La noix de A à Z

JA Mag

La noix de A à Z

Spécialisés dans la production de noix de Grenoble, les frères Convert vont du plant au produit fini. Une stratégie qui leur a permis de profiter d’une conjoncture favorable à ce fruit sec.

Insectes et maladies

La noix de A à Z

« Les ravageurs, c’est comme les séries américaines, plaisante Bruno Convert. Il y en a un nouveau chaque année, et il est toujours plus méchant que le précédent ! » Comme tous les arboriculteurs, les nuciculteurs ont vu apparaître de nouveaux ravageurs ces dernières années. Dernier en date, la mouche du brou. Ses larves (15 à 30 par fruit) se nourrissent de cette enveloppe verte qui entoure la coquille. Elles tombent ensuite au sol où elles hivernent sous forme de pupes. Avec 300 œufs pondus par mouche, le potentiel d’infestation de cet insecte est tel, qu’il est classé en quarantaine (lutte obligatoire). Seul moyen de riposte : des insecticides, pulvérisés en fin de journée pour éviter les dommages collatéraux sur les abeilles. Apparu il y a cinq ans, ce nouveau ravageur est venu rejoindre une cohorte déjà bien fournie. Les cicadelles abîment les jeunes troncs, la bactériose et l’anthracnose s’attaquent aux bourgeons. En été, les larves de carpocapse se nourrissent des fruits. Autant de ravageurs contre lesquels les frères Convert utilisent des solutions “douces", comme la bouillie bordelaise ou la carpovirusine, autorisées en bio. «Si la nature peut se débrouiller toute seule, tant mieux ! », lance Gilles, soulagé de voir les coccinelles lutter à sa place contre les pucerons.

La noix, toute la noix, rien que la noix. c’est le credo des frères convert, trois nuciculteurs installés à L’albenc, en plein coeur du bassin historique de la noix de Grenoble. Sur la route de Valence, impossible de rater les vergers qui s’étirent le long de l’isère, sous la protection bienveillante du massif du Vercors. 7000ha de noyers s’épanouissent de la Savoie jusqu’à la Drôme, où ils ont remplacé les vignes détruites par le phylloxera. Une aoc protège leurs fruits depuis 1936.

Revenons à Gilles, Bruno, Luc… et leurs 45 ha de noyers. Une production qu’ils maîtrisent du plant au produit fini, 80 à 90 tonnes de fruits par an. Leur marque de fabrique ? Une large gamme de produits valorisés en vente directe : noix en coque, huile, apéritifs, vinaigre, etc. Les trois frères transforment et commercialisent 30% de leur production. Le reste est écoulé par une coopérative et deux négociants. «Sur les marchés, nous vendons 4,5€ le kilo de noix de gros calibre, détaille Luc, le benjamin et comptable du trio. Le même kilo est vendu 3€ au négoce.»

Grâce à cette stratégie, ils ont profité pleinement d’une conjoncture favorable. «Aujourd’hui, le prix du kilo de noix est le double de ce qu’il était en 2006», s’enthousiasme Gilles, l’aîné. Exportée à 60%, la production française de noix a profité d’un report des américains vers le marché chinois. Sans oublier une image de fruit naturel et riche en oméga 3, donc bénéfique pour la santé..

Ticket d’entrée élevé

En période de déclin des productions fruitières, les noyers progressent et sont devenus le deuxième verger de France. Bruno, le cadet des trois frères, attribue aussi ce succès à la mécanisation de la culture. Une évolution qui rend le secteur moins sensible au coût de la main-d’oeuvre.

Mais qui dit mécanisation, dit investissements lourds : 90 000€ pour une ramasseuse, 13000€ pour une tour de séchage et son générateur, etc. «C’est le premier poste des coûts de production», précise Luc. Le ticket d’entrée est élevé, à l’image du prix du foncier : 10 à 15000€ pour un ha de verger en production. Et il faut attendre 10 ans avant qu’un noyer entre en production. Malgré son image de produit brut, ce fruit sec est très travaillé avant d’arriver sur les étals. Etape cruciale: la récolte. «Les mauvaises noix tombent en premier. Passer le broyeur avant de récolter permet d’effectuer un premier tri au champ.» après avoir fait tomber les fruits à l’aide d’un vibreur attelé derrière le tracteur, les nuciculteurs les ramassent à la machine. Deux ou trois passages seront nécessaires pour une récolte qui dure trois semaines au Gaec de la riquetière. Pour Gilles, «le maître-mot de la récolte, c’est la rapidité. Si les noix restent trop longtemps au sol, l’humidité peut les abîmer. » D’une heure par hectare par temps sec, le temps de ramassage peut être multiplié par trois ou quatre selon les conditions (pente, sol humide, feuilles mouillées bloquant la machine, etc.).

Vidéosurveillance et recyclage

Mais ce n’est que le début. Acheminées à la station, les noix sont lavées à deux reprises et passent dans un épierreur, qui sépare cailloux et fruits. Le but du nettoyage est notamment de retirer le brou (l’enveloppe verte qui entoure la coquille). Là aussi, il faut aller vite pour éviter que les fruits ne fermentent et montent en température. Survient alors l’égouttage, suivi d’un premier tri. Les noix sont ensuite séchées dans l’une des trois tours que compte l’exploitation. issu de l’extérieur ou chauffé au gaz, de l’air chaud est insufflé au pied des tours. En montant, il sèche trois étages de noix. Les producteurs vérifient le taux d’humidité, 12% maximum selon le cahier des charges de l’aoP. il faut encore calibrer, puis trier une nouvelle fois à l’aide d’une soufflerie avant de conditionner. il ne reste "plus" qu’à vendre… Dans leur bâtiment construit en 2009, les trois frères convert ont optimisé le travail : vidéosurveillance des machines, récupération des déchets, recyclage des eaux de lavage, etc. Le tri occupe toutefois deux personnes, de septembre jusqu’en janvier. « Nous pratiquons un tri sévère, quitte à écarter des noix convenables selon le cahier des charges», explique Gilles. Car les petits fruits (moins de 28 mm) sont tout de même valorisés, par exemple en huile. « Nous mettons notre nom sur le produit », insiste celui qui ne veut pas décevoir ses clients. Aujourd’hui, le moral est au beau fixe chez les nuciculteurs. Mais Gilles prévient, prudent : «ça peut retomber aussi vite que c’est monté…»

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