Les JA 52 lancent un appel au secours

Avenir agricole et rural de la Haute Marne 52

C’est un appel au secours qui a été lancé par les Jeunes Agriculteurs à leur Président national, François Thabuis, lors de leur assemblée générale à propos de la réforme de la PAC. Les zones intermédiaires, et donc l’installation, vont être fortement impactées.

Les Jeunes Agriculteurs comptent 320 adhérents.

Installations en baisse

Avec le renfort de quelques classes, la salle de conférence Edgar Pisani était comble. Les exposés ont aussi été d’une densité remarquable. 

Vincent Courtier, a exprimé ses inquiétudes quant à la baisse du nombre d’installations d’agriculteurs : «En 10 ans, on a perdu un quart des agriculteurs en France, et en Haute-Marne c’est la moitié en quarante ans. Il faut soutenir l’élevage avant qu’il ne disparaisse». Sur la réforme de la PAC, il affirme qu’ «on peut encore bouger les choses sur le deuxième pilier, on va perdre entre 30 et 40% de nos aides, soit une baisse de 57 Euros / ha».

«Mini réforme, maxi complications»

Nicolas-Jean Brehon, conseiller au Sénat, a expliqué que la PAC était devenue libérale avec des aides au revenu qui ont remplacé progressivement les soutiens au marché.

«On garde le même budget, quel que soit le nombre d’Etats Membres et l’évolution de l’inflation». Le niveau d’aide va aussi être harmonisé par l’effet de la convergence européenne et nationale. Il a évoqué les problèmes liés au verdissement qui représente désormais 30 % du premier pilier (maintien des prairies permanentes, diversité des cultures et SIE).

Nicolas-Jean Brehon estime qu’il ne s’agit pas d’une profonde évolution, c’est la poursuite de la politique engagée par les deux précédentes réformes, mais elle comporte un maximum de complication, surtout avec les options prises par la France. Son exposé a été largement conforté par les cas concrets présentés par la Chambre d’Agriculture.

L’élevage hors zone défavorisée en danger

Gilles Saget, de la chambre d’agriculture de la Haute-Marne, a expliqué le fonctionnement de la réforme et ses conséquences. Il n’y a pas de contraintes trop lourdes au niveau de la diversification des assolements pour le département. De même pour les surfaces d’intérêt écologique (SIE) qui doivent représenter au moins 5 % de la surface arable, au lieu de la totalité de la SAU actuellement ; ce qui peut être à la fois un avantage (par la diminution des surfaces) mais aussi un inconvénient (par l’impossibilité de prendre en compte des SIE à l’intérieur des prairies).

Il y a un renforcement global du couplage pour l’élevage, c’est le cas pour la PMTVA, mais elle est divisée par un plus grand nombre de vaches sur le territoire français. En effet, l’enveloppe globale passe de 643 à 660 millions d’Euros ; ce qui ne permettra pas de verser 200 Euros aux 4 millions de vaches présentes, voire davantage si on y ajoute les génisses.

La dégressivité risque donc d’être très sévère au-delà de 40 ; elle est estimée dans les simulations à 70 Euros. Ce dispositif va être pénalisant pour la Haute-Marne, car les troupeaux sont parmi les plus importants de France. Ce sont les éleveurs spécialisés qui seront les plus impactés. En contrepartie, les élevages mixtes, jusque-là exclus totalement ou partiellement de l’aide directe, seront gagnants ; ce qui est plutôt favorable au département avec 35% de vaches nourrices jusque-là non reconnues.

Les ovins s’en sortent mieux avec une enveloppe globale qui passe de 114 à 125 millions d’Euros. Cette filière n’a pas le même problème de surnombre à gérer, car le troupeau «France» a malheureusement tendance à diminuer.

L’aide future pourrait ainsi passer de 23 à 28 Euros.

Concernant la filière laitière, 95 millions d’Euros ont été fléchés vers le couplage des vaches laitières. Cette maigre enveloppe laisse espérer une prime de l’ordre de 30 Euros dans la limite d’un plafond de 40 vaches, soit 1200 Euros / exploitations, ce qui est considéré dérisoire par les Jeunes Agriculteurs qui ont insisté sur la nécessité d’avoir des prix rémunérateurs.

Le département de la Haute-Marne, comme toutes les zones intermédiaires est aussi fortement contributeur dans le cadre du paiement redistributif qui a été défendu par «Jeunes Agriculteurs National». François Thabuis a dû s’en expliquer le matin auprès des responsables Haut-Marnais et il semble avoir bien pris la mesure du problème qui ne sera qu’en partie réglé avec la transparence PAC systématique promise par le ministre pour les GAEC.

Le second pilier et les mesures agro-environnementale climatiques (MAEC)

La Haute-Marne bénéficie actuellement de 4 mesures d’envergure avec l’ICHN en zones défavorisées, la PHAE, Natura 2000 Bassigny et la mesure rotationnelle.

Le Ministère a pris des dispositions pour majorer l’ICHN qui sera aussi plus facilement accessible aux élévages laitiers. Il a, d’autre part, prévu de transférer la PHAE sur cette aide, mais il a laissé les autres mesures à la discrétion des Conseils Régionaux qui se sont vus attribuer des enveloppes soi-disant adéquates au titre du FEADER.

Or, les premiers retours des arbitrages Champ’Ardennais sont très inquiétants pour l’agriculture Haut-Marnaise qui risque de perdre la mesure rotationnelle et la mesure Natura 2000 Bassigny, sans réelle substitution par de nouvelles mesures.

Les simulations faites par Gilles SAGET ont bien démontré le fort impact sur les exploitations hors zones défavorisées et principalement des exploitations d’élevage qui ne vont pas pouvoir obtenir le report des aides actuellement accordées dans le cadre du second pilier.

Ce constat se cumule avec les impacts négatifs du premier pilier. Contrairement à l’affichage politique national, l’élevage sort perdant de cette réforme et ce contrat a été rappelé par de nombreux intervenants.

Un avenir à (re)construire

Régis Jacobé, président de la Chambre d’agriculture de Champagne-Ardenne a réagi : «On n’a pas réussi à se faire entendre au niveau national, on n’a pas suffisamment de deuxième pilier. Les petites exploitations se retrouvent avec une meilleure marge à l’hectare, mais si demain, on ne produit pas plus de lait, les industriels ne vont plus investir». La Haute-Marne possède le plus de GAEC sur la région, il faut donc être productif et performant dans le cadre d’une concurrence européenne. L’objectif est de vivre sans soutien public avec un prix juste. Thierry Lahaye, président de la FDSEA 52, déplore le manque de soutien.

Vous pouvez découvrir la suite de cet article dans l'Avenir Agricole et Rual du 07 Février 2014.

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier