La voix du Massif central porte désormais plus haut

Sophie Giraud

Semaine chargée sur le front de la Pac. Les différents rendez-vous des responsables agricoles du Massif central avec le ministre Barnier semblent vecteurs d'espoir.

Deux entrevues avec le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, un entretien avec la commissaire européenne Mariann Fischer Boel dans le cadre du séminaire de l'ARF (Associations des régions de France) sur la Pac (Politique agricole commune), la semaine syndicale a été chargée pour les responsables agricoles du Massif central. La manifestation des 20 000 éleveurs dans la capitale auvergnate le 16 septembre dernier a sans aucun doute frappé les esprits, et accéléré l'obtention de ces rendez-vous. Mardi dernier, Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif central et Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, accompagnés de représentants de la FNB, de la FNO, de la FNPL et des JA, ont été reçus une première fois par le ministre de l'Agriculture Michel Barnier. “Nous sommes venus voir le ministre pour qu'il prenne conscience de la réalité de la situation des éleveurs et du cri de détresse qu'ils ont lancé à Clermont”, a déclaré le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer à l'issue d'une rencontre qui a duré deux heures.

Dans l'attente de réponses rapides

Les responsables agricoles demandent, via un plan d'urgence, un allègement des cotisations sociales, un report des remboursements de prêt en fin de tableau d'amortissement ainsi qu'une exonération de la taxe sur le foncier non bâti pour soulager les trésoreries des éleveurs exsangues. À ce stade, Michel Barnier a pris acte des doléances des agriculteurs. La FRSEA et les JA Massif central, soutenus par la FNSEA, souhaitent qu'une réponse soit donnée par le ministre dans les plus brefs délais : soit à l'occasion du Sommet de l'élevage qui s'ouvre demain, soit lors d'une conférence des revenus qui pourrait se tenir fin octobre. La MSA et les banques devraient également être sollicitées. À plus long terme, c'est bien entendu le rééquilibrage des aides au profit de l'élevage dans le cadre du bilan de santé de la Pac qui est demandé. Jean-Pierre Fleury, vice-président de la FNB, estime à un milliard d'euros, la perte des éleveurs depuis 2006, dont 600 millions au titre de la hausse des charges (aliments du bétail, carburants, engrais…) et 400 millions au titre de la baisse des prix. Évoquant même l'éventualité “d'un Grenelle de l'élevage” pour sortir de la crise et “donner de réelles perspectives aux éleveurs”, ainsi que l'a souligné Jacques Chazalet. Le lendemain, nouvelle entrevue entre le ministre de l'Agriculture, Jacques Chazalet, Jean-Michel Lemétayer, Michel Queille (JA Massif central) et Patrick Bénézit (Berceau des races à viande), mais cette fois en compagnie des trois ministres auvergnats du gouvernement Fillon : Brice Hortefeux, Laurent Wauquiez et Alain Marleix. Le “pack auvergnat” a rappelé son soutien à Michel Barnier dans “sa négociation pour une réorientation de la Pac, en faveur de l'élevage”. Ils ont rappelé “les attentes fortes des éleveurs pour des mesures conjoncturelles indispensables pour que les exploitations franchissent la crise qui les frappe, en attendant la mise en oeuvre en 2010 des nouvelles dispositions de la Pac”.

 

Rencontre avec Mariann Fischer Boel

Si le soutien des ministres français, notamment en faveur d'un rééquilibrage des aides, semble être acquis, du chemin reste à parcourir au niveau européen. En témoignent les propos tenus par Mariann Fischer Boel, commissaire européenne à l'Agriculture, lors d'une rencontre organisée avec les responsables agricoles du Massif central. En marge du séminaire de l'ARF, consacré à la Pac, qui s'est déroulé, jeudi dernier, à Clermont-Ferrand, la commissaire est en effet restée fidèle à sa vision libérale de la politique agricole, affirmant que “c'est le marché qui dicte les choses et que jusqu'à présent le système des DPU assurait la fonction de filet de sécurité”. À cette vision, les responsables professionnels du Massif central répondent “régulation et protection pour satisfaire les besoins des consommateurs”. Et de s'interroger “Pourquoi l'intervention publique serait-elle légitime sur le marché le plus libéral qui soit, à savoir le marché financier et illégitime pour l'alimentation ?” Avant de demander à Mariann Fischer Boel que le “bilan de santé de la Pac permette de mieux prendre en considération les difficultés structurelles dont souffre l'élevage, herbager notamment”.

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