La Coordination rurale en ordre de bataille pour que soit reconnue l’exception « agriculturelle »

Lise Monteillet

La Coordination rurale en ordre de bataille pour que soit reconnue l’exception « agriculturelle »
À gauche : Bernard Lannes, président de la Coordination rurale.

Bernard Lannes vient de renouveler son mandat à la tête de la Coordination rurale pour trois ans. Son objectif : soustraire l’agriculture aux règles de l’OMC, afin de réguler le marché.

Bernard Lannes, réélu président de la Coordination rurale pour trois ans, souhaite « instituer une exception agriculturelle » afin de soustraire l’agriculture « aux règles destructrices de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)». Il s’est ainsi exprimé devant un parterre de 700 agriculteurs réunis en congrès à Tours, et parés, pour l’occasion, d’une écharpe jaune et noire.

Dans un manifeste, qui sera mis à profit lors des élections présidentielles, le syndicat exhorte à « protéger le marché agricole européen » et à « instaurer de réels outils de régulation ». La Coordination rurale, qui se revendique comme un mouvement apolitique, entend profiter des prochaines échéances électorales pour « rencontrer tous les candidats potentiels ». Son souhait : s’orienter vers un « protectionnisme éclairé » en visant l’autonomie alimentaire et stopper les accords de libre-échange.

Lors de son discours de clôture, Bernard Lannes est également revenu sur cette année 2016/2017 qui risque « d’être fatale » pour de nombreux agriculteurs. Selon le président, 10.000 agriculteurs sont sur le point de déposer le bilan. Il estime que le plan de refinancement « Beulin / Valls (…) nous laisse nous endetter pour minimum cinq années, sans aucune garantie de retour à des prix rémunérateurs ». La Coordination rurale souhaitait plutôt « une aide d’urgence de 500 €/ hectare ».  Par ailleurs, le syndicat juge inacceptable que l'aide à la reconversion soit versée sous condition de renoncer définitivement à l’agriculture.

Réconcilier l'agriculture et la société

salle congres coordination rurale

Plusieurs intervenants sont venus enrichir les débats lors de ce congrès, à commencer par Sylvie Brunel, géographe et écrivain. « Mais qu’est ce qui se passe dans cette société française qui conspue les agriculteurs ? » questionne-elle, sous les applaudissements nourris de la salle.  « Nos concitoyens ont oublié le temps de l’orange à Noël, des tickets de rationnement (…) Il faut rendre à l’agriculteur sa dignité, la reconnaissance du travail qu’il effectue au service de la société », insiste-t-elle.

C’était ensuite au tour de Jean-Pierre Digard, membre de l’académie d’agriculture, de dénoncer la « dysneylandisation des animaux » et la « radicalisation » des associations de protection animale. « Il n’existe aucune raison objective de favoriser la posture des animalistes qui a déjà trop progressé, compte tenu de son caractère ultra minoritaire et de ses mensonges éhontés », déclare-t-il. Face aux associations de protection animale, il appelle les agriculteurs « à ne pas se laisser impressionner », car « toute concession qui leur est faite est utilisée comme un tremplin pour en demander toujours plus ». L’académicien, comme Sylvie Brunel, conseille aux producteurs « d’ouvrir les portes des élevages » et d’expliquer leur métier autour d’eux.

Une autre gouvernance des coopératives

Le mode de gouvernance des coopératives agricole est aussi dans le viseur de la Coordination rurale. Selon le chercheur Xavier Hollandts, «on a une vraie problématique de structuration des filières et de répartition de la valeur dans les filières (…). Les paysans n’ont jamais été autant en difficulté, alors que les coopératives n’ont jamais été aussi grosses et puissantes ». Il regrette que les agriculteurs aient « perdu le pouvoir et la capacité d’orienter le fonctionnement des coopératives agricoles » et appelle les producteurs à se battre pour mettre en place « un code de bonnes pratiques et une instance d’évaluation ». Pour Bernard Lannes, il est donc urgent que le syndicalisme regagne sa « place » au sein du Haut conseil de la coopération agricole, afin de « retrouver de la démocratie dans certaines coopératives qui ne sont plus gérées par leurs adhérents ».

 

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