Les prix agricoles et les États généraux au menu de la rentrée syndicale

15 UNION DU CANTAL

résident de la FDSEA depuis quelques semaines, Joël Piganiol est éleveur de limousines à Sénezergues, associé avec son frère.

Si les éleveurs cantaliens ont pu bénéficier d’une vraie accalmie sur le front des aléas climatiques et des rats taupiers, le sujet des prix et du revenu demeure une urgence de la FDSEA. 

Cela fait longtemps que le département n’a pas connu de conditions climatiques si favorables pour l’élevage. La situation fourragère semble exceptionnelle tant sur les récoltes d’herbe que celles de maïs à venir. Faut-il nuancer ce constat ? Joël Piganiol, président de la FDSEA du Cantal : “En effet, la situation fourragère est excellente sur une grande partie du département, en particulier sur le versant Ouest. Sur le reste du territoire, malgré les récoltes réalisées au printemps, le bilan est moins bon. Il faut cependant relativiser par rapport à ce que connaissent nos collègues d’autres régions qui vivent une situation extrêmement difficile, par endroits proche de celles de 1976 ou 2003. Il convient pour autant de rester vigilant par rapport à des épisodes de grêle ou de forts coups de vent. Nous avons déjà fait remonter à l’administration les dégâts liés à ces phénomènes, notamment sur Pleaux et Lorcières. Depuis, après expertise de la DDT(1), il s’est avéré que ces deux dossiers ne pouvaient faire l’objet d’une procédure de calamités agricoles.”

Pas de sécheresse et un reflux aussi des campagnols terrestres. C’est un grand soulagement ? J. P. : “On constate clairement une situation de repli des pullulations. Mais on observe par endroits, sur les plateaux, des signes de reprise sur des parcelles fauchées en regain. Ce qui nous incite à rester très attentifs par rapport à une possible recrudescence dans certaines zones et au suivi des pistes de recherche. Nous espérons à ce titre pouvoir tester très rapidement le phosphure de zinc qui devrait être expérimenté dans le cadre d’une procédure commune Draaf-Chambre d’agriculture.”

Sur ce dossier, la bonne nouvelle est venue cet été du versement, enfin, des indemnisations, du moins sur l’enveloppe FMSE... J. P. : “On se satifsait de cette avancée significative. C’est une vraie victoire syndicale ! Il ne faut pas oublier qu’on a ouvert, via le FMSE, une nouvelle procédure, inédite, pour intervenir suite aux dégâts des rats taupiers. Il a fallu construire, pas à pas, et avec beaucoup de détermination, cette démarche pour permettre un retour financier aux éleveurs touchés. En revanche, on reste aujourd’hui dans l’attente de la déclinaison des engagements qui incombent à l’État, c’est-à-dire le versement de la part relevant du financement national et du cofinancement européen. Il faut que ce règlement s’opère dans les plus brefs délais. On ne comprendrait pas que ce dossier soit à nouveau remis en cause dans sa construction ou à retravailler. Nous allons interpeller une nouvelle fois le préfet à ce sujet lors de la session de la Chambre d’agriculture vendredi. L’État doit aussi assumer un autre engagement entériné en juillet par arrêté ministériel et qui concerne l’indemnisation de la lutte. Un paiement qui devrait être effectif ce début d’automne.  Nous souhaitons clairement que les comptes des exploitations bénéficient de ces apports financiers pour, derrière, à nouveau travailler sur des contrats couvrant 2017 et les années à venir. Car si on devait se retrouver face à de nouvelles pullulations, il n’y aurait d’accompagnement possible que pour ceux qui auront formalisé ce contrat de lutte.”

La campagne du broutard s’ouvre. Quelles sont les tendances des marchés du maigre et de la viande bovine ? J. P. : “La campagne du broutard s’est ouverte sur des bases plutôt favorables en termes d’écoulement des animaux, avec une demande bien présente. Pour ce qui est des prix, on espère toujours mieux et l’ouverture d’un marché pays tiers, tel que l’Algérie ou la Turquie dans les prochaines semaines, pourrait donner un appel d’air au bénéfice des éleveurs. Concernant la valorisation des animaux finis, on a un retour sur un certain nombre de vaches revalorisées dans le cadre de la démarche “Éleveurs et engagés” (NDLR : “Cœur de gamme”). Nous avons pu travailler cet été avec Covial et Altitude sur ce dossier et nous attendons que l’ensemble des autres acteurs de la filière fasse bénéficier aux agriculteurs de ce retour de prix, juste et nécessaire.”

Il y a du mieux également sur le marché laitier... J. P. : “Les prix sur la fin d’été et pour l’automne s’annoncent effectivement meilleurs en lait blanc et devraient amener une valorisation au-delà des 315 €/1 000 l, compensant l’entame de l’année. Mais cela ne suffira clairement pas à assurer des revenus décents aux producteurs de lait du Cantal. Aussi, on s’appuie sur le travail de la FNPL visant une revalorisation du prix du lait mais on reste très dubitatifs sur l’attitude des grands groupes laitiers français qui captent la valeur sur ce lait.” D’où l’importance des États généraux de l’Alimentation (EGA) pour rebattre les cartes de la répartition de la valeur ajoutée dans les filières ? J. P. : “Qu’il s’agisse de la filière laitière ou viande bovine, la construction du prix - telle qu’elle s’opère aujourd’hui - ne permet pas aux agriculteurs de vivre correctement de leur travail.

Nous attendons donc beaucoup de ces États généraux, qui, comme l’a annoncé lors de sa campagne le candidat Macron, doivent permettre de rééquilibrer les rapports entre les acteurs des filières et, de fait, le partage de valeur. Mais là aussi, on est un peu inquiets de l’approche qui a prévalu à l’ouverture des EGA avec une dispersion sur de nombreux thèmes sociétaux qui tend à évacuer le sujet initial et essentiel du prix. Tous les responsables nationaux issus de notre département (Patrick Bénézit, Bruno Dufayet et Jérôme Pitot, NDLR) qui suivent ces travaux seront extrêmement vigilants pour défendre notre priorité : la valeur et le revenu des agriculteurs. Dans les prochains jours, nous allons solliciter nos parlementaires pour qu’ils soient des acteurs déterminés du débat parlementaire à venir. Dans cette même optique, même s’il ne gère pas le portefeuille de l’agriculture, nous avons aussi invité le ministre Mézard, afin qu’il soit un porte-drapeau, sous l’angle des territoires, de notre agriculture de montagne.”

(1) Direction départementale des territoires.

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