« La valeur, ça s’arrache, c’est une guerre », selon Michel Prugue

Lise Monteillet

« La valeur, ça s’arrache, c’est une guerre », selon Michel Prugue

Comme chaque année, les coopératives agricoles se sont réunies pour leur conférence annuelle. Au cours des débats, la question de la gestion des risques était prégnante, de même que la nécessité de mieux partager la valeur au sein de la filière.

« La valeur, ça s’arrache, c’est une guerre », selon Michel Prugue, président de Coop de France. A l’occasion de la 7e conférence annuelle des coopératives agricoles, il est revenu sur la nécessité de mieux répartir la valeur créée dans les filières agricoles. Le débat, organisé par les Echos Events, a eu lieu à Paris le 20 septembre. Il réunissait les représentants des plus grandes coopératives françaises. En cette année noire pour l'agriculture française, les outils de gestion de crise sont revenus plusieurs fois dans les débats, en filigrane. 

Etre mieux armé face aux crises

« On ne peut pas laisser l’agriculteur et l’entreprise face à des risques qu’ils ne sont pas capables de supporter », insiste Michel Prugue. Ce dernier est ainsi favorable au développement du système assurantiel, et notamment à un abaissement du seuil de déclenchement à 25 %, ou à une aide sur le rachat de franchise.  « Et pourquoi ne pas rendre l‘assurance aléas climatiques obligatoire, pour peu que l’État accepte de se porter caution en cas de sinistre majeur ? » questionne-t-il. Michel Prugue croit aussi en la création de réserve chez les agriculteurs ou d’outils spécifiques dans les coopératives.

Le président de Coop de France a évoqué « le séisme porcin » qui a secoué cette filière. « Heureusement, les cours se sont redressé, on va revenir à un prix moyen du porc correct sur l’année. Les agriculteurs vont pouvoir boucher les pertes passées, mais leurs résultant ne leur permettent pas encore de relancer les investissements nécessaires pour la compétitivité », affirme-t-il. Il regrette qu’avec « l’outil fiscal et social tel qu’il est aujourd’hui, ces exploitations vont être prélevées et ne vont pas avoir la capacité de résistance derrière ».

Il est également revenu sur la crise laitière, en affirmant que les coopératives payaient plus cher le prix du lait que les autres opérateurs. Il n’écarte pas une éclaircie sur les cours, si le contexte change. « La situation sur les marchés internationaux est la conséquence d’une crise politique avec la Russie, du ralentissement de la demande chinoise et d’une surproduction européenne », rappelle-t-il.

Un meilleur partage de la valeur

Les coopératives rencontrent des difficultés à négocier avec la grande distribution. Entre acheteurs et fournisseurs, « il faut que les relations évoluent lors des prochaines négociations », estime Michel Prugue. Ce dernier voudrait en finir avec « la seule logique du prix bas », pour aller vers « un prix juste ». « Il faut faire évoluer la loi de modernisation de l’économie et mettre fin à la guerre des prix », renchérit Pascal Viné, délégué général de Coop de France. « Lorsqu’on n’a plus que le prix à discuter dans une négociation, c’est qu’on a oublié la valeur du produit. Cette situation est choquante, inadmissible », poursuit-il. Ce dernier rappelle néanmoins qu’une évolution législative ne résoudra pas complètement le problème. « Il faut aussi travailler avec la grande distribution pour une reconnaissance de la valeur ». La création d’un label national, permettant de distinguer les produits issus de la coopération, est en cours de discussion.

Mais Coop de France refuse la généralisation de la contractualisation tripartite entre producteurs, transformateurs et distributeurs. « On ne veut pas que les industries agroalimentaires se retrouvent coincées entre les distributeurs, qui sont les plus puissants, et les producteurs, qui ont une position syndicale à revendiquer », résume Michel Prugue. Pascal Viné estime que cela reviendrait à « donner les clés du camion à l’opérateur en aval ». Il craint, en outre, qu’elle conduise vers un modèle agricole beaucoup plus intégré. 

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Commentaires 2

DATURA401

la valeur est conservée par les coops, et reversée à la marge aux paysans pour leur donner l'impression d'agir dans leur intérêt. Voir les résultats annuels des coops !

Jajaja

En lait les coops ont mieux payer que les privés.... oui c'est vrai 2 € de plus, une grande réussite.
Qu'il fasse le sechage à prix coûtant chez maisadour, le gaz a perdu 30 ou 40% en 3 ans et le sechage tjs au même prix ..... alors oui mr prugue la valeur ça s'arrache : aux paysans

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