Le café fait palpiter la Guadeloupe

Raphaël Lecocq

Après la fermentation et le lavage, le séchage pendant 4 à 6 semaines aboutit à la production de café parche, dont le décorticage fournira le café vert, vendu en l’état sinon torréfié

Créé en 2017, le Syndicat agricole des planteurs de café s’est fixé pour objectif de planter 60 ha/an pendant 8 ans. Très apprécié sur l’île comme à l’export, le café bonifieur, cultivé aujourd’hui sur 30 ha, est un des mieux valorisés au monde.

Du cacao agroécologique et vendu en direct

Le café fait palpiter la Guadeloupe

Installé à Vieux-habitants, Pierre-Antoine Faddoul s’est spécialisé dans la production de cacao. Ses cacaoyers, encore jeunes, produisent environ 300 kg/ha de fèves séchées. Le jeune agriculteur transforme et vend toute sa production en direct, sous forme de bâtons de cacao, râpés dans du lait ou de l’eau et très appréciés localement, épicés à la muscade et à la vanille. Le jeune agriculteur a développé une technique de production agroécologique. « Outre les rats, le cacaoyer est la cible du Pic de la Guadeloupe, un oiseau endémique », », explique-t-il. « Pour les détourner des cabosses, suite à un travail conjoint avec l’INRA, j’ai implanté des haies de papayers qui produisent assez vite et toute l’année. Les papayes  sont très attractives et plus faciles à piquer que les cabosses. Le cacao est une production que l’on essaie de redévelopper sur l’île, dans le cadre de jardins créoles, des jardins-forêt que la monoculture de banane et de canne à sucre a eu tendance à araser ». Pierre-Antoine Faddoul est aussi formateur en agroécologie.

Victor et Joël Nelson, co-gérants du Domaine de Vanibel à Vieux-Habitants

« Après le Jamaica Blue Montain, le café produit en Guadeloupe est le plus cher au monde ». Joël Nelson est bien placé pour le savoir. Avec son père Victor, ils en cultivent 12 ha sous la marque Vanibel, du nom de leur exploitation familiale située à Vieux-Habitants, à quelques jets de cerises du volcan de la Soufrière (1467 m). L’exploitation assure également la torréfaction. Le sachet de 125 g se vend 6,9 € à la boutique, soit 55 €/kg. Du très haut de gamme. Quand ce n’est pas Malongo, ce sont les importateurs japonais qui tarabustent le producteur pour être servi en café vert, prêt à être torréfié. Ces dernières années, le domaine de Vanibel exportait 30 % de sa production. Mais les cyclones Irma et Maria sont passés par là en septembre 2017 et le producteur ne parvient plus à satisfaire la demande locale. L’export salivera.

Une cerise = un plant de café

Zéro greffage, zéro hybridation : le café cultivé en Guadeloupe est une lignée pure d’arabica. Une baie à maturité, appelée aussi cerise, peut constituer la graine d’un futur plant de café. Le domaine Vanibel est situé à 400 m d’altitude, c’est beaucoup plus faible que les 1800 m que le Blue Montain jamaïcain. Mais pour préserver le café de l’ensoleillement direct, Jöel Nelson a trouvé la parade. « Elle consiste à planter des caféiers à l’ombre des pois doux montagne. Outre l’ombrage, cet arbre de la famille des légumineuses participe à la fertilisation des caféiers ». Le domaine respecte le principe de l’agriculture raisonnée, le recours à des herbicides concentrant l’essentiel de l’usage de produits phyto. Du raisonné pour garder des prix raisonnables... « Le passage au bio n’est pas à l’ordre du jour. Je n’ai aucune demande de la part de mes clients. Le prix en l’état actuel est déjà très élevé ».

Joël Nelson devant quelques-uns de ses caféiers

Se refaire la cerise avec le café

Créé en 1974, le domaine compte aujourd’hui 28 ha et s'est diversifié dans l'agritourisme en construisant cinq gîtes. Au début des années 1990, la famille Nelson tire un trait sur la banane, jugée définitivement non rentable, calculs à l’appui. « Le coût de revient est de 0,9 €/kg, on nous la paye 0,15 €/kg, un déficit non comblé par la subvention de 0,5 €/kg ». Le café est autrement plus intéressant. Le domaine de Vanibel récolte entre 500 et 600 kg/ha de café « marchand », autrement dit le café vert torréfiable après le retrait de l’avant dernière enveloppe (parche). Ce café vert est négocié entre 20 et 25 €/kg, quand le cours mondial est entre 3 et 4 €/kg. Torréfié, il est vendu entre 60 et 70 €/gk chez Fauchon. « C’est selon moi la production agricole la plus rentable de l’ile », jauge le planteur.

Le café fait palpiter la Guadeloupe

De 30 ha à 500 ha en 2026 ?

Dans ces conditions, on comprend la volonté des acteurs locaux de développer la production. Pour emmener un maximum de producteurs dans cette voie, le Syndicat agricole des planteurs de café (SAPCAF) s’est constitué en 2017, rassemblant une vingtaine de candidats au développement de la culture. Ses objectifs sont particulièrement ambitieux puisqu’il s’agit de planter des caféiers au rythme de 60 ha par an pendant 8 ans, ce qui fera potentiellement passer la sole de 30 ha à plus de 500 ha. Le défi n’est pas gagné car les coûts d’implantation des caféiers, plantés sur 1,5 m X 1,2 m, sont très élevés, de l’ordre de 15 000 à 20 000 €/ha. Une plantation de café peut perdurer pendant plusieurs décennies. Mais il faut aussi patienter 4 à 5 ans pour récolter les premières cerises entre novembre décembre, à raison de 3 à 4 passages du fait d’une maturité étalée dans le temps et moyennant environ 30 kg par cueilleur et par jour. Le domaine Vanibel traite sa production par voie humide, qui impose la récolte de cerises rouges quand la voix sèche peut se satisfaire des rouges comme des vertes. Le process par voie humide comprend 6 étapes après récolte : décerisage, fermentation, lavage, séchage au soleil (4 à 6 semaines), décorticage et enfin torréfaction sinon commercialisation en café vert.

Cabosses de cacao au Domaine de Vanibel

Diversification en sous-bois

Le sort du projet des planteurs de café est en grande partie suspendu aux financements publics. Un GIEE pourrait soutenir la démarche. Créateur d’emploi et de valeur ajoutée, le café est, avec la vanille et le cacao, l’une des trois productions adaptées aux sous-bois des forêts humides de la Guadeloupe et de son Parc national. Le Domaine de Vanibel exploite du reste 1,5 ha de vanille et quelques cacaoyers, autant de cultures susceptibles de créer de l’emploi et de la valeur ajoutée et flattant la diversification, sans toutefois être totalement résilientee aux cyclones. « En ce qui concerne le café, je pense qu’il y a de la marge entre un produit de niche tel que le domaine Vanibel en élabore et un produit de masse, consommé à hauteur de 800 t par an en Guadeloupe », analyse Joël Nelson. « « A la fin du 19ème siècle, la production guadeloupéenne de café atteignait 4000 t ». De quoi faire palpiter les cœurs au-delà de la Soufrière.

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