Le gouvernement pour une hausse “juste et contrôlée” des prix

P. Olivieri (D'après actuagri)

Exercice délicat pour Bruno Le Maire et Frédéric Lefebvre tenus à la fois de soutenir les producteurs agricoles et de contenir l'inflation des prix à la consommation.

“On ne laissera pas les producteurs agricoles se faire étrangler par l'augmentation du prix des matières premières.” À l'issue de la rencontre mercredi au ministère de l'Agriculture entre les représentants de la production agricole, des industriels et de la distribution destinée à débloquer les difficiles négociations entre fournisseurs et distributeurs sur les tarifs 2011, Bruno Le Maire a été très ferme. Comme lui, Frédéric Lefebvre, le secrétaire d'État au Commerce et à la Consommation, dans une position délicate car censé limiter la hausse du prix du panier de la ménagère, a reconnu que les éleveurs de porcs, de volailles et de viande bovine traversent une phase extrêmement critique consécutive à la flambée des prix des matières premières sur les marchés internationaux. Le ministre estimant à 40 % l'augmentation du prix de l'aliment qu'ont subie les éleveurs sur 60-70 % de leur coût de production. “Nous voulons une répercussion juste et contrôlée de l'augmentation des prix agricoles”, a-t-il poursuivi. Pas question en revanche que les distributeurs profitent de l'occasion pour faire passer des hausses indues qui iraient au-delà de l'augmentation des coûts de production. Par ailleurs, dans les PME de transformation agroalimentaire, “ce sont des milliers d'emplois qui sont en jeu”, a-t-il rappelé.

Les prix abusivement bas sous surveillance

Frédéric Lefebvre a évoqué “deux armes” par lesquelles le gouvernement pourra peser. D'une part l'article L 442-9 du code de Commerce qui sanctionne tout acheteur exigeant de son fournisseur des prix de cession abusivement bas en situation de forte hausse des cours des matières premières agricoles. D'autre part, le - décrié - observatoire des prix et des marges et la DGCCRF traqueront les hausses injustifiées de produits comme la baguette de pain. Un produit pour lequel le coût de la matière première intervient pour quelques cents seulement dans le coût dans le revient total. Le consommateur en sera alors informé. L'article L 442-9 du code de Commerce a été mis en place par la loi du 3 janvier 2008 sur le développement de la concurrence. “Il n'a pas encore été mis en oeuvre à ce jour”, note-t-on au secrétariat d'État au Commerce. Sera-ce suffisant pour lever le voile sur une chaîne des prix encore très opaque et le blocage actuel que les industriels de l'alimentaire qualifient d'inédit ?

 

Des conclusions décevantes

Réponse début mars, lors d'une réunion qu'organiseront les deux ministères avec les acteurs de la production, de la transformation et de la distribution. D'ores et déjà, l'Ania (Association nationale des industries alimentaires) en doute : “Au final, rien de précis n'est sorti de cette réunion dont les conclusions s'avèrent très décevantes”, ont commenté, amers, ses représentants. “Aujourd'hui, l'ensemble du secteur alimentaire subit l'envolée du prix des denrées sans pouvoir la répercuter auprès des distributeurs, qui, sous couvert de débat sur le pouvoir d'achat, sont prêts à mettre à genoux l'ensemble du tissu industriel”, fustige-t-elle. L'Ania regrette par ailleurs que l'hypothèse de hausses injustifiées ait été formulée, rappelant qu'en France, les prix alimentaires sont les plus bas d'Europe derrière l'Allemagne. Les industriels espèrent rencontrer très prochainement Nicolas Sarkozy sur ce sujet. Dans le camp des principaux incriminés, les enseignes de la grande distribution, on se renvoie aussi la balle : le président de Système U, Serge Papin, a ainsi appelé mardi les deux leaders français du secteur, Carrefour et Leclerc, à faire un “geste sur les hausses de prix de certains produits alimentaires”, dans un entretien à La Tribune. S'il considère les hausses de prix inéluctables, Michel Édouard Leclerc fustige lui les “prétentions énormes des grosses machines nationales ou multinationales qui demandent des hausses de 15 à 17 % pour les produits à base de volaille, 6 à 15 % pour les produits laitiers, 18 à 49 % pour le café”. Le bras de fer est loin d'être terminé.
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Source L'Union du Cantal

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