Les biocarburants, une réponse à la Cop 21 ?

Lise Monteillet

Les biocarburants, une réponse à la Cop 21 ?

Claude Roy, président du Club des Bioéconomistes, entend donner des lettres de noblesses à la bio-économie, qui constitue selon lui, une solution face au changement climatique.

Une gestion intelligente des ressources

« A chaque fois, on bute sur le même problème : la gestion intelligente des ressources », poursuit Claude Roy. Autrement dit, il ne sert à rien de développer des biocarburants si on engendre la famine. L’objectif de sécurité alimentaire impose un arbitrage public. 

Claude Roy estime cependant qu’il est impossible de réduire les émissions de gaz à effet de serre, comme l’Accord de Paris le prévoit, « sans augmenter la production de biocarburants ». Même s’il admet qu’avant tout, il faudra diminuer la consommation, et donc changer nos modes de vie. 

Dans un monde où le public « ne croit plus ce qu’on lui dit », en particulier quand le message provient de l’État ou de l’univers de la recherche, le club des Bioéconomistes s’est donné comme mission de « redonner aux jeunes le goût de l’industrie du vivant », selon Claude Roy, son président.  Il en est intimement convaincu : la bioéconomie est une réponse au changement climatique. Et de rappeler les trois devises de son « think tank » : productivité, sobriété, diversité.

Avec deux millions d’hectares en France, la bio-économie « n’est plus un gadget », souligne-t-il. Ce dernier a réalisé un état des lieux de l’ensemble des activités qui valorisent la biomasse, lors d’une table ronde organisée le 6 octobre à l’Académie d’agriculture. La bio-économie regroupe plusieurs filières, dont le bois matériau ou énergie, les néo-matériaux fibreux, composites et polymères, la chimie du végétal, les biocarburants, la méthanisation, etc.

Dépasser certains paradoxes

Les biocarburants de 2e génération pourraient offrir une alternative nouvelle, en élargissant l’éventail des matières premières utilisables au bois ou à la paille. Le programme Futurol teste actuellement leur faisabilité à l’échelle industrielle. Alors que le projet touche à sa fin, les résultats semblent positifs : « on sait produire un biocarburant de deuxième génération qui pourra atteindre le prix de l’essence, voire être moins cher », annonce Frédéric Martel, le directeur général de Procéthol 2G.

En valorisant davantage la biomasse, ne risque-t-on pas aussi de réduire le stockage du carbone dans le sol ? « Un équilibre agronomique est à respecter », estime André Jean Guérin, administrateur de la Fondation Nicolas Hulot, qui croit cependant qu’« on peut produire plus de biomasse tout en stockant davantage ».

Dernière question qui fâche : la bio-économie est-elle compétitive ? « Non, dans la plupart des cas », admet Claude Roy. Mais il faut cesser de « comparer des choux avec des carottes », selon lui. La bio-économie génère des externalités positives, non monétarisées.

Depuis une trentaine d’années, elle est aussi une source d’emplois non délocalisables. 95 000 emplois directs ont été créés dans les nouvelles biofilières, en 20 ans. Selon Claude Roy, c’est plutôt l’inconstance des politiques publiques qui constitue l’obstacle principal au développement de la bio-économie. 

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