Le cheval: une filière agricole disparate

Confédération des experts

Crédit photos : CEF

La filière équine est un secteur agricole où une multitude d’acteurs économiques se côtoie. Des races variées et près d’un million de chevaux sont vecteurs de 120 métiers et 60 000 emplois en France. La pratique de l’équitation s’est largement démocratisée depuis les années 70, mais les difficultés récentes rencontrées dans la filière ces dernières années soulèvent des interrogations. Dans le cadre de ses missions, l’Expert Foncier se doit de connaître les nombreuses infrastructures et des techniques pratiquées au sein de chaque spécialité.

I - Les particularités de la filière équestre

1) Effectif de chevaux en France
Le nombre de chevaux toutes races confondues dépasse le million d’équidés en France. On en dénombre : 4 600 000 en élevage, en tant que jeunes équidés pas en âge d’être montés ou attelés (1, 2, 3 ans) reproducteurs mâles et femelles, 4 70 000 en compétitions équestres, 4 30 000 à l’entraînement de course, 4 et 300 000 chez les particuliers (chevaux de loisirs, retraités, de compagnie…).

2) De nombreuses races
La filière dénombre pas moins de 53 races différentes : 25 races de chevaux de sang (Trotteur français, Selle français, Pursang, Arabe, Anglo-Arabe…), 11 races de poneys (Poney français de selle, Shetland, Connemara…), 10 races de chevaux de trait (Comtois, Breton, Percheron, Ardennais, Cob normand…) et 7 races d’ânes (Baudet du Poitou, Ane du Cotentin, Ane de Provence, Ane normand…).

3) L’équitation, troisième sport le plus pratiqué en France
La pratique de l’équitation s’est largement démocratisée depuis les années 70. Elle se trouve être le troisième sport après le football et le tennis avec 700 000 licenciés aujourd’hui, soit une augmentation de 374 % depuis 1984 dont la majorité sont des femmes. La pratique de l’équitation revêt la forme de l’apprentissage, du loisir ou de la compétition. Une cinquantaine de disciplines différentes sont reconnues : l’attelage, le Concours Complet d’Equitation (CCE), le Concours de Sauts d’Obstacles (CSO), le dressage, l’endurance, les Techniques de Randonnées Equestres de Compétition (TREC)…

4) Des objectifs différents
Le cheval est présent sur tout le territoire mais grâce à la qualité des terres, au savoir-faire, à la puissante sélection génétique depuis des générations, la Basse-Normandie et les Pays de Loire restent les premières régions dans les principales disciplines : le trot, le galop, le concours de saut d’obstacles. Le cheval est une filière agricole qui allie l’élevage, le sport, la compétition et où l’on tente d’associer l’économie, la rentabilité, la raison et la passion. C’est également la seule filière agricole où le monde des amateurs et celui des professionnels se rencontrent et se confrontent.

II - Caractéristiques de l’économie de la filière

1) Une multitude d’emplois
La filière représente un vecteur économique important, notamment en matière d’emplois puisque le cheval est l’activité principale de 60 000 personnes pour 120 métiers différents : lad, jockey, cavalier, palefrenier, maréchal ferrant, ostéopathe….

2) Particularités et précarité des emplois
Les emplois dans le secteur équestre concernent 60 % d’hommes et 40 % de femmes. En formation, 80 % des élèves sont des filles. Il est nécessaire d’être très polyvalent et plusieurs compétences sont recherchées. Le travail auprès des chevaux s’exerce les week-ends, jours fériés et vacances scolaires, en fonction du calendrier des courses, des compétitions professionnelles ou amateurs, et de la disponibilité des pratiquants amateurs. 70 % des personnes qui oeuvrent dans la filière sont des emplois précaires : CDD, apprentis, stagiaires, saisonniers, contrats aidés, occasionnels. 50 000  personnes bénévoles participent à l’organisation des nombreuses manifestations. Les salariés de la filière quittent le métier par lassitude des astreintes de travail, par pénibilité, et du fait des risques professionnels encourus. L’aspiration à moins de contraintes entraîne un turnover important et pose des problèmes de recrutement. En raison des nombreuses difficultés rencontrées (activité parfois dangereuse, horaires contraignants et faible rentabilité du secteur équin), il est préférable d’être pluriactif ou d’organiser sa reconversion.

III - Du rêve à la réalité

1) De l’espoir des plus jeunes
Une partie des jeunes qui s’engage dans le secteur des loisirs et de la compétition a une représentation parfois erronée de la réalité des activités. La désillusion est souvent au rendez-vous au passage d’une activité de loisirs à un métier et ses contraintes.

2) Aux inquiétudes de l’avenir de la filière
Etre éleveur est souvent un rêve mais celui-ci ne se réalise en moyenne qu’à l’âge de 50 ans. Seulement 15 % des éleveurs n’exercent que cette activité d’élevage et 10 % réussissent à dégager un revenu avec un chiffre d’affaires de plus de 20 000 e (le CA moyen des éleveurs est de 15 000 e). 85 % des éleveurs vendent tout ou partie de leur production mais un éleveur sur deux rencontre des difficultés pour vendre ses chevaux. Pour 30 % des éleveurs, la question du calcul économique ne se pose pas (activité professionnelle à l’extérieur, autres revenus…). Ils sont guidés par la passion. Les difficultés rencontrées sont les suivantes :
- la restructuration des missions des Haras Nationaux (privatisation),
- l’ouverture des jeux (opérateurs privés),
- la diminution des aides publiques,
- l’incertitude sur le financement de la filière,
- les difficultés du marché liées en partie à la crise actuelle,
- la concurrence en raison de l’émergence de nouvelles nations,
- la concurrence internationale : les Etats-Unis, 1er importateur de chevaux, se fournissent pour 3 % de leurs achats en France contre 75 % en Belgique, Allemagne, Hollande,
- l’augmentation des importations françaises de chevaux,
- l’inadaptation de l’offre et de la demande: changement d’orientation pour une finalité environnementale (aménagement de l’espace, transport…) et sociale (insertion dans la société),
- les difficultés liées à l’augmentation des taux de TVA,
- la concurrence entre les amateurs et les professionnels.

3) A chaque discipline, un équipement spécifique
En fonction de la discipline pratiquée, les équipements et le matériel peuvent être similaires ou différents et plus ou moins importants. Le plus souvent, les équipements représentent de lourds investissements. Ils peuvent êtes simples ou très luxueux. Le tableau ci-après suivant résume les équipements ou les matériels nécessaires à l’exercice de l’activité en fonction des principaux métiers : éleveurs, cavaliers professionnels, entraîneurs Trot ou Galop, moniteurs en centre équestre. Quelques équipements sont similaires à la plupart des disciplines : boxes, barns, hangars stockage-fourrage, matériels, terrain… L’Expert Foncier qui intervient dans ce milieu doit être en mesure d’adapter son langage, son analyse aux particularités de chaque branche d’activité équestre. Chacune à une philosophie et des objectifs qui lui sont propres. L’expertise nécessite alors la connaissance des infrastructures et des techniques pratiquées au sein de chaque spécialité.

Rédigé par:

Annie LEMASLE, Expert Foncier (50)
Flavie LESERVOISIER, Expert Foncier (35)

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires