Les nouveaux défis de l'industrie alimentaire française

Retrouver la compétitivité pour regagner les parts de marché à l'exportation et améliorer l'image de la profession : les enjeux de l'agroalimentaire français.

On a beau être la première industrie française, avoir traversé plutôt moins mal que les autres la crise de 2009 (- 9 % sur le chiffre d'affaire et - 1 % sur les marges) tout en conservant le même nombre de salariés (400 000), il n'est pas interdit pour autant de s'interroger sur son avenir. C'est ce qu'ont fait les industriels de l'alimentaire réunis en colloque par l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) dans le cadre du Salon international de l'alimentation (Sial), le 20 octobre à Villepinte. C'est que les industries agroalimentaires sont devenues un colosse au pied d'argile. Au niveau national, cette industrie souffre d'un déficit d'image et manque d'attractivité ce qui fait que 10 000 emplois restent en permanence à pourvoir. Un phénomène inquiétant alors que dans les dix ans qui viennent près de la moitié du personnel devra être renouvelé. “Il est grand temps de sortir de l'ombre de la distribution pour devenir l'industrie préférée des Français”, a déclaré en préambule Jean-René Buisson, président de l'Ania. À l'exportation, les industries françaises ne cessent de perdre des parts de marché. Bien qu'affichant toujours un solde positif de plus de cinq milliards en 2009, les produits français ont perdu de leur compétitivité.

Un label France

Cette recherche d'une nouvelle compétitivité a été le leitmotiv de ce colloque. C'est également la feuille de route qu'est venue délivrer le ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche qui a proposé plusieurs règles à adopter. Tout d'abord, faire l'unité entre les rangs alors que la division règne et que les “chapelles” sont multiples. Bruno Lemaire a été très impressionné par la présence massive de l'Italie, premier pavillon étranger à se présenter au Sial sous un même label “Italia” et une identité visuelle identique. Le ministre souhaite que le nouveau comité stratégique des industries alimentaires qu'il vient d'installer réfléchisse à un label “France” pour l'exportation et, qu'au niveau national, les centrales d'achat de la distribution donnent de la visibilité aux produits alimentaires. Pour que la France retrouve de façon pérenne son leader-ship en matière agroalimentaire, les industries doivent retrouver leur compétitivité. Cela passe notamment par le redressement des filières agricoles qui viennent de se voir doter de 300 millions d'euros sur trois ans pour, notamment, faire des économies d'énergies et assurer une meilleure gestion de l'offre, ainsi qu'un audit de l'abattage. Les industries doivent également miser sur l'innovation. Les plus petites sont encouragées à se regrouper pour atteindre une taille critique à l'exportation, des outils leur sont fournis par le plan stratégique “défi 2014”. Il convient surtout de réduire les coûts de production, notamment sur celui du travail. Certes, les récentes mesure d'exonération des charges patronales sur la main d'oeuvre occasionnelle ont permis de ramener le coût horaire de 11, 29 e à près de 9 e soit sensiblement le même niveau que l'Espagne, l'Italie ou l'Allemagne, mais il reste à faire de même avec la main d'oeuvre permanente.

 

Euro trop fort

Il convient également d'harmoniser les règles européennes notamment dans le transport qui pèse pour environ 10 % dans le coût final du produit. Le ministre plaide pour une harmonisation des tonnages, en prenant position pour un passage de la capacité de transport des camions de 40 à 44 tonnes. Bruno Le Maire travaille également à supprimer certains freins à l'export tels que la levée de l'embargo russe sur les viandes bovines. Enfin, dernier frein que le ministre souhaite voir levé, celui de la parité des monnaies. La nouvelle envolée de l'euro risque de venir annihiler l'embellie du premier semestre favorisée par une baisse de la devise européenne. Dans cette guerre des monnaies, l'économiste Daniel Cohen voit un nouvel instrument protectionniste mis en place par les États pour sortir de la crise et craint que les Européens ne payent les pots cassés de la mauvaise entente entre les Américains et les Chinois en la matière. “Ce sera difficile”, a reconnu le ministre qui espère que le prochain G20 présidé par la France se saisira de ce sujet stratégique pour nos industries.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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