La révolution est en marche !

Catherine Perrot

Réunion locale de Génoé à Moisdon : Gilles Guérin, administrateur, et Jean-Luc Viala, responsable des services aux adhérents, exhortent les éleveurs à s’investir dans leur coopérative, pour rester maîtres de leur génétique et ne pas prendre le risque de la voir partir dans le domaine privé.
Réunion locale de Génoé à Moisdon : Gilles Guérin, administrateur, et Jean-Luc Viala, responsable des services aux adhérents, exhortent les éleveurs à s’investir dans leur coopérative, pour rester maîtres de leur génétique et ne pas prendre le risque de la voir partir dans le domaine privé.

Développement de la semence sexée, de la génomique, fusions, acquisitions : la coopérative Génoé vit actuellement de grandes révolutions. Et ce n’est pas terminé.

L’union de coopératives Évolution porte bien son nom. Car s’il est domaine qui a connu des évolutions, et même des révolutions, ces dernières années, c’est bien celui de la génétique animale dans lequel œuvrent les trois coopératives du grand ouest formant Évolution : Urcéo, Amélis et Génoé.
Cette dernière, Génoé, qui intervient sur l’ouest de la France (1), notamment en Loire Atlantique, a tenu, dans ce département, quatre réunions locales la semaine dernière. Elles ont réuni environ 130 personnes, dont une cinquantaine, le vendredi 20 mars, à Moisdon-La-Rivière.
Au menu de ces assemblées réunissant les coopérateurs de Génoé, un zoom sur les activités de la coopérative, en particulier sur les nouveautés. Avec environ 566 000 inséminations premières, l’activité de Génoé est stable en 2014 par rapport à l’année précédente. Le nombre d’inséminations totales a en revanche augmenté (1 060 000 contre 1 036 000), et cette augmentation est principalement due à un facteur : le développement de la semence sexée, dont le taux de réussite est d’environ 10 points inférieur à celui de la semence ordinaire.

7 % des IA en semence sexée

Entre 2013 et 2014, le nombre d’inséminations avec de la semence sexée a doublé : elles représentent aujourd’hui 7 % des inséminations et sont utilisées, dans leur immense majorité, par des éleveurs laitiers en races Prim’Holstein et normande. Les éleveurs en race montbéliarde devraient également bientôt en bénéficier. Cette technique, qui donne un sex-ratio de 90 % de femelles, est toutefois à utiliser avec précaution : il vaut mieux la mettre sur les animaux les plus fertiles (les génisses) et toutes les semences de taureaux ne sont pas « sexables » (pour des problèmes techniques ou de quantité). Le nombre de reproducteurs étant plus réduit, il faut donc veiller aux risques de consanguinité.
« L’utilisation de semence sexée s’installe dans les pratiques, comme le génotypage » décrit Jean-Luc Viala, responsable des services aux adhérents. Ce génotypage concerne en effet de plus en plus d’animaux : en 2014, sur la zone Génoé, environ 13 000 ont été génotypés (soit au total, 23 000, depuis trois ans que la technique est proposée). D’ici quelques semaines, de nouveaux profils de génotypage vont sortir, basés sur le dernier modèle d’indexation de l’Inra. En moyenne, le CD (Coefficient de détermination, qui caractérise la précision de la transmissibilité d’un caractère), va augmenter de 5 points. Ce sera particulièrement sensible pour les races mixtes.
Si ce sont surtout les laitiers, qui, jusqu’à présent, utilisent la génomique, les éleveurs viande commencent eux-aussi à s’y mettre. Ils vont donc « bénéficier » comme les laitiers, d’une accélération du progrès génétique, puisque ce seront des semences de jeunes taureaux qui vont être mises sur le marché (plus besoin d’attendre que les filles de ces taureaux aient produits des veaux !) (2). « Il y aura sans doute, dans certaines races, un abandon du testage classique, comme dans les races laitières », expose Jean-Luc Viala.

Acteur européen et mondial

Les projets de la coopérative à plus grande échelle ont également été évoqués lors de ces rencontres. Le premier à venir, c’est la fusion effective des trois coopératives formant l’union Évolution. À partir de 2016, les mêmes services devraient être disponibles aux mêmes tarifs, sur tout le territoire de la zone Évolution.
Gilles Guérin, administrateur de Génoé représentant la Loire-Atlantique, a également évoqué les ambitions d’Évolution de se rapprocher des organismes de conseil en élevage (les contrôles de performances, qui eux-mêmes se sont regroupés récemment dans Seenergi, lire LAA n° 372, p. 12). L’objectif serait de ne pas « se concurrencer entre organismes qui partagent la même matrice, pilotés par des éleveurs » et de se préparer au nouveau règlement zootechnique européen, à sortir en 2017. « Ce règlement devrait confier l’identification, l’insémination et les contrôles de performances à un seul organisme. Plusieurs pays européens ont déjà pris ce chemin », commente Gilles Guérin.
Évolution ne se contente pas de l’Europe mais vise le monde : la coopérative vient de racheter Taurus, l’opérateur unique de semences bovines en Afrique du sud. Avec cet achat stratégique, Évolution met en pied en Afrique, dans le pays le plus moteur de ce continent, et s’offre en plus un schéma de sélection en jersiaise, « la seule race qui se développe dans le monde ».
Pourtant, même en investissant à l’autre bout du globe, la coopérative veut que le bénéfice en revienne à son territoire et ses adhérents : « Aujourd’hui, l’export nous permet de « gagner » un euro sur le coût des IAP. Et nous voudrions encore augmenter cette part ! ».

(1) Sur un secteur comprenant Loire-Atlantique, Maine et Loire, Sarthe, Morbihan, Indre et Loire et Deux-Sèvres. (2) Corolaire « négatif » de cet avantage : les jeunes taureaux produisant moins de semence que les adultes, il n’y en a pas toujours pour tout le monde.

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