Lait : Retour sur un accord qui a évité le pire

P. Olivieri

S'il n'a rien de la panacée, l'accord national d'août a permis à Thierry Cantournet de gagner plus d'un mois de salaire.

Thierry Cantournet n'en revient pas en épluchant sa feuille de prix du lait du mois d'août 1995, année où il a commencé à s'occuper du troupeau laitier du Gaec constitué alors avec ses parent : un lait jadis payé par Valmont (devenu depuis Lactalis) au prix de base de 2,10 F / litres, soit 300 e les 1 000 l. Un montant inférieur de 10 % seulement aux 331 euros / 1 000 l qu'il a perçus en août dernier (toujours en prix de base), alors qu'en 15 ans les charges ont évolué dans des proportions toutes différentes. “Et encore, souligne Thierry Cantournet, en l'absence d'accord national, j'aurais pu rester aux 319 e actés et appliqués unilatéralement par l'entreprise en juillet”. Ainsi, si l'accord du 18 août n'était pas intervenu, le producteur de Lascaraux aurait enregistré une perte sèche de 761 euros sur le troisième trimestre 2010 au cours duquel il a livré 69 219 litres. “Soit pratiquement une fois et demi le salaire mensuel que je peine à dégager chaque mois”, commente Thierry Cantournet qui s'est livré au même exercice sur le second trimestre 2009, qui avait lui aussi très mal commencé, entreprises et producteurs ne parvenant pas à trouver un compromis pour des recommandations nationales. Avec des résultats tout aussi signifiants puisque l'accord du 3 juin 2009 a permis de passer d'un prix de base de 209,5 e payé par Lactalis en avril 2009 à un montant dépassant les 240 e sur les deux mois suivants. Alors, si comme ses collègues producteurs il juge ces revalorisations à peine suffisantes pour faire face à la nouvelle flambée du prix de l'aliment déjà bien effective, il reste persuadé que de tels accords demeurent des garde-fous compte tenu de la volatilité du marché des produits laitiers et que les producteurs doivent donner les moyens à leurs représentants de défendre leurs intérêts.

Pas de salut sans régulation des prix

D'ailleurs, Thierry Cantournet a vite fait le calcul : en juillet 2010, sa cotisation mensuelle à la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) s'est élevée à 8,23 e “alors que l'accord négocié grâce à la pression syndicale m'a fait gagner 194 e sur ce mois”. Sans compter, relève Caroline Delrieu, animatrice de la FDSEA, sur les 20 e/1 000 l d'aide à la production laitière de montagne décrochés dans le cadre du bilan de santé de la Pac, dont le premier versement devrait intervenir prochainement.
Malgré ce qu'il perçoit comme des avancées, le producteur reste inquiet quant à l'avenir de la production laitière cantalienne : “En 2011, on risque de se retrouver dans la même situation qu'il y a deux ans. S'il n'y a pas vite un régulateur sur le prix du lait, des producteurs vont sauter et peut-être que je serai de ceux-là, estime l'agriculteur. Ceux qui peuvent entrer dans l'AOC auront une porte de salut, pour les autres, on va être limité par la capacité de nos outils de production et à 45 ou 50 ans, on ne va pas reconstruire”. Faute de surfaces de pâturage accessibles facilement (l'exploitation est traversée par la RD 920), l'exploitant n'a en effet pu s'engager dans l'AOC et se trouve en outre coincé par des amortissements élevés qui courent jusqu'en 2014.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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