Le maraîchage nantais maintient son cap malgré les obstacles

Guillaume de Werbier

Les maraîchers nantais ont invité Angélique Delahaye, responsable de la commission Communication d’Interfel, et à la tête d’Aprifel (l’agence de promotion des fruits et des légumes).
Les maraîchers nantais ont invité Angélique Delahaye, responsable de la commission Communication d’Interfel, et à la tête d’Aprifel (l’agence de promotion des fruits et des légumes).

Emploi, environnement, énergie…, les maraîchers nantais se mobilisent sur tous les fronts pour maintenir leurs entreprises viables.

Les maraîchers nantais viennent de s’engager dans une démarche filière à travers une con­vention inter-structures (la Fédération des maraîchers nantais, le CDDM et les sept organisations de producteurs) pour renforcer leur coopération, la coordination de leurs efforts, et ainsi mieux répondre aux problématiques que rencontre le maraîchage nantais.
Benoît Langlois-Meurinne, directeur de la Fédération des maraîchers nantais, explique que les neuf structures ont confié à IPM (Innovations et prospectives maraîchères), pilotée par les présidents des neuf partenaires, l’animation de cette nouvelle « dynamique filière ».
Pour IPM, l’emploi, et plus particulièrement la gestion des ressources humaines, arrive parmi les dossiers prioritaires. « Les maraîchers nantais, conscients de leur rôle social local, ont renouvelé fin décembre une convention avec Nantes métropole s’engageant à créer 40 emplois annuels », a rappelé Jean-Roger Garnier, responsable de la commission Emploi – formation, lors de la récente assemblée générale de la Fédération des maraîchers nantais, aux Sorinières. « Avec ses 2 100 salariés en CDI, 3 475 saisonniers, le maraîchage doit être soutenu par l’État », poursuit l’intervenant. « Malheureusement, l’allégement des charges sociales de 1 € de l’heure travaillée pour les salariés en CDI, n’a pas été appliqué ! »
L’environnement est un autre thème crucial pour les producteurs. À titre d’exemple, ils recyclent depuis plus de dix ans leurs plastiques maraîchers. Depuis 2010, plus de 18 000 t de plastiques maraîchers ont été recyclées. Mais les maraîchers regrettent l’augmentation régulière de l’éco-contribution qu’ils payent sur les plastiques neufs. « Pour 2013, l’éco-contribution devait passer de 50 à 80 €/t pour les plastiques fins. Nous avons contesté cette augmentation. Nous avons obtenu la baisse de cette taxe à 65 € », signale Louis Bouyer.

Directive Nitrates

Par ailleurs, la Fédération des maraîchers nantais s’est impliquée dans la rédaction du 4e programme d’action départemental « Directive Nitrates », signé en juillet 2009, souligne Régis Chevalier, animateur à la fédération. « Elle a construit avec la DDTM un outil de contrôle, permettant de vérifier l’engagement des maraîchers dans le respect des doses plafonds. En 2012, la France a changé son fonctionnement. Ainsi, de nouvelles règles sont apparues, sur la base d’un arrêté national et d’un arrêté régional. Ces règles vont être complétées durant l’année 2013. Les contraintes pour les maraîchers sont plus élevées, avec des doses plafonds d’azote abaissées et qui concernent plus de cultures. Cependant, la Fédération des maraîchers nantais est intervenue directement auprès du ministère pour défendre les cultures sous abri et éviter ainsi des contraintes inapplicables pour la mâche nantaise. » « Ce dossier c’est une course de fond très compliquée », remarque Philippe Retière, président de la Fédération des maraîchers nantais.
Les producteurs sont aussi inquiets concernant le sable utilisé pour leurs cultures. La concession du Pilier arrive à son terme en 2018. À ce jour, la demande de reconduction n’a pas été renouvelée. Ce manque de vision a conduit les maraîchers nantais à travailler sur d’autres pistes comme la réduction de l’apport de sable pour les cultures maraîchères et la substitution partielle du sable marin par d’autres matériaux. Des essais sont menés dans ce sens en partenariat avec le CDDM. Des expérimentations sont aussi conduites, avec le soutien de la Région, pour la collecte des sables perdus et leur recyclage.
Le devenir du métam sodium est toujours incertain, ce qui n’est pas pour rassurer les maraîchers. « On va essayer de sauver son utilisation avec des doses et une fréquence qui soient viables », précise Benoît Langlois-Meurinne. « On travaille dans le même temps avec les Pouvoirs publics pour voir comment on peut continuer à profiter de dérogations qui nous permettent de travailler cor­rec­tement avec le métam so­dium. » En parallèle, des méthodes alternatives de traitement des cultures sont recherchées en partenariat avec le CDDM. « Mais, pour l’heure les solutions trouvées ne sont pas fiables, voire ajoutent des contraintes », insiste Philippe Retière.
Les maraîchers nantais restent toujours très dynamiques sur les questions de l’énergie. Ils ont embauché un chargé de mission pour suivre notamment les projets d’installation de cogénérations. « La Loire-Atlantique est toujours premier département cogénérateur en France » souligne Jean-François Vinet. « Les banquiers jouent le jeu pour accompagner les jeunes serristes à la cogénération. » Le chargé de mission va aussi s’occuper des problématiques énergétiques des producteurs de plein champ.

Le compte n’y est pas

Suite à la crise E. Coli en 2011, le Gouvernement a mis en œuvre un plan d’action pour les filières Fruits et Légumes, avec une enveloppe de 952 000 € pour les Pays de la Loire. « Initialement réservée à la tomate, concombre et pêche-nectarine, cette enveloppe s’est ouverte aux productions de plein-champ grâce à l’action de la Fédération des maraîchers nantais », souligne Dominique Ducoin. « Ain­si les serristes ont bénéficié du dispositif FAC (Fonds d’allègement des charges – prise en charge d’intérêts bancaires) et les producteurs de plein-champ du dispositif PECMSA (Prise en Charge des cotisations MSA) pour un montant global de 542 356 € répartis sur 171 dossiers de maraîchers nantais. » Montant insuffisant pestent les maraîchers. « Ces aides ont été plafonnées par la règle de minimis, ce qui n’a pas permis aux producteurs de faire face aux pertes, estimées à 40 millions d’euros en 2011. »

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