Le bois énergie sur la ferme : témoignage de Jean-Yves DROUIN, éleveur laitier à Montbizot

VANIA COLIN CALIOP

Le bois énergie sur la ferme : témoignage de Jean-Yves DROUIN, éleveur laitier à Montbizot

Chronique d’un passage au bois déchiqueté

C’est en 2007, suite au départ de mes parents et à l’emménagement avec ma compagne dans la maison, que j’ai pu me rendre compte à quel point le dépense énergétique de la maison était importante (2500 l de fioul pour chauffer 180 m²). J’ai compris que j’allais devoir prévoir quelques travaux pour réduire ma facture. J’ai commencé par remplacer les fenêtres par du double vitrage. Puis le renouvellement de la chaudière fioul s’est imposé, car elle arrivait en fin de vie.

Je me suis assez vite orienté vers le chauffage au bois. En effet, la ferme compte bon nombre de haies dont certaines, replantées par mon père il y a 15 ans, pouvaient être exploitées.

Je trouvais intéressant de pouvoir valoriser une ressource présente sur l’exploitation au lieu d’importer une source d’énergie plus coûteuse à long terme. De plus, le bois déchiqueté présentait l’avantage de réduire largement la pénibilité et le temps passé par rapport au bois bûche.

Accompagnement par les Relais Bois Energie

Après m’être documenté sur les différentes technologies de chaudières, j’ai fait intervenir le CIVAM. L’animatrice en charge du relais bois énergie m’a guidé pour évaluer le potentiel bois de l’exploitation et le dimensionnement de la chaudière. Elle m’a aussi accompagné dans les demandes de subventions. J’ai visité quelques installations et suivi les conseils d’agriculteurs pour la conception du silo à copeaux, capital pour la fonctionnalité de l’installation. J’ai choisi un artisan de ma commune pour le montage.

L’installation m’aura coûté 24 000 € moins une subvention de 2 000 € et un crédit d’impôt de 8 000 €. Mon retour sur investissement est d’environ 8 ans. Ma facture énergétique annuelle a chuté à environ 600€ en comptant les frais de déchiquetage de la Cuma départementale et mon temps. 

Avec 5 saisons de recul, je suis très satisfait de ma démarche tant du point de vue économique que de l’autonomie. Deux autres agriculteurs de ma commune ont d’ailleurs suivi la même démarche sur les cinq dernières années.

Utilisation du bois énergie sur la ferme

Aujourd’hui, le recours au  bois déchiqueté pour une exploitation, qui dispose d’une ressource bocagère ou forestière, peut être intéressant pour chauffer sa maison, des bâtiments d’élevage, faire de l’eau chaude ou même sécher des céréales.

Tout d’abord, il est nécessaire d’évaluer la ressource en bois de l’exploitation en cubant les haies (un outil de diagnostic est disponible avec une grille de cubage) pour voir si elle est suffisante. Pour exemple, j'ai besoin d'environ 60 m³ de copeaux secs pour me chauffer par an soit 15 à 20T de bois. Avec la grille de cubage, j'ai pu constaté que cela équivalait à environ 450 mètres linéaires d'une haie bocagère mixte (cépées, taillis, arbustes).  Vient ensuite le choix du matériel avec le dimensionnement de la chaudière et la conception du silo.  Enfin le mode d’exploitation de la haie pourra faire varier le temps passé par l’agriculteur. En effet, la mécanisation a rendu l’exploitation des haies plus facile ; le matériel de la Cuma départementale la Cigale en témoigne. Une diversité d’outils pour l’exploitation du bois de plus en plus importante est proposée par la CUMA. La déchiqueteuse, à l’origine,  le grappin fendeur ou encore un grappin de manutention sont disponibles sur le département. Récemment un grappin coupeur monté sur une pelleteuse permet aussi de mécaniser un chantier de bois peu accessible (bord de cours d’eau, têtards, etc.)

Exploiter le bois bocager

Un agriculteur qui souhaiterait déléguer l’entretien de ses haies et s’affranchir de la taille annuelle en a la possibilité. La coupe de la haie à la base (recépage) permet aussi de la régénérer et ainsi de la faire durer dans le temps. La pénibilité et le temps du chantier sont  largement réduits par la mécanisation. La vente du bois déchiqueté permet de couvrir les frais d’entretien et même d’assurer un revenu à l’agriculteur. C’est aujourd’hui le message que souhaitent faire passer les Relais Bois Energie (CIVAM et CUMA) du département et les agriculteurs impliqués dans la filière. Cette filière bois locale a besoin des agriculteurs qui sont des acteurs essentiels pour l’approvisionnement des plateformes de bois et les chaufferies des collectivités. Vous pouvez vous rapprocher de ces relais bois pour plus de renseignements.

Jean-Yves DROUIN, adhérent au CIVAM AD 72

 

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