Les biens de section : “Un atout pour notre agriculture !”

PROPOS RECUEILLIS  PAR PATRICIA OLIVIERI

Loin de l’image conflictuelle que certains accolent selon lui aux biens de section, L.-F. Fontant, qui ne briguera pas de troisième mandat, défend leur intérêt agricole.

Le Sénat vient d’adopter une proposition de loi - portée par le sénateur Mézard - visant à faciliter le transfert des biens de section aux communes. Est-ce que ce texte va dans le bon sens selon vous ?

Louis-François Fontant, président de la Chambre d’agriculture : “Cette proposition de loi n’est pas assez précise. Le seul sujet dont traite ce texte c’est effectivement comment faciliter la communalisation des biens de section. Si cette communalisation fait peut-être partie de la modernisation du système, elle est rarement la solution pour arranger les situations quand il y a localement un problème.”

On diabolise donc à tort selon vous la gestion de ces biens souvent montrée comme un casse-tête pour les élus ?

L.-F. F. : “Oui je le pense. Les biens de section ou “communaux” ne sont pas un problème pour l’agriculture du Cantal. Au contraire ! C’est un atout important pour un département où justement le prix du foncier est lui un véritable problème. La mise à disposition de ce foncier (NDLR : biens de section) en général bon marché est une chance pour l’agriculture du Cantal. Il faut d’ailleurs souligner que ces biens de section sont importants sur les territoires les plus difficiles, là où il n’y a pas d’autre activité que l’activité agricole, des zones peu attractives y compris pour l’agriculture avec peu d’installations. Sur les 50 000 ha de biens de section que compte le Cantal, seuls quelques centaines sont source de conflits. Je parle par expérience, la Chambre d’agriculture s’étant beaucoup investie pour aider à une bonne gestion de ces biens, avec réussite. C’est un domaine où on a vraiment bien travaillé, où on est presque toujours arrivé à faire en sorte que les agriculteurs s’entendent entre eux et proposent une gestion de ces biens acceptée par tout le monde.”

Derrière ce transfert facilité, faut-il voir la porte ouverte à la suppression à terme de ce dispositif ancestral ?

L.-F. F. : “Effectivement, on a le désagréable sentiment que certains ne veulent aborder cette question que sous l’angle de difficultés pour mieux faire disparaître cette spécificité. Ceux-là se trompent. Les biens de section agricoles relèvent d’une question agricole. Cela ne doit devenir une question de conseil municipal et d’élus qu’une fois que l’agriculture a trouvé la bonne organisation.”

Vous êtes donc partisan de revoir cette proposition de loi ?

L.-F. F. : “Qu’il y ait transfert ou pas, on s’en fiche un peu. Ce qui est absolument nécessaire, et que ne prévoit pas cette loi, c’est que les biens communaux ou communalisés n’aient pour utilisateurs possibles que des agriculteurs. Et empêcher ainsi, par exemple, que la commune s’en serve pour en faire une pension d’animaux provenant de l’extérieur. Encore une fois, il est essentiel que les agriculteurs puissent s’organiser pour gérer ces biens communaux ou communalisés. S’ils n’y arrivaient pas, alors il faut que la commune ait les moyens de les gérer au profit des agriculteurs de la commune. Le pire serait que la communalisation aboutisse à ce que les biens de section deviennent soit des estives pour des agriculteurs extérieurs, soit connaissent une utilisation autre qu’agricole.”

Les biens de section : “Un atout pour notre agriculture !”

Il y a donc aussi un enjeu financier pour les communes ?

L.-F. F. : “Bien sûr. Une commune peut penser qu’elle gagnera de l’argent en prenant des animaux à l’estive ou en proposant à une société d’y faire un parc photovoltaïque au sol ou un parc d’attraction...”

On vous sent très impliqué sur ce sujet. Continuerez-vous à porter ce dossier au-delà du 31 janvier 2013 ?

L.-F. F. : “Non. Si je reste passionné par les questions agricoles, je ne serai pas candidat à un troisième mandat.”

Pour quelles raisons ?

L.-F. F. : “La question ne se pose pas et ne doit pas se poser. Le renouvellement des responsables me paraît quelque chose d’obligatoire. Douze ans de mandat, c’est déjà pas mal ! Il est naturel après douze ans de vouloir changer et que les autres aient aussi envie de changement. L’agriculture évolue, il faut que les responsables changent eux aussi. Je pense qu’il faut s’obliger à limiter la durée et le nombre de mandats. Personnellement, j’aime le changement, même si j’ai été - et je reste - passionné. Je me suis régalé dans ces fonctions et le travail qu’on a pu faire avec le sentiment d’avoir été quelques fois efficaces. Et aller au-delà de douze ans, ça voudrait dire qu’en une génération on ne verrait que trois personnes assurer ce mandat. Ce n’est pas souhaitable, alors qu’il y a plein de gens qui ont la capacité et l’envie de le faire.”

Qui pourrait prendre la relève justement ?

L.-F. F. : “Ce n’est sûrement pas à moi de choisir. La FDSEA a la chance d’avoir plusieurs candidats potentiels de grande valeur et le choix se fera lors de son assemblée générale.”

Certains prédisent déjà votre implication aux prochaines municipales... Info ou intox ?

L.-F. F. : “Je n’ai jamais eu de plan de carrière et il est trop tôt pour décider quoi que ce soit aujourd’hui. De toute façon, ce n’est pas une décision individuelle. C’est une équipe qui fait le choix d’y aller.”

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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