Le bio : un secteur infime, une croissance de choc 1/2

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Le bio : un secteur infime, une croissance de choc  1/2

Les chiffres publiés pour juin 2016 par l’Agence Bio confirment ce qu’on qualifie habituellement de « santé insolente » quand on le rencontre dans le contexte actuel.

Le bio : un secteur infime, une croissance de choc  1/2

La croissance de la filière « biologique » en France se poursuit et même s’accélère, aussi bien pour la production (en 6 mois, + 20 % sur les surfaces, + 10 % sur le nombre d’exploitations) que pour les ventes (en un an + 20 % sur les ventes au détail), et l’effectif d’entreprises (+ 6 % sur 6 mois). Évolution depuis 1995 du nombre d’opérateurs et des surfaces engagés en bio Source dossier de presse, Agence Bio 22/9/2016. 

évolution 2015

Les conversions ont ainsi (re)démarré en 2015, après un ralentissement qui faisait suite à une première vague en 2009-2010. Si l’on est loin de l’objectif fixé en 2007 par le Grenelle de l’Environnement (atteindre 20 % des surfaces en 2020), le rythme constaté depuis 2015 est celui envisagé par le plan Avenir Bio qui visait à doubler les surfaces entre 2012 et 2017. Un essor qui reste toutefois très récent.

 

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❙ Définition de la filière biologique

 

L’Europe définit le label Agriculture biologique, qui repose depuis 1991 sur un cahier des charges unique comportant des exclusions comme :

 - l’absence d’intrants de synthèse et d’OGM (mais l’utilisation de produits « naturels » incluant le cuivre, le soufre), - une alimentation elle-même bio pour les animaux,

- des traitements pharmaceutiques limités à 1 à 3 dans la vie de l’animal,

- pas d’élevage hors sol.

L’accent est mis sur des pratiques agronomiques efficaces. Un délai de 2 à 3 ans après l’adoption du cahier des charges doit être observé avant de pouvoir prétendre au label.

Le logo français AB est désormais la déclinaison du label européen. Il existe d’autres labels dont la plupart sont conformes au cahier des charges Agriculture biologique, avec différentes exigences supplémentaires.

En France la certification est décernée par l’Agence Bio (paritaire entre la profession agricole et les pouvoirs publics). La filière de transformation est également certifiée. Le contrôle est exercé par des organismes certificateurs dont le plus connu est Ecocert.

Les produits vendus sous le label en Europe doivent avoir été produits conformément au cahier des charges européen, y compris pour les produits importés.

  

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C'EST LE CONSOMMATEUR QUI TIRE LA FILIERE

 

La croissance de la consommation a un caractère paradoxal, s’agissant de produits plus chers, dans un contexte peu porteur économiquement. Elle coïncide avec des intentions rapportées par les enquêtes consommateurs : en 2015, 93 % ont l’intention de maintenir, dont 8 % d’augmenter leur consommation de produits bio.

 Le nombre de consommateurs augmente, et leur profil se diversifie : ce n’est plus seulement une spécialité de « bobos », mais une pratique qui se répand dans d’autres catégories sociales et chez de nouvelles générations (en particulier les jeunes parents).

Les motivations évoluent aussi, la santé (63 % selon le « baromètre bio » 2015) étant talonnée par « la préservation de l’environnement » et par « la qualité et le goût des produits » (57 % et 48 %). Dans les autres pays européens, l’environnement passe en tête. L’option pour des aliments biologiques fait maintenant partie d’un ensemble de motivations liées entre elles. La santé (avec les « sans » : pesticides, et au-delà gluten, lactose…) mais aussi des critères écologiques et éthiques : moins d’emballages, produits moins transformés, locaux, de saison, sans gaspillage, pas d’OGM, moins de viande, produits équitables. Des critères qui dessinent une évolution dans la façon de consommer autorisant une certaine cohérence avec la façon de produire.

Le principal frein cité à la consommation de produits bio reste de loin leur prix plus élevé. Mais il existe un consentement à payer, de la part du consommateur de bio, pour ce qu’il perçoit comme un ensemble de valeurs importantes.

Qu’en est-il objectivement ? Les différences dans la qualité des produits ressortent globalement assez minimes des études ; on peut cependant arguer que les risques des faibles doses de pesticides (perturbateurs endocriniens…) sont peu pris en compte. Les différences dans l’impact environnemental sont manifestes pour les pesticides, la biodiversité, le carbone dans le sol. Les émissions de gaz à effet de serre de l’élevage bio sont plus fortes par unité de produit ; la fixation de carbone dans le sol compense à peu près la différence, selon une récente étude de l’INRA. L’effet sanitaire positif joue aussi en faveur de la main-d’œuvre agricole.

❙ La bio en chiffres

En France

- 7,2 % des fermes (32 000) au 30/6/16 (plus de 20 % pour les fruits et légumes, 7 % pour la viticulture, 5 à 6 % pour l’élevage, 4 % pour les grandes cultures) ; elles sont particulièrement nombreuses dans le sud de la France ainsi que dans l’Ouest.

- 5,8 % du territoire agricole (1,6 Mha dont 30 % en conversion) ; fin 2014 le chiffre était de 3,5 % ; 8 % pour les fruits et légumes ainsi que la vigne, 6 % pour les prairies et fourrages, mais 2 % pour les céréales et oléagineux.

- 3,5 % environ de la consommation des ménages anticipée en 2016 contre 3 % en 2015 (soit un marché de 5,5 Mds € en 2015, 6,9 Mds € en 2016).

- 5,4 % du temps de travail agricole (100 000 emplois équivalent temps plein dans la filière, dont 70 000 dans les fermes).

- 65 % des consommateurs achètent bio au moins une fois par mois, 27 % au moins une fois par semaine.

Dans le monde, l’agriculture biologique (dans sa forme certifiée) occupe environ 1 % des surfaces agricoles (en tête, Australie, Europe, Amérique du Sud). L’Europe et les États-Unis représentaient 90 % du marché mondial en 2013, avec environ 30 Mds $ chacun. Le taux de croissance moyen est de 12 % entre 1999 et 2014.

  

LA DISTRIBUTION RENFORCE LE M OUVEMENT

  

Les produits biologiques échappent en partie à la grande distribution classique, dont la part de marché est de 45 %, face à 29 % pour les chaînes spécialisées, 12 % pour des magasins indépendants ou artisans et 14 % pour les circuits courts ou ventes en direct (vente à la ferme, en cave, marchés, AMAP(1)). Tous ces circuits réussissent bien, à l’exception des magasins indépendants qui tendent à être rachetés par les chaînes.

Constatant la hausse des ventes, mais aussi la possibilité de marges supérieures à la moyenne grâce au niveau des prix, les chaînes de distribution développent une stratégie très expansionniste. Dans la distribution spécialisée, qui a la croissance la plus rapide, le nombre de points de vente augmente (+ 4,4 % en 2015), mais moins que les ventes par magasin, grâce aux nouveaux consommateurs. De nouvelles enseignes sont apparues aux côtés du n°1 Biocoop : Naturéo en 2007, Bioc’bon en 2008, les Comptoirs de la Bio en 2012.

Dans la grande distribution, c’est l’enthousiasme. Même le super discompte s’y met (Lidl veut créer des « corners » et lance une gamme de 40 produits). Après Casino avec Naturalia, Carrefour et Leclerc veulent lancer des chaînes spécialisées, Auchan relance cette idée.

Ces différents circuits divergent sur leur message : une partie des réseaux spécialisés insiste sur le juste prix qui doit refléter les exigences en bio, alors que la GSA table davantage sur la réduction des prix.

La restauration collective est un débouché qui avance à peu près au même rythme que les ventes au détail : début 2016, le bio représentait 3,2 % des achats de la restauration collective.

(1) AMAP : Association pour le maintien d’une agriculture paysanne.  

Voir tout le dossier : le dossier prisme n° 15 - Novembre 2015  ici

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