Le spectre de la myxomatose plane sur les élevages de lapins

Catherine Perrot

Benoît Bigeard, président de la section cunicole de la FNSEA 44, s’inquiète de la pénurie actuelle de vaccins contre la myxomatose.
Benoît Bigeard, président de la section cunicole de la FNSEA 44, s’inquiète de la pénurie actuelle de vaccins contre la myxomatose.

La production cunicole se bat depuis des années contre une crise causée par des prix de la viande trop bas et des coûts d’aliment élevés. Mais un nouveau souci se profile : le manque de vaccins contre la myxomatose.

Pour un éleveur de lapin, le seul mot de myxomatose suffit à provoquer l’inquiétude. Cette maladie, mortelle dans presque tous les cas, a d’ailleurs laissé des traces dans la mémoire collective : quiconque avait des lapins dans les années cinquante, se souvient de leurs yeux rouges et purulents, de leurs nodules, œdèmes et saignements, puis de leur mort à plus ou moins brève échéance.

Si la maladie continue de sévir sur les populations sauvages de lapin, dans les élevages modernes de lapins, la myxomatose est sévèrement contrôlée. « Nos lapins sont vaccinés contre deux maladies principales : la myxomatose et le VHD(1)», explique Benoît Bigeard, éleveur à Saint-Nazaire et responsable de cette production à la FNSEA 44.

Avec son épouse, Benoît Bigeard conduit un élevage de 1 300 mères lapines : « Nous sommes naisseurs-engraisseurs, comme 99 % des éleveurs de lapins ». Son bâtiment, neuf, est conçu selon le système le plus courant et le plus sûr aujourd’hui : deux salles identiques, où les cages sont modulables et servent alternativement de cages de maternité et de cages d’engraissement.

En élevage cunicole, les aspects sanitaires sont fondamentaux : outre le contrôle sévère des accès, chaque moitié de bâtiment est entièrement désinfectée et désinsectisée à chaque départ de bande. La vaccination constitue l’autre pilier de cette gestion sanitaire.

Le programme myxomatose en élevage comprend deux injections (par Dermojet, un système à piston qui injecte le vaccin à travers la peau de l’oreille) chez les jeunes, à 6 semaines, puis à 12 semaines. Chez les mères, le vaccin doit être fait tous les trois à quatre mois.

Au début de ce mois d’octobre, Benoît Bigeard souhaite passer commande de vaccins auprès de sa vétérinaire habituelle, Bernadette Le Normand (clinique vétérinaire des Marches de Bretagne) : or, celle-ci lui apprend que le laboratoire Mérial rencontre des soucis de production ! « Mérial m’a informée d’un problème sur son usine de Lyon », confie cette vétérinaire cunicole. « Nous n’avons pas d’autres vaccins français : Mérial est l’unique fournisseur de vaccins antimyxomateux pour la France et même pour d’autres pays européens. »

Pour Benoît Bigeard, la nouvelle est dure à avaler. Et plus qu’inquiétante : « J’ai zéro stock ! » Pour le dépanner, sa vétérinaire fait « ses fonds de tiroirs », lui dénichant des boîtes de 10 doses, alors qu’il travaillait avec des 40 doses, voire, des 200 doses !

Bernadette Le Normand a par ailleurs pris le problème à bras-le-corps et se renseigne pour importer du vaccin d’Espagne. « Il faut faire des demandes officielles d’importation, tout cela est très réglementé », confie-t-elle. « Mais ces laboratoires n’ont pas de stocks, et il y aura donc des délais de fabrication. » Dans l’immédiat, la vétérinaire ne voit pas d’autres solutions que de demander aux éleveurs de « tenir le plus longtemps possible », c’est-à-dire en espaçant les injections aux limites supérieures du protocole ; et de ne rien lâcher sur la désinfection et la désinsectisation.

Ensuite, elle envisage de devoir réserver les quelques doses qu’elle pourra avoir aux éleveurs les plus à risques : c’est le cas de Benoît Bigeard, dont l’élevage est situé aux portes de la Brière. Ce dernier, quant à lui, en est à se poser des questions. Certes, les groupements sont au courant du problème, l’interprofession (Clipp) s’en est également saisie. « Mais est-ce cette pénurie est liée au fait que nous ne sommes qu’une petite filière ? Pas assez puissante ? Pas assez rentable pour Mérial ? Et ces accidents vont-ils se reproduire ? » Contacté, le laboratoire Mérial (lire ci-dessous) répond que ce souci d’approvisionnement est le premier de cette ampleur en plus de vingt ans. Et qu’il n’a pas vocation à se reproduire plus souvent à l’avenir.

(1)Viral haemorrhagic disease (maladie hémorragique virale).

Un virus introduit

Le virus de la myxomatose est originaire d’Amérique du sud, où il affecte peu ou pas le « lapin » local. Il a été volontairement introduit sur d’autres continents, en particulier en Australie sur décision des autorités pour réguler les populations de lapins. En France, c’est un particulier qui, pour protéger ses cultures, a volontairement introduit des animaux contaminés. Entre 1952 (arrivée de deux lapins infectés en Eure-et-Loir) et 1955, la maladie a décimé 90 à 98 % des lapins, pour le plus grand désespoir des chasseurs, des éleveurs et des fourreurs.

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