« Les remplacements pour cause d’accident ou maladie ont augmenté »

Lise Monteillet

Laurence Lubrun, secrétaire nationale du Service remplacement
Laurence Lubrun, secrétaire nationale du Service remplacement.

Rencontre avec Laurence Lubrun, secrétaire nationale du Service de remplacement. Elle revient sur l’aide au répit, l’impact des crises agricoles sur le fonctionnement du service, le coût du remplacement. Ce réseau est en prise directe avec les maux de l’agriculture.

La crise de l’agriculture a-t-elle laissé des marques sur l’activité du service de remplacement ?  Ce sont notamment vos agents qui assurent les remplacements sur les exploitations agricoles quand les agriculteurs demandent « l’aide au répit »…

Laurence Lubrun : Une enveloppe nationale a été débloquée en 2017 pour financer une aide envers les agriculteurs en situation d’épuisement professionnel. La MSA s’est tournée vers nous pour assurer les remplacements sur les exploitations. Ce sont les zones d’élevage qui sont les plus demandeuses et plus particulièrement les bassins de production laitière.

Dans l’Orne, cela concerne une trentaine de dossiers. Je pense que l’intégralité de l’enveloppe prévue sur 2017 sera consommée. Par contre, pour l’instant, aucune reconduction n’est prévue en 2018. En tant qu’agricultrice, je souhaite que cette aide soit maintenue, car toutes les mesures qui viennent en aide aux agriculteurs en difficulté sont bénéfiques. Cette aide au répit peut aussi faire prendre conscience à certains agriculteurs qu’ils disposent d’un service de remplacement agricole pour les accompagner dans les moments difficiles.

En dehors du cas de l’aide au répit, est-ce que le coût du service de remplacement est un problème ?

L.L : Il faut envisager le service remplacement comme une assurance, gérée par des bénévoles agriculteurs. Il vaut mieux adhérer en amont, afin d’être protégé en cas de coup dur… Je vois trop d’agriculteurs dans l’embarras qui viennent vers nous dans l’urgence. Or, si c’est possible, il est préférable que l’agriculteur donne ses consignes à l’agent dans un climat apaisé plutôt que depuis son lit d’hôpital.

La cotisation s’établit entre 50 et 80 euros par an et par chef d’exploitation. Il existe aussi une assurance collective supplémentaire qui est facultative. Par ailleurs, les jeunes agriculteurs peuvent bénéficier d’aides de la MSA pour profiter de leurs enfants en bas âge. Une aide est également disponible pour aller en formation. En fait, il existe tout un panel de dispositifs pour diminuer la facture. Sans oublier le crédit d’impôt congé.

L’activité des services de remplacement est-elle en augmentation ?

L.L : Dans mon département, le volume d’heures est stable. Nous notons moins de remplacements pour prendre des congés, c’est sans doute un effet de la crise. Par contre, les organismes sont fatigués physiquement et mentalement. Les remplacements pour cause d’accident ou maladie ont augmenté. 

Rencontrez-vous des difficultés pour recruter de nouveaux agents de remplacement ?

L.L : Nous sommes très demandeurs d’agents de remplacement, car la demande est croissante. Mais nous rencontrons les mêmes difficultés que dans les exploitations agricoles pour trouver des salariés. Ce qui est intéressant, au service de remplacement, c’est qu’un jeune pourra réaliser une grande diversité de missions. Aucune autre entreprise agricole n’est en mesure de lui offrir la même chose. C’est très enrichissant au niveau de l’expérience. 

Mais ce n’est pas épuisant, pour un salarié, de changer sans cesse de cadre de travail ?

L.L : La génération qui arrive aime bien changer d’activité tous les jours. Ils emmagasinent ainsi des expériences, qui peut servir de tremplin à l’installation. Nous comptons désormais 13000 agents au niveau national

Le service de remplacement est-il suffisamment connu des agriculteurs ?

L.L : Dans l’Orne, nous comptons 1400 adhérents. Notre cœur de mission est plutôt basé sur l’élevage et l’astreinte de travail. Mais le remplacement est destiné à tous les types de production. Ce qu’il faut bien comprendre avec le service de remplacement, c’est qu’il y a une démarche sociale derrière. Nous nous battons pour ne pas devenir une agence d’intérim. Nous sommes une organisation basée sur le territoire, qui a les capacités de réagir quand un agriculteur ne va pas bien. Certaines exploitations n’auraient pas survécu à un coup dur sans le service de remplacement. Notre combat consiste à faire reconnaître notre utilité car nous avons besoin d’aides pour assurer le fonctionnement du service. Dans l’Orne, deux animatrices nous accompagnent, pour 84 000 heures de remplacement par an. Notre activité a augmenté de 450 % en 10 ans. 

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