Les producteurs de lait questionnent les grandes surfaces

Christian Fournier

Ce mercredi, 10 h 30, devant l'annexe de la Chambre d'agriculture de Saint-Flour. Jean-Marc Crespin, responsable des JA de Ruynes-en-Margeride et Daniel Pellegry, de la section laitière de la FDSEA, sont là pour comprendre pourquoi la profession ne s'en sort pas : “D'un côté, nous demandons qu'il y ait une plus-value par rapport à l'AOC, et de l'autre, nous sommes à
1,50 F (0,228 e) pour le prix de base du lait. Nos entreprises prévoient en plus au second trimestre un prix aux 1 000 litres qui sera en baisse de 76 euros (en moyenne) par rapport à 2008”.

Des producteurs qui souffrent

Une inquiétude et une exaspération que partage Joëlle, qui a pris part à l'action au pied levé. Mariée, trois enfants et installée à Faverolles depuis 2003 en individuel, elle ne s'en sortait plus. Son époux a quitté son travail pour devenir conjoint d'exploitation et, aujourd'hui, c'est le cauchemar : les 36 laitières et les 157 000 litres de référence - la moyenne dans le Cantal - ne suffisent plus à nourrir la famille. Incriminée : “la baisse du prix du lait” alors même qu'elle a signé pour l'AOC cantal. Aussi, depuis un an, cette jeune femme était à la recherche d'un autre emploi pour pallier le manque de revenus. Elle a pu en trouver un, à mi-temps, dans un tabac presse. “Je pensais gagner ma vie avec ce travail que j'aime, l'agriculture”, mais, force est de constater que, “si en 2003, c'était imaginable, c'est aujourd'hui impossible.…” “On ne gagne rien à être dans l'AOC”, reconnaît Daniel Pellegry, amer : “L'AOC nous impose des contraintes supplémentaires. Nous allons donc jouer le jeu mais si, au final, on se rend compte que le jeu n'en vaut pas la chandelle, nous reviendrons au lait blanc”, déclare-t-il, fataliste. Les producteurs se sentent en effet floués dans cette opération, mais ils reconnaissent aussi que “si nous n'étions pas dans l'AOC, ce serait pire. Nous avons quand même obtenu une plus-value de 30 E.” Là où le bât blesse, c'est que, “tout compte fait, avec la baisse du prix du lait, et l'augmentation du prix des charges, cette hausse a été largement gommée”. Daniel Pellegry poursuit : “Nos entreprises, les coopératives, nous disent qu'elle subissent la pression de la GMS(1) qui font baisser le prix du lait alors que l'on voit bien que les prix à la consommation ne cessent d'augmenter… Il y a donc quelque part quelqu'un qui s'enrichit…”

 

Poker menteur

Mais qui ? À l'instar du mouvement départemental, ils se mettent donc en route vers les grandes surfaces locales : Intermarché et Carrefour, pour relever le prix des produits laitiers, exposer leur situation et tenter de trouver des réponses. À Intermarché, le directeur s'est déplacé pour échanger avec le groupe : “Les entreprises laitières sont à bout”, affirme Jean-Marc Crespin. On ne gagne plus notre vie.” “On ne baissera d'ailleurs plus bien longtemps nos prix car nous n'existerons plus”, renchérit Daniel Pellegry. “Facture à l'appui, je vous assure que nos prix d'achat augmentent, mais pas nos marges”, réplique Thierry Letocart. “Nos entreprises disent le contraire”, lance Daniel Pellegry, néanmoins ébranlé par le fait que le prix d'achat à ces mêmes entreprises, par Intermarché, (donnée confidentielle) est plus élevé qu'ils ne croyaient… Alors, qui a raison ? Thierry Letocart propose une table ronde entre tous les acteurs de la filière et que “tout soit mis à plat”. Mais hors de question pour les uns et les autres d'une conclusion hâtive : “Il faut, estiment-ils tous, bien tout calculer, les charges, les investissements,…” Et si, tout simplement, le fromage cantal était vendu trop bas en GMS, deux fois moins cher que le comté, quand même… “Chacun doit nécessairement avoir sa marge” convient le directeur d'Intermarché qui regrette néanmoins “une GMS trop vite montrée du doigt”.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du cantal

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