« La stratégie d’entreprise va devenir prépondérante »

Catherine Perrot

Salle comble et attentive, à l’Odyssée, à Orvault, pour la journée laitière départementale, le 1er décembre dernier.

La chambre d’agriculture vient d’organiser sa journée laitière. L’approche de la sortie des quotas et la mise en place de la contractualisation sont plutôt vues comme des opportunités à saisir.

Forte affluence à la salle de l’Odyssée, jeudi 1er décembre dernier, pour la journée laitière départementale organisée par la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique : près de 400 personnes, en grande majorité des éleveurs, y ont assisté. Le thème «  Quel avenir pour le bassin laitier ? » était effectivement d’actualité, alors que la contractualisation va se mettre en place et que la sortie des quotas se profile à l’horizon.

Une Europe bien placée

Anne Richard, du Cniel (Centre national interprofessionnel de l’économie laitière), a brossé le tableau de l’économie laitière européenne. Celle-ci se retrouve face à une demande mondiale en hausse, et elle est bien placée pour y répondre car elle est moins soumise que d’autres régions du monde aux aléas climatique. L’Europe est déjà le deuxième exportateur mondial. En revanche, elle va devoir s’habituer à la volatilité des prix, qu’elle connaît depuis quelques années mais qui va s’intensifier à l’avenir.
Autre point important : le potentiel de développement de la production existe. La production est d’ailleurs repartie à la hausse depuis 2010, en particulier en Allemagne et en France. Focalisant son propos ensuite sur la France, Anne Richard explique que ce pays possède un certain nombre d’atouts : du foncier « disponible et moins cher », et « une autonomie alimentaire remarquable ». L’économiste rappelle que, globalement, dans les élevages laitiers français, « 80 % de l’alimentation des vaches provient de l’exploitation » et « qu’elle provient de France à 95 % ». « On parle beaucoup de la dépendance vis-à-vis du soja, mais elle est assez limitée. D’autant plus que l’on utilise de plus en plus de tourteaux de colza ».
D’autres caractéristiques françaises seraient plutôt des points « à améliorer » : les investissements sont importants dans les exploitations, et la « main d’œuvre par litre de lait produit », est supérieure aux autres pays… Mais, comme le souligne Anne Richard, « le vrai enjeu est le rapport entre les coûts de production et le prix du lait ».

En France : un mix produit favorable

La valorisation du lait en France présente aussi des spécificités : le mix produit y est favorable. Il est orienté à 59 % vers des produits de gran­de consommation (fromages, ul­tra-frais..), très « marketés ». C’est à la fois un avantage (des produits de marque valorisent mieux le lait), et une fragilité (en période de crise, les consommateurs se tournent vers les produits plus basiques). Les 41 % restants, loin d’être négligeables, sont orientés vers les produits d’exportation : poudres et fromages. (1)
Ce mix produit particulier est en fait le reflet d’une filière de transformation française se caractérisant par sa très grande diversité (tailles d’entreprises très variables), mais pêchant sur le plan de la compétitivité industrielle, en raison d’un retard dans la restructuration et dans la modernisation des outils. « Une recherche de taille critique et une utilisation efficace de l’outil (saturation maximale, séries longues, etc.) sont des conditions indispensables pour gagner en compétitivité sur les marchés », décrit Anne Richard, citant les conclusions d’un rapport du cabinet de conseil Solving Efeso.

Stratégies

Les entreprises de l’aval sont donc sommées de se restructurer et de faire des choix de stratégies pour continuer à valoriser le lait français, à la fois sur le marché intérieur et à l’export. Mais les choix stratégiques ne concernent pas qu’elles. Au contraire, avec l’arrivée de la nouvelle PAC, l’entrée en vigueur d’une con­tractualisation (2) entre pro­duc­teurs et transformateurs, les éleveurs aussi sont replacés dans une position de chefs d’entreprise, acteur de leur propre stratégie.
«  La stratégie d’entreprise d­e­vient prépondérante », ex­plique Damien Lacombes, membre du bureau de Sodiaal, lors de la table ronde organisée dans le cadre de la journée laitière. « Pour nous, coopérative, le contexte actuel offre une opportunité de recréer du lien avec les adhérents. » Ce que confir­me Marie-Thérèse Bonneau, mem­bre du bureau de la FNPL : « Ce qui va compter, c’est l’attitude de l’éleveur. L’éleveur doit être acteur. »
Dans les entreprises de transformation, comme dans les exploitations agricoles, il n’y aura pas qu’une seule stratégie possible. Tous les participants de la table ronde ont souligné que cette diversité, couplée à une bonne organisation de la filière, était une richesse.
Les mots de dynamisme, d’optimisme, de volonté, d’organisation sont revenus dans la bouche des participants à la table ronde, tout comme dans celle de Christophe Sablé, président de la FDPL, lors de sa conclusion de la journée. « L’avenir de la production laitière, j’y crois. Chacun doit être pilote de sa propre stratégie. Avec une bonne organisation, une volonté des acteurs de la filière, il y a de la place pour tout le monde. »

(1) La France importe aussi du lait. Globalement, le solde d’export équivaut à 18 % de la collecte. 
(2) Qu’il n’y a pas urgence à mettre en place. Le ministre français a un peu « devancé » la politique européenne.  

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier