Lait de brebis-AOC Roquefort : Prudence pour 2010

Alexandre CAYRAC

Salle comble, récemment à Saint Affrique, pour l'assemblée générale de la FRSEB. Si la fédération est revenue sur l'année 2008 et la toute récente bataille sur le prix du lait, elle a aussi évoqué l'avenir. Repenser le mécanisme de fixation du prix apparaît comme une priorité.

Presque un mois après la mobilisation et l'accord à l'arraché sur le prix du lait de la campagne 2009, le temps de l'analyse est venu pour la FRSEB. «Le résultat de ces 9 jours de blocages a été, du point de vue de la marmite, très positif» explique tout d'abord le président Robert Glandières. L'installation d'un rapport de force a en effet permis aux éleveurs de «gagner» 4,5 millions d'euros par rapport aux propositions initiales des industriels et de stabiliser les prix des bonnes valorisations «en maintenant le cliquet évoqué en 2008». «On en était très loin au début des discussions» confie Robert Glandières.
Pour certains producteurs cet accord «laisse un goût d'inachevé», ayant espéré une stabilité totale du prix et une moindre utilisation de la caisse des producteurs. «J'ai conscience que le dernier million d'euros obtenu sur les aides de stockage peut nous laisser sur notre faim d'autant qu'il est avancé par la caisse des producteurs, mais cette caisse doit servir dans les années atypiques» répond le président.
«Atypique» peut même paraître faible pour qualifier l'année 2009 et les négociations du mois de novembre. Une conjoncture économique exécrable, des baisses records demandées par l'industrie, des engagements pris en 2008 non tenus et une crise de confiance majeure entre producteurs et industriels : l'affaire était mal engagée. «Nous n'envisagions pas une action dure, [...] mais nous avons été contraints de revoir notre position en engageant un mouvement indispensable comme dernier recours après toutes les frustrations des négociations des campagnes précédentes» explique Robert Glandières.

Prix : besoin d'un nouveau système

«La mobilisation a été exemplaire» salue le président, ravi de l'unité des producteurs et du soutien de la population. Le résultat est là, mais la FRSEB ne se satisfait pas totalement de la manière. «Il faudra retrouver la confiance entre nous et nos partenaires industriels et trouver un mécanisme pour aborder de façon plus sereine et surtout moins conflictuelle les négociations du prix du lait» avance le président. Le solde de la campagne de 2009, soit entre 15 et 20% du revenu des producteurs, ne sera ainsi pas versé avant le 20 décembre, alors que certains éleveurs ont déjà commencé la campagne 2010. Pour la fédération, cette situation ne doit pas se répéter tous les ans. «Nous devons revoir les modalités de négociation en définissant des indices de fixation du prix comme pour le lait de vache» souligne Robert Glandières. «Nous manquons d'informations pour les discussions comme par exemple le prix de vente des fromages aux distributeurs» note le président.

«Prudence»

Alors que la campagne 2010 commence à peine, la FRSEB veut déjà anticiper.
«La crise est là pour tout le monde, l'environnement économique mondial interroge et, dans ce contexte, il est de notre devoir d'être prudents, car la poursuite de la chute des ventes inquiète» affirme son président. Pas question pour la Fédération de demander aux éleveurs de moins produire mais plutôt «d'être prudents quant aux achats d'intrants et d'essayer de déconcentrer autant que faire se peut la production». «Toutes les mesures qui seront prises ne devront pas inciter à produire beaucoup plus, mais à produire mieux en attendant une reprise de la consommation de nos produits» ajoute Robert Glandières. Pas question non plus de dédouaner les industriels de leur responsabilité : «chaque industriel a intérêt à produire plus que ce qu'il a fait en 2009, certains ont tout de même arrêté dès la fin du mois de mai» critique le président. Mais «la crise a changé la donne, il faudra s'assurer des débouchés pour les laits étalés avant d'ouvrir les laiteries à l'année» confirme-t-il.

Mise en garde

L'assemblée générale a également été l'occasion de faire quelques mises au point. Malgré le maintien de 2000 producteurs au sein du rayon, il y a aujourd'hui juste assez de Roquefort pour payer les références produites en classe 1 et les valorisations qui alimentent la classe 2 diminuent. «Nos partenaires industriels pensent qu'il faut donc accélérer les cessations et ainsi restructurer, être moins nombreux pour se partager le même gâteau. Je le dis à nouveau très clairement : ce n'est pas envisageable !» lance Robert Glandières.
Concernant le bilan de santé de la PAC qui va soutenir plus fortement la filière ovine «il n'est pas impossible que les industriels lorgnent sur ces nouvelles aides qui sont nécessaires» concède le président.Mais pour lui, la solution est ailleurs : «il est grand temps de revenir à des prix, car ce que le consommateur ne paie pas sur le prix des produits, il le paie à la fois en impôt et en dette de l'Etat».

Source La Volonté Paysanne

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