Les retraités agricoles mobilisés

Avenir agricole et rural de la Haute Marne 52

L’Assemblée générale de la Section des Anciens Exploitants de la FDSEA s’est tenue le 5 octobre à Villiers le Sec. Paul Billonet, secrétaire général adjoint de la SNAE est venu exposer les dossiers d’actualité de la dépendance et de la revalorisation des retraites. Il a aussi rappelé le rôle actif des retraités dans l’animation de la vie rurale.

Anciens exploitants

La section des anciens exploitants de la FDSEA entend fédérer davantage autour de ses actions car son potentiel de cotisations reste considérable et ses acquis syndicaux sont loin d’être négligeables. Gilbert Ecosse, secrétaire général de la SDAE a débuté son rapport d’activité sur une «bonne nouvelle» en rappelant qu’en 2010 les français n’avaient vieilli en moyenne que de 10 mois, c’est ce qui ressort du dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) mais cet allongement de la vie a un revers de médaille : il engendre un report du départ en retraite, lequel a été fixé à 166 trimestres cotisés pour la génération née en 1955 et une augmentation des coûts de la grande dépendance.
Outre l’espérance de vie que chacun peut projeter ce constat a aussi un impact sur la population de la planète qui augmente de plus de 200 000 habitants par jour (plus que la population de la Haute-Marne !) ; ce qui est encourageant pour les débouchés alimentaires.
Cette expansion démographique n’est malheureusement pas accompagnée d’une croissance économique et cela rend les avancées syndicales problématiques. Les anciens exploitants ne se résignent toutefois pas à se contenter de leurs conditions actuelles qui sont parmi les plus précaires.
Ainsi la SDAE rappelle les promesses qui ont été tenues sur la revalorisation promise jusqu’à 75 % du SMIC au moment de la mise en place de la Retraite Complémentaire Obligatoire (RCO).
La revalorisation des plus petites retraites reste un sujet prioritaire en particulier pour les personnes ayant eu des activités relevant de plusieurs régimes sociaux. Ainsi la dernière revalorisation «Fillon» permettant de prendre en compte les durées d’activité agricole de plus de 17,5 années au lieu de 22,5 a représenté une revalorisation mensuelle de 103 195 € pour 2 491 bénéficiaires soit 41,42 € par mois comme l’a rappelé Jacky Minot dans son rapport d’orientation pour concrétiser les acquis syndicaux de la Section.

Une convivialité bien entretenue

La vie de la Section des Anciens  Exploitants n’est pas faite que de revendications syndicales, c’est aussi un lieu d’échanges et d’ouverture. De multiples voyages ont été réalisés et des thèmes de conférence proposés sur des sujets dépassant largement la problématique agricole, tels que récemment l’intervention de l’ADOT (Association Départementale des Dons d’Organes et des Tissus Humains).
C’est dans cet esprit que la Section veut promouvoir son développement.
Alain Leclerc Président des Vosges, et représentant le Président de la SRAE, M. Claude Florentin a ainsi exposé l’organisation d’échanges entre familles de retraités de départements voisins dont son département est partie prenante.
L’intervenant national Paul BILLONET a aussi exposé les expériences conduites dans son département de Saône et Loire en partenariat avec le téléthon, l’ADMR et les aînés ruraux.
La dépendance : une charge lourde pour le département
Le dossier de la dépendance a fait l’objet d’un grand engouement et d’une forte mobilisation organisée par les Pouvoirs Publics en début d’année. Plusieurs conférences régionales ont eu lieu et brutalement, dans le courant de l’été, les Pouvoirs Publics ont décidé de mettre en veille cette réforme.
Cette volte-face de l’Elysée a généré un grand trouble, voire une grande frustration, car la SNAE avait déjà commencé à réfléchir sur des perspectives de financement telle que la remise en cause d’une partie de l’avantage CSG sur les retraites.
La dépendance pourrait coûter à terme 32 milliards, mais 22 sont déjà pris en charge au titre de l’assurance maladie, la déduction fiscale et sociale pour les aides à domicile et l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) financée par les conseils généraux.
Madame LAVOCAT, Présidente de la 2ème Commission du Conseil Général a confirmé que l’Etat ne compensait que 27 % du coût et qu’il était nécessaire d’instaurer une mutualisation nationale pour diminuer la charge des départements, comme la Haute-Marne, ayant une population âgée importante.
Le problème cessera de prendre de l’acuité car, en 2015, la France comptera 2,5 millions de personnes âgées de plus de 85 ans contre 1,4 actuellement. C’est un véritable problème de société qui doit aussi intégrer les évolutions sociologiques. Même si dans le monde rural la solidarité intergénérationnelle est plus fréquente qu’en ville, il n’en reste pas moins que les aînés doivent assurer de plus en plus leur propre autonomie. Tel n’est pas le cas en Allemagne, comme l’a rappelé Paul BILLONET, suite à un voyage récent outre-rhin, où les retraités agricoles bénéficient d’une prise en charge assumé par l’enfant ayant repris l’exploitation agricole et bénéficié, à ce titre, d’une attribution préférentielle sans soulte imposée à ses frères et sœurs. Dans l’hypothèse où la ferme est vendue faute de successeur,  les parents trouvent le moyen d’assurer leur propre autonomie par le biais du capital réalisé.
Cet exemple est difficilement transposable en droit français mais il pose le problème du recours sur succession.
La SNAE considère que ce dossier reste d’actualité et que la revalorisation des petites retraites reste le meilleur moyen d’assurer l’autonomie financière des personnes dépendantes, sachant que le coût en maison de retraite médicalisée est de l’ordre de 2 300 € par mois (1 800 € pour un maintien à domicile).

Défense du pouvoir d’achat

Le pouvoir d’achat des anciens exploitants, déjà parmi les plus faibles, a tendance à se rétrécir avec l’augmentation vertigineuse de certaines charges et la faible majoration des retraites qui intervient désormais au 1er avril. La dernière a été de 2,1 % et correspond à la prévision d’inflation pour 2011 de 1,8 % majoré d’un rattrapage de 0,3 % au titre de 2010. Elle ne compense malheureusement pas les coûts d’assurance maladie et particulièrement les augmentations de la complémentaire santé qui a atteint 9, 04 % pour  Mutualia qui reste toutefois une mutuelle fort intéressante pour les retraités agricoles âgés avec un coût annuel de 1 100 € par assuré.
La SDAE critique vigoureusement la politique du Gouvernement qui depuis quelques années diminue les remboursements du régime général et augmente par ailleurs la fiscalité des complémentaires devenues quasi obligatoires. Les assistants parlementaires présents ont bien pris note de cette revendication qu’ils remonteront des députés et sénateurs dont l’absence chronique aux assemblées de la SDAE 52 a été relevée par Jacky Minot.
En conclusion de son exposé, Paul Billonet a rappelé que les retraités agricoles devaient rester les acteurs indispensables de la vie rurale et qu’ils participaient à la cohésion de la cellule familiale. «Nous devons être reconnus comme une génération indispensable» devait-il rappeler avant qu’Antoine Allemersch représentant le Conseil Général conclut les travaux de l’assemblée générale après l’intervention Christophe Fischer président de la FDSEA venu rappeler la solidarité exemplaire de la «famille agricole» sur les questions sociales, mais aussi économiques.
Il a noté souhaité que les fermages puissent continuer d’augmenter car cela signifiera une amélioration du revenu agricol. Celui-ci s’est légèrement redressé l’an dernier, ce qui a provoqué une augmentation de 2,92 % des fermages mais des calamités agricoles ont aussi sévi dans certains secteurs du département. Les dégrèvements d’impôts fonciers sont en cours et devront être reversés aux exploitants agricoles a-t-il précisé avant d’encourager les anciens exploitants à poursuivre leurs revendications qu’il estime justifiées. Il a aussi pris note du témoignage de M. Billonet à propos du syndicalisme allemand qui est beaucoup plus majoritaire qu’en France avec un taux de syndicalisation de 90 %. «Il en serait peut être ainsi en France si les acquis syndicaux étaient réservés aux adhérents des syndicats les ayant négociés»…
Antoine Allemersch a rappelé l’écoute du Conseil Général à propos des revendications du monde rural et quelques actions phares récemment déployées telles que l’aide aux jeunes agriculteurs ou le maintien de la filière laitière avec l’aide à la souscription au capital de Sodiaal.
L’équipement en haut débit informatique, la couverture en téléphonie mobile, la création de maisons médicales et l’aide à l’installation des médecins, participent aussi à l’amélioration de conditions de vie en milieu rural.
Une rencontre a été proposée avec la section des anciens exploitants et les représentants de commissions sociales et agricoles du Conseil Général pour continuer d’échanger et de progresser sur ce sujet.

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