet.

Nonobstant son surnom peu flatteur, le blaireau, le plus gros mustélidé présent en France, est a priori un animal sympathique. A priori seulement. Sans prédateur dans la chaîne alimentaire, l’espèce - dont les mâles peuvent afficher jusqu’à 20 kg sur la balance - suscite aujourd’hui l’exaspération dans le monde agricole cantalien de par les dégâts croissants aux cultures qu’elle provoque (sur céréales et maïs ensilage en particulier) mais aussi par les risques générés par l’effondrement des terriers dans les parcelles lors de passage d’engins agricoles. Des dégâts qui ne peuvent être indemnisés. S’y rajoutent des risques pour la sécurité publique, le blaireau ayant aussi la farcheuse tendance à détériorer routes, voies de chemin de fer ou encore digues. Si l’estimation des effectifs présents est quasi impossible(1), l’animal ayant une activité nocturne, le constat est partagé par les agriculteurs, les chasseurs, les piégeurs et même l’administration : les dégâts sont en recrudescence comme le montre un nombre de demandes d’intervention administrative multiplié par quatre entre 2010 et 2012.

Réguler pas éradiquer

La régulation de l’espèce réclamée depuis de nombreux mois par la profession agricole s’est heurtée jusqu’alors à un obstacle de taille : le blaireau bénéficie d’un statut particulier, figurant à l’annexe III de la convention de Berne. L’animal ne peut être classé dans la liste des espèces nuisibles et ne peut donc être piégé. Il est chassable par chasse à tir (en période de chasse), une méthode en pratique impossible, la chasse de nuit étant interdite (chasse crépusculaire autorisée). Reste la chasse par vénerie sous terre du 15 mai au 15 janvier par des équipages agréés (une trentaine dans le département). Et dans certains cas, le recours à des interventions administratives.  Des mesures jugées insuffisantes et insuffisamment connues par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs à qui l’on doit l’initiative d’un groupe de travail départemental sur la question et sous l’égide du préfet. Une commission qui a eu le mérite d’associer à la réflexion toutes les parties prenantes : Chambre d’agriculture, Fédération des chasseurs (FDC), Association des lieutenants de louveterie, Association des piégeurs et gardes particuliers, Association des équipages de vénerie sous terre Cantal, DDT, DDCSPP et ONCFS. Une réflexion qui a abouti à une première(2), le 10 juillet : la signature d’un protocole visant à optimiser l’efficacité de la régulation de l’espèce via une organisation concertée des interventions en fonction des périodes de l’année et une meilleure communication (lire ci-dessous). “Ce protocole ne va pas au-delà de la réglementation actuelle mais on invente une meilleure manière de la mettre en œuvre”, a fait valoir Christian Siebert, DDT. “Il faut maintenant passer à l’action et faire connaître ce protocole”, a abondé le préfet Combe, soulignant qu’il s’agissait de “maintenir un niveau de population acceptable par tous, en aucun cas d’éradiquer l’espèce”. Affiché en mairie, ce protocole fera l’objet d’un suivi et d’un bilan annuels (nombre de demandes de piégeages et captures réalisées par les équipages, compte-rendus de ces opérations...). S’il n’empêchera, à l’évidence, tout dégât, ce dispositif se donne en tout cas les moyens d’une régulation plus performante. (1) 400 individus au tableau de chasse cette année.

(2) A priori seule la Corrèze s’est dotée d’un pareil dispositif.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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