La grande distribution invitée sur le terrain des AOP d’Auvergne

P.Olivieri

La grande distribution invitée sur le terrain des AOP d’Auvergne
Une matinée sur les hauteurs de Thiézac pour faire toucher du doigt les conditions spécifiques de production des appellations. - P.O

Les producteurs des appellations fromagères d’Auvergne veulent convaincre les grands groupes de la distribution de la nécessité de maintenir stable le prix de vente de leurs AOP.

Chez la famille Navarro, le choix de l’appellation d’origine est une évidence, un engagement, presque un sacerdoce. “On  a fait le pari du lait, d’un lait démarqué”, affiche d’emblée Jean-François Navarro en 1998 au sein du Gaec familial en double troupeau. Une exploitation choisie fort à propos pour accueillir récemment des responsables et acheteurs du groupement Leclerc : le local de l’étape, Joseph Chauvet, patron du  centre Leclerc d’Aurillac, des responsables produits frais de la Socamil (centrale d’achat de 41 adhérents Leclerc du Sud-Ouest) et Catherine Garnier, responsable du marché produits frais au Galec (centrale d’achat nationale Leclerc). Il y a quatre ans, les allaitantes quittent les prairies de l’exploitation, qui s’étagent entre 800 et 1 100 mètres d’altitude sur les hauteurs de Thiézac. Pour améliorer leurs conditions de travail, Jean-François et sa mère Colette, qui continuent de traire six mois par an dehors, se spécialisent en lait avec l’ambition de développer leur quota et de miser sur l’AOP cantal pour dégager un revenu chacun.

S’extraire de la volatilité des marchés

Une ambition dont ils se donnent les moyens en visant une plus forte autonomie fourragère via un pâturage accru (sept mois sur douze). “Nos prim’hosteins, toutes nées sur l’exploitation, font en moyenne 6 000 à 6 500 litres, mais elle sont d’abord sélectionnées sur leurs aplombs pour pâturer sur nos pentes”, explique Jean-François Navarro, qui a également introduit quelques brunes des Alpes pour gagner en fromageabilité de son lait. Parallèlement, le Gaec investi dans une stabulation  de 60 places, opérationnelle  depuis un an. Sur 2014, les deux associés devraient bénéficier d’un prix du lait moyen autour de 375 euros /1 000 l. “Il nous faut au minimum ça pour tirer chacun un salaire et payer nos annuités. Pour nous, le prix du lait c’est  sacré,  car on n’a pratiquement aucun co-produit viande. Nous ne pouvons encaissser une trop forte variabilité du prix.”Et les Navarro ne sont pas les seuls à ne pouvoir envisager l’avenir sans une juste valorisation de leur lait AOP via un prix qui doit s’affranchir des aléas des marchés mondiaux, comme en témoignent la déprise laitière enregistrée sur la commune et le recul du nombre de producteurs engagés dans l’appellation cantal depuis la mise en place du nouveau cahier des charges de l’AOP : 2 218 producteurs enregistrés en 2010, contre 1 408 aujourd’hui(1). “Ceux qui restent sont des convaincus de l’AOP, mais notre souci est de ne plus en perdre”, a exposé Michel Lacoste, responsable des AOP fromagères au sein de la FRSEA  Massif central. L’ancien président du  Cif(2) a rappelé au passage les efforts conséquents réalisés ces dernières années en termes de qualité et promotion, mais aussi que les producteurs de ces appellations ont des revenus inférieurs en moyenne de moitié à leurs confrères des zones plus favorables(3).

Des intérêts liés

Alors, pour ne plus être des victimes collatérales de la volatilité des  produits laitiers sur les plateformes inter-nationales, avec le risque de déflation que fait de surcroît peser l’embargo russe actuel, les représentants des producteurs ont obtenu des entreprises début 2014 l’instauration d’un prix spécifique du lait AOP d’Auvergne. Un prix fixé en fonction de l’évolution du prix de ces fromages. “Ce prix, de 380 euros pour l’année en cours, est respecté par la quasi totalité des entreprises collecte et les fromagers, grâce à la bonne tenue des ventes”, précise Michel Lacoste. Se pose aujourd’hui la question de 2015. Aussi, à la veille de l’ouverture des négociations annuelles entre industriels  et  GMS,  FRSEA  et JA d’Auvergne ont souhaité sensibiliser sur le terrain les représentants des principaux groupes de la grande distribution à l’importance du maintien le prix des fromages AOP pour tenir celui du lait qui leur est destiné. “Nos intérêts sont liés”, ont rappelé les producteurs, faisant valoir l’attractivité d’un rayon fromage de qualité et diversifié pour les enseignes. Des intérêts communs dont semblent conscients les représentants Leclerc qui ont salué cette initiative. Si à ce stade aucun engagement n’est pris sur le prix des fromages, des pistes ont été avancées par Joseph Chauvet et les responsables produits frais présents, notamment celle d’une formation des fromagers et fromagères des magasins Leclerc sur les appellations auvergnates et leurs récentes évolutions. L’idée étant pour Joseph Chauvet de faire reculer la méconnaissance qu’en ont chefs de rayon et consommateurs dans certaines régions.

(1) En saint-nectaire, selon l’ISN, 40 % des exploitations seront non conformes au nou- veau cahier des charges au 1er janvier 2015 sielles ne réalisent pas d’importants investissements.

(2) Accompagné de Jean-Louis Bruel, Aurélien Piganiol et David Chauve (Puy-de- Dôme).

(2)   18 500 euros contre   42 200 euros pour   des exploitations lait et cultures de vente.

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