Le Charolais ne mâche pas ses mots. Et il rumine toujours

Raphaël Lecocq

Jérôme Deboux et Haténon

Jérôme Deboux, de Chougny (58) est à Paris pour présenter Haténon. Mais ce jeudi 3 mars, au petit matin, il a lâché le licol et la brosse pour la perche, celle tendue par Pleinchamp. Bien sur ses aplombs, Jérôme Deboux a mâché quelques vérités bien senties. A ruminer sans modération.

C’est tombé sur Deboux. Il était là, on passait par là. On n’attaque pas directement la conversation avec du « lourd », autrement dit les dossiers agricoles un peu vifs. Le lourd et le vif de l’instant, c’est Haténon : 1560 kg. 1560 kg tout mouillé car l’éleveur vient de finir de laver son taureau. Une bête de concours qui s’est illustrée au Spécial du Charolais organisé au Mans (72) l’été dernier avec pas moins de trois prix. « A Paris, on est dans la course », assume l’éleveur, arguments à l’appui. « Haténon, c’est une finesse de peau et c’est une finesse d’os. Dans le charolais, la peau et l’os, ça ne se mange pas. Si le cuir est dur, la viande est dure ». On est éleveur-sélectionneur mais on n’oublie pas pour autant la finalité du machin : le palais du consommateur, ses dents aussi. On comprendra mieux un peu plus loin.

Le Charolais ne mâche pas ses mots. Et il rumine toujours

Pac, Fco, Tafta : Deboux décode, Deboux déconne pas

C’est la première des vérités assénées par Jérôme Deboux. Haténon ne moufte pas, le bipède à la perche non plus. Au suiavnt ! La Pac : « imaginez un peu que dans notre secteur, où on a tout fait pour préserver le bocage, et bien nos haies, nos bosquets, nos fossés et nos ruisseaux sont classés en Surfaces non agricoles, un non-sens total ». La Fco : « dans la Charolais, nos animaux passent un maximum de temps à l’extérieur. Conséquence : on s’expose à des contaminations de type Fco, sans incidence aucune pour le consommateur. Qu’est-ce qu’on veut : des feed-lots à l’américaine avec des concentrations extraordinaires de bovins qui n’ont aucune idée de la couleur et de la saveur d’un brin d’herbe » ? Transition toute faite avec le Tafta, le projet d’accord de libre-échange transatlantique entre l’UE et les USA : « nous, éleveurs français, on produit une viande qui présente tous les gages de qualité et de traçabilité. Nous éleveurs français, on va prendre très cher si cet accord se concrétise. Mais vous savez quoi, ceux que je plains le plus, c’est vous, c’est les consommateurs. Est-ce que vous réalisez un instant qu’on va vous faire avaler n’importe quoi » ?

Connecté ? Oui, avec les consommateurs

On vous l’a dit, c’est tombé sur Deboux par hasard. L’éleveur se pose moins en porte-parole d’une profession ou d’une race qu’en type un peu sensé, à qui on tend le micro, qui n’avait rien vu venir une demi-heure plus tôt et qui vous débite une petite tartine de bon sens au petit matin. Car dans le Charolais, on n’a rien contre le beurre. Avouons-le : il est un peu rôdé notre éleveur. Depuis 2001, le Gaec Deboux s’est lancé dans la vente directe, suite au traumatisme de la vache folle. Autant pour survivre que pour se re-connecter avec les consommateurs. La viande est maturée ? Le discours aussi. Le Gaec a loué une ancienne boucherie et récupère de l’abattoir de Luzy (58) des caissettes sinon du prêt à découper. Martine, Stéphanie, Florence, Hervé, Olivier et Jérôme, les membres et « pièces rapportées » du Gaec écoulent les pièces de bœuf à Chougny (58), à Blois (41), à Corbeil-Essonnes (91), aux Jardins cueillette de Brinville (77) ou encore au Pari Fermier de Rambouillet (78) les 8 mai et 11 novembre. Deboux et en paix.

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Commentaires 1

Sof

Très beau papier, bien écrit, on s'y croirait... Bravo ;)

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